Réjean Tremblay, originaire de Saint-Honoré, saura en avril le sort que le tribunal lui réserve pour avoir abusé sexuellement de deux victimes, dont une de ses soeurs.

Inceste: coupable 60 ans plus tard

Plus de 60 ans après avoir abusé sexuellement de sa jeune sœur et d’une seconde victime, Réjean Tremblay, de Saint-Honoré, a plaidé coupable à sept chefs d’accusation de grossière indécence, d’inceste et d’attentat à la pudeur pour des gestes commis entre 1958 et 1966.

L’homme de 75 ans, qui réside maintenant en Ontario, est revenu au Palais de justice de Chicoutimi pour enregistrer des plaidoyers de culpabilité. Il ne connaîtra sa sentence que le 8 avril, après la confection d’un rapport présentenciel complet, incluant un volet sexologique.

S’il est possible de faire un lien familial avec l’une des victimes, c’est que celle-ci a demandé au juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, de ne pas émettre d’ordonnance de non-publication la concernant. La seconde victime ne veut pas être identifiée.

Réjean Tremblay a fait l’objet d’une enquête policière en 2015 après une plainte déposée par les victimes. L’individu a commis des gestes à caractère sexuel alors qu’il était âgé de 15 et 16 ans et a posé de nouveaux crimes à son retour de l’armée alors qu’il avait entre 18 et 21 ans.

Membre d’une famille nombreuse et vivant sur une ferme du milieu des années 50 au milieu des années 60, Réjean Tremblay a suivi les traces de son père et de son frère, tous deux décédés aujourd’hui, et qui auraient commis des attouchements sur des jeunes filles, a-t-on raconté à la cour.

« Il ne se faisait pas d’éducation sexuelle à l’époque. L’accusé est passé à l’acte après avoir appris que son frère aîné avait fait la même chose. Il avait 16 ans et sa sœur n’avait que 10 ou 11 ans. Il a commencé par lui toucher les seins, le vagin et lui a demandé de se faire toucher le pénis. Mais tout ça sans consentement », a précisé Me Karen Inkel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

« L’accusé est ensuite passé au sexe oral et a demandé des fellations à sa jeune sœur. Il est ensuite parti pour l’armée et à son retour, il a repris là où il avait laissé. Cette fois, il est allé jusqu’à la relation complète », a poursuivi la procureure.

Concernant la deuxième victime, un seul geste lui est reproché. Il a baissé la petite culotte de la fillette de huit ans et il lui a demandé d’uriner dans sa bouche. La petite s’est soumise à la demande.

Pas facile

Jeudi matin, l’accusé, dont les intérêts sont représentés par Me François Dionne, s’est tenu debout durant près d’une heure devant le magistrat et a écouté attentivement le résumé des faits.

Il a ensuite reconnu les gestes qu’il avait commis et a plaidé coupable de façon libre et volontaire.

Marié, père de deux filles et grand-père de quatre petits-enfants, Réjean Tremblay se soumettra à un rapport présentenciel, comprenant un volet sexologique.

Le tribunal veut avoir le portrait le plus global et juste de cet homme, qui n’a aucun antécédent judiciaire et dont rien ne démontre qu’il aurait posé des gestes similaires depuis 1966.

Le juge Boudreault lui a demandé si les membres de sa famille étaient au courant des gestes à caractère sexuel qu’il avait posé il y a 55 à 60 ans.

« Ma conjointe est au courant. Nous sommes près l’un de l’autre et nous nous appuyons. Ce n’est pas facile », a-t-il lancé au tribunal.

« Ce qui sera encore moins facile, ce sera de l’apprendre à mes enfants et mes petits-enfants. Je ne sais pas comment je vais le faire », d’ajouter M. Tremblay.

Sans nécessairement vouloir excuser les gestes de son client, Me François Dionne a tenté d’expliquer au tribunal le contexte dans lequel l’accusé a été élevé.

« Il faut savoir que ça remonte à une soixantaine d’années. Le père et l’un des frères de mon client avaient aussi posé des gestes similaires. Il y avait un grand manque d’éducation sexuelle à l’époque et de scolarité. Je crois qu’un éclairage pourrait être profitable au dossier », a indiqué Me Dionne.

Quant à la sœur de l’accusé, elle veut obtenir justice pour les sévices qu’elle a connus il y a plus de 60 ans. La dame estime que son frère doit subir les conséquences de ce qu’il a fait à l’époque.