Benoît Saint-Pierre avait été arrêté le 10 décembre dernier. Il est accusé d’une série d’introductions par effraction.

Introductions par effraction: l’accusé convainc le juge, mais aussi la Couronne

Le témoignage de Benoît Saint-Pierre, accusé d’avoir perpétré 11 introductions par effraction l’automne dernier à Chicoutimi et à Chicoutimi-Nord, a pesé lourd dans la balance, lors de son enquête sur remise en liberté, qui se tenait plus de deux mois après son arrestation, mercredi. La poursuite, qui s’objectait à ce que l’individu de 46 ans suive une thérapie de six mois en attente de son procès, a finalement changé d’idée après avoir entendu l’accusé témoigner.

« Objectivement, c’est un dossier qui partait très mal », a souligné le juge de la Cour du Québec Pierre Lortie. C’est que l’accusé a un passé criminel particulièrement chargé, avec deux peines de pénitencier, dont une de 13 ans, pour des introductions par effraction et des vols qualifiés. « Mais en écoutant monsieur, on constate sa sincérité et sa transparence », a ajouté le magistrat.

L’avocat de Benoît Saint-Pierre, Me Charles Cantin, demandait à ce que son client puisse suivre une thérapie fermée de six mois. L’homme est détenu depuis son arrestation, le 10 décembre dernier. On l’accuse d’être entré de force dans des résidences privées pour y dérober divers objets, comme des appareils électroniques, des bijoux, de l’alcool et de l’argent, notamment.

La Couronne, représentée par Me Marie-Christine Savard, s’y opposait, compte tenu, entre autres, des nombreux antécédents judiciaires de l’individu et du fait que c’est la première fois qu’il faisait part de son désir d’aller en thérapie.

Me Cantin, qui travaillait depuis plusieurs semaines sur ce dossier, a fait témoigner son client, mercredi après-midi.

Benoît Saint-Pierre a raconté être sorti du pénitencier en avril 2019, après 13 ans derrière les barreaux.

Entre les murs, l’homme prenait trois médicaments pour soigner ses symptômes dépressifs. En recouvrant sa liberté, Saint-Pierre s’est installé chez un ami et faisait du bénévolat dans un centre de dépannage alimentaire. Il faisait aussi des petits contrats de travail manuel par-ci par-là.

Mais au fil des mois, sa prescription de médicaments s’est échue. N’ayant pas de médecin de famille ni de psychiatre, il dit avoir « étiré » ses médicaments, mais a vite sombré dans la dépression et dans la consommation. Il s’est isolé, n’allant plus rencontrer son travailleur social.

Il a expliqué avoir pris tout ce qu’il pouvait trouver, notamment plusieurs grammes de cocaïne sous forme de « free » base par jour.

S’il n’a jamais suivi de thérapie au pénitencier, c’est qu’il était sous médication et ne ressentait pas le besoin de consommer, a-t-il dit.

Bien qu’il ait plaidé non coupable, Benoît Saint-Pierre a, à quelques moments durant son témoignage, admis avoir fait des « niaiseries » lorsqu’il a recommencé à consommer des stupéfiants. Me Cantin l’a rappelé à l’ordre, puisqu’il ne s’agissait toujours pas de son procès.

L’accusé a toutefois affirmé ne jamais s’être défilé de la justice et avoir toujours fait son temps.

« Je ne veux pas faire souffrir les gens avec de longs procès. Je sais qu’il est tard, mais on pourrait essayer quelque chose qui n’a jamais été essayé », a souligné l’individu, en faisant référence à la thérapie.

Lorsqu’est venu le temps des plaidoiries, la procureure de la Couronne a pris la parole.

« J’avais plusieurs questionnements. Je m’opposais à la thérapie, mais en écoutant monsieur, j’ai eu des réponses et je crois que monsieur est sincère dans sa motivation », a affirmé Me Savard.

Me Cantin, qui avait préparé sa plaidoirie en s’appuyant sur des cas de jurisprudence, n’a pas eu à s’activer. Il a toutefois tenu à citer l’arrêt Renaud de la Cour supérieure.

« La mise en liberté prévoyant l’admission dans un centre de traitement assortie de conditions appropriées permettra souvent de bien répondre à tout risque soulevé et constitue une solution de rechange moins onéreuse que la détention dans un établissement provincial », a affirmé le criminaliste.

Le juge Pierre Lortie a donc consenti à ce que l’accusé soit conduit, via la détention, dans un centre de soins pour une durée de six mois.

Le magistrat a également formulé le souhait de suivre ce dossier jusqu’au bout.

« Monsieur Saint-Pierre, je suis de bonne humeur aujourd’hui. Mais si vous manquez à vos conditions, ce ne sera pas la même chose. J’ai confiance en vous, mais vous n’avez aucune marge de manœuvre », a souligné le juge Lortie.

« Vous pouvez en être sûr (qu’il respectera ses conditions) », a souligné Saint-Pierre, en remerciant le juge.

« Merci aux deux procureurs », a ajouté l’accusé. Des remerciements formulés à l’endroit de la de défense, mais aussi de la poursuite, ce qui est rarement entendu en salle de cour.