L’accusé Steeve Marquis a entrepris son témoignage devant le jury au procès qui se déroule en Cour supérieure du Québec devant le juge Louis Dionne.

«Je voulais qu’elle le quitte»

« J’ai attendu souvent un appel ou la visite de la police pour me dire que ma fille se trouvait entre la vie et la mort ou morte. »

La mère de la présumée victime de Steeve Marquis, accusé notamment de violence conjugale entre 2012 et 2016, a livré un témoignage émotif, mercredi matin, au Palais de justice de Chicoutimi.

Elle a raconté le climat de terreur qui semblait régner au domicile du couple, à Jonquière.

Marquis subit son procès devant le juge Louis Dionne, de la Cour supérieure du Québec, et les 12 membres du jury. 

La dame, dont nous cachons l’identité afin de ne pas identifier celle de la présumée victime, avoue avoir eu peur à de nombreuses reprises pour la sécurité de sa fille et de sa petite-fille.

« Ma fille a commencé à fréquenter Steeve Marquis en 2012. Elle avait 18 ans et je trouvais qu’il y avait un gros écart d’âge entre eux. Il ne m’a pas fait une bonne impression non plus. Je n’avais pas beaucoup de conversation avec lui, mais je savais qu’il se passait des choses dans le couple. Ma fille me cachait des choses, car elle se renfermait et s’éloignait de la famille », a raconté la dame.

« Je me souviens avoir vu des marques sur le corps de ma fille, mais elle me disait qu’elle était tombée. Une fois, j’ai vu qu’elle avait la main droite enflée. Elle m’a dit que Steeve l’avait frappée avec le manche d’un balai. C’était au début de leur relation », ajoute-t-elle.

La maman a remarqué plus tard que la hotte du poêle ne tenait que par un fil, que trois des quatre chaises d’un ensemble de cuisine étaient défaites et qu’il y avait un trou dans la tête de lit.

« Ma fille a précisé que Steeve avait pété une coche. Je voulais qu’elle le quitte, mais elle ne voulait pas, car il était le père de leur enfant », se remémore la mère de famille.

Celle-ci n’a pas été témoin directement de violence physique à l’endroit de sa fille, mais se souvient qu’elle a dû être opérée pour une double fracture à la mâchoire en août 2016.

« Et elle était toute seule à l’hôpital pour subir ça », a-t-elle indiqué en pleurs. 

Pressentiment 

Le dernier témoin de la poursuite, représentée par Me Jean-Sébastien Lebel, a été le père de la présumée victime. Il a raconté au jury que sa fille a été victime de violence physique tout au long de sa relation avec Marquis. 

« Un soir d’octobre 2016, elle était à la maison et j’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai eu un pressentiment et je l’ai suivie avec ma voiture. Dans la maison où ils habitaient, j’ai vu Steeve Marquis se diriger d’un pas rapide vers ma fille et la frapper. Je suis immédiatement entré dans la maison pour lui dire de la lâcher et qu’il ne toucherait plus jamais à ma fille. »

« Il s’est tourné vers moi avec le torse bombé et je lui ai dit de ne pas s’approcher de moi. J’ai ramené ma fille et ma petite-fille à la maison », a indiqué le père de famille.

Un autre témoin, le conjoint du père de la présumée victime, a raconté qu’il avait déjà été menacé de mort par Marquis et a aussi entendu l’accusé, dont les intérêts sont représentés par Me Louis Belliard, crier à la victime : « T’es morte ma câlisse. T’es morte ma câlisse. »

À plusieurs reprises, les proches ont tenté de convaincre la victime de quitter Marquis et de porter plainte contre lui. En vain. 

En fin de journée mercredi, l’accusé a demandé à ce que le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Lebel, «arrête de faire des mimiques avec son visage en direction du jury».

+ L’accusé mine la crédibilité des témoins et nie les faits

Le Jonquiérois Steeve Marquis nie avoir pris sa conjointe à la gorge et l’avoir battue en septembre 2016 et n’a pas encore compris l’intervention du père de la présumée victime.

Après que Me Jean-Sébastien Lebel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), eut déclaré sa preuve close, son homologue de la défense, Me Louis Belliard, a pris soin de faire entendre son client en fin d’après-midi, mercredi.

Le criminaliste a interrogé son client sur les actes de violence qui lui sont reprochés lors de cette fameuse soirée de septembre 2016 à la résidence que le couple habitait sur la rue du Vieux-Pont, à Jonquière.

Marquis a bien tenté de miner la crédibilité des témoins présentés par le ministère public en démentant les accusations de menaces et de voies de fait sur son ex-conjointe.

« Le soir où l’on me reproche des choses, elle devait se rendre au dépanneur pour aller chercher du lait et du jus. Le dépanneur est à quelques minutes à pied de la maison. Elle est revenue une heure plus tard avec une bouteille alcoolisée, mais sans le lait et le jus. Je l’ai effectivement accueillie et je lui ai demandé ce qu’elle avait fait. Mais je ne l’ai jamais prise à la gorge comme elle l’a dit », a témoigné Marquis.

« Elle m’a alors dit qu’elle retournait au dépanneur. À son retour, elle était à la cuisine, alors que j’étais au salon avec ma fille. Tout à coup, elle s’est mise à crier et je me suis dirigé vers elle pour voir ce qui se passait. C’est là que son père est entré et m’a dit “c’est là que je te pogne” », poursuit-il.

Steeve Marquis assure qu’il n’a pas frappé sa conjointe ce soir-là. Il a plutôt mentionné que la femme s’est couchée au sol en voyant son père dans la maison.

Immédiatement, le père de la présumée victime lui a dit qu’il était pour ramener sa fille et sa petite-fille avec lui. 

Marquis a fait savoir qu’il voulait que sa conjointe quitte la place, mais qu’il n’était pas question que son enfant parte.

Il a finalement cédé en se disant que la petite serait tout de même avec sa mère.

À l’ordre

En fin de journée, l’accusé a émis un commentaire qui n’a pas plu au juge Dionne. 

« J’aimerais bien que Me Lebel arrête de faire des mimiques avec son visage en direction du jury. Je n’aime pas ça », a lancé Marquis.

Le magistrat est immédiatement intervenu en laissant entendre que ce n’est pas l’accusé qui mènerait le procès et qu’il ne pouvait faire d’interventions auprès du jury.

« Je n’ai rien vu. Depuis le début, Me Lebel est stoïque et c’est la même chose pour Me Belliard. Je vous conseille d’arrêter immédiatement », a rétorqué le juge en direction de Marquis.