Il voulait nourrir sa famille

Un homme de 45 ans de Jonquière a pris un grand risque en conduisant un véhicule automobile alors que cela lui était interdit. Mais il l’a fait pour une raison valable. Il se rendait chercher à manger, car sa conjointe et lui n’avaient rien avalé depuis deux jours. Et il voulait mettre de la nourriture dans le réfrigérateur pour l’arrivée des jeunes enfants.

Au final, la juge Isabelle Boillat, de la Cour du Québec, a penché du côté de la défense. Elle a cru la version de l’accusé et l’a trouvé crédible dans ses explications. La magistrate a tenu compte des trois jours de détention de l’individu et le condamne à effectuer 150 heures de travaux communautaires au cours des 12 prochains mois.

L’individu a été arrêté le 20 août 2018 sur le stationnement de la Soupière de l’Amitié, dans le secteur Arvida. Il s’y rendait pour se procurer des sacs de victuailles à 5 $ l’unité afin de donner à manger à sa conjointe, ses enfants et à lui-même.

L’histoire s’est passée à 9 h 15 à l’ouverture de la soupe populaire. Les policiers de la Sécurité publique de Saguenay (SPS) sont déjà sur les lieux pour une tout autre histoire. Les agents effectuent la vérification d’une plaque automobile. Le véhicule appartient à une dame, alors que c’est un homme qui se trouve au volant. Les patrouilleurs demandent à voir ses papiers.

« Je leur ai dit que je n’en avais pas, car je me suis fait pincer pour une balloune », a expliqué le client de Me Roseline Bouchard-Zee.

Les agents l’ont mis en état d’arrestation. Il a été détenu et a recouvré sa liberté mercredi après-midi, après trois journées de détention.

Au moment de la procédure judiciaire, l’homme a plaidé coupable à une conduite pendant interdiction. La juge a pu entendre le récit de cette histoire.

L’homme a raconté vivre de l’aide de dernier recours. Avec sa conjointe et les enfants de celle-ci, il venait à peine d’aménager dans un nouveau logement à Jonquière.

« J’étais en interdiction de conduire depuis février 2017 (ndlr : il a plutôt été condamné en avril 2017). Durant tout ce temps, j’ai trouvé des gens pour m’aider, pour m’amener à divers endroits. Mais là, je n’avais personne et je ne pouvais me rendre à pied à la Soupière de l’Amitié à Arvida. Une amie m’avait laissé sa voiture, mais elle ne savait pas que je ne n’avais pas de permis de conduire. »

« Je me suis rendu à la soupe populaire pour acheter des sacs de nourriture. J’avais 17,50 $ dans mes poches. Je voulais nourrir ma conjointe, ses enfants et moi-même. Ma copine et moi n’avions rien mangé depuis vendredi. Les enfants arrivaient chez nous pour une semaine et je voulais mettre quelque chose dans le frigidaire », raconte-t-il.

L’homme s’est rendu à la Soupière de l’Amitié tôt lundi matin, car l’organisme est fermé durant la fin de semaine.

La juge Isabelle Boillat a condamné un homme à réaliser 150 heures de travaux communautaires pour avoir conduit pendant interdiction. La magistrate a tenu compte du fait que l’homme voulait nourrir sa famille.

Travaux
Au moment des représentations sur sentence, Me Sébastien Vallée, de la Couronne, a demandé une peine de détention de 30 jours fermes, la suggestion habituellement faite pour les accusations de conduite pendant interdiction.

Me Bouchard-Zee a suggéré des travaux communautaires, expliquant que l’arrêt Lemieux (arrêté au volant pendant une interdiction pour aller voir sa mère à la fête des Mères) permettait d’éviter la prison.

« Mon client a pris une mauvaise décision, mais il faut tenir compte du contexte. Il n’avait rien mangé depuis deux jours et il voulait nourrir les enfants », a indiqué Me Bouchard-Zee.

La juge Boillat a pris le dossier en délibéré quelques minutes, le temps de lire l’arrêt Lemieux.

En plus des travaux communautaires, elle suspend la possibilité d’obtenir un permis de conduire pour une période de 12 mois supplémentaires à la peine imposée en 2017 de 18 mois.

L’individu avait été condamné à 1800 $ d’amende en avril 2017 et à une interdiction de conduire de 18 mois pour une faculté affaiblie. Il a des antécédents de vol en 1992, de voies de fait en 1999 et de faculté affaiblie en 1994.