Le juge coordonnateur Richard P. Daoust et la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau, ont tracé le bilan de la première année du programme d’accompagnement en justice pour la santé mentale.

Huit individus sur le droit chemin

En l’espace d’une année, huit contrevenants criminels de Saguenay sont parvenus, grâce à l’aide du Programme d’accompagnement en justice de santé mentale (PAJ-SM), à sortir du milieu criminalisé et à reprendre le droit chemin.

La juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau, et le juge coordonnateur pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Richard P. Daoust, ont tracé le bilan de la première année du projet pilote lancé en avril 2017 pour le district judiciaire de Chicoutimi.

Le programme vise essentiellement à décriminaliser certains cas d’individus souffrant d’un problème de santé mentale et à briser le cycle de criminalité.

Au fil de cette première année d’activité, les juges, les avocats de la Couronne et de la défense, les intervenants du PAJ-SM ont pu entendre une cinquantaine de cas dans la salle d’audience du Palais de justice de Chicoutimi.

Du nombre, environ 30 hommes se sont soumis à l’exercice et une vingtaine de femmes s’y sont présentées.

« Huit personnes ont réussi jusqu’à présent à sortir du cycle de la criminalité avec succès. Leurs dossiers ont été traités durant quelques mois et ces personnes ont répondu aux attentes. D’autres ont abandonné, estimant ne pas être en mesure de s’impliquer comme ils le devraient », de dire le juge Daoust.

« Il faut savoir que la criminalité est l’apanage d’individus qui n’ont pas eu la vie facile. Ils proviennent de milieux difficiles. À l’âge adulte, l’absence d’encadrement les pousse vers la criminalité. Le programme est donc là pour les encadrer et les sortir du cycle de la criminalité », poursuit-il.

La juge en chef de la Cour du Québec se réjouit du succès enregistré avec le projet pilote.

« Il s’agit d’une excellente initiative et je souhaite renouveler mon appui à ce programme, dont le succès tient à une action concertée entre les intervenants en toute cohésion et dans l’esprit de soutenir adéquatement les contrevenants dans leur démarche de briser le cycle de la criminalité », explique la juge Rondeau, de passage à Saguenay.

« L’ensemble de la société bénéficie de ce programme et de tout projet de nature à faire cesser le phénomène des portes tournantes (justice, prison, rue) en mettant l’accent sur la réadaptation, la réinsertion sociale et la prévention de la récidive sans compromettre la sécurité du public », ajoute-t-elle 

Une des bénéficiaires du programme, Mélanie Gauthier, a témoigné des bienfaits du PAJ-SM à son endroit.

« La PAJ-SM, ça m’a sauvée. Je ne suis pas allée en prison. C’était dur d’arrêter de voler quand tu as volé toute ta vie et que tu avais tout ce que tu voulais. Ça a changé ma manière de magasiner, de voir les choses. Maintenant, lorsque je veux quelque chose, je l’achète. »

« J’ai trouvé de l’aide et des ressources. Je suis satisfaite de mon cheminement. Je vais revoir ma fille demain (mercredi) pour deux semaines et je capote », a-t-elle indiqué.

Le programme n’existe pas uniquement au Saguenay. Il est déjà implanté à Laval, Trois-Rivières et Saint-Jérôme et pourrait voir le jour en Abitibi-Témiscamingue et en Outaouais.

« Nous sommes à évaluer les besoins pour les districts judiciaires d’Alma et de Roberval. Les réalités ne sont pas les mêmes et nous espérons y arriver d’ici l’an prochain », a conclu le juge Daoust.

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LA CLIENTÈLE DOIT S'IMPLIQUER

Les personnes inscrites au PAJ-SM le font de façon volontaire et doivent nécessairement s’impliquer pour que leurs dossiers soient éventuellement retirés du rôle criminel ou obtenir une peine moins sévère.

Le juge Daoust rappelle que les intervenants (policiers et avocats notamment) soumettent les candidatures. Celles-ci sont évaluées par les intervenants, mais ce sont aux personnes concernées d’accepter d’y participer.

« Au départ, on voit si la personne est désireuse de le faire. On analyse sa volonté de s’engager. Si c’est le cas, elle va ensuite s’inscrire volontairement au programme », indique le juge Daoust.

Procureure adjointe à la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Me Claudine Roy précise que la problématique de la santé mentale est connue, facilitant le travail.

« Cette problématique n’a pas besoin d’être documentée. Nous n’avons pas besoin d’un suivi médical et la personne n’a pas à être connue du système de santé. Nous pouvons les prendre en charge afin qu’ils obtiennent ce qui est nécessaire pour devenir des citoyens à part entière, malgré les problématiques de santé mentale », précise Me Roy.

Jusqu’à présent, les intervenants n’ont pas voulu cibler des infractions précises pour que les criminels soient admis au programme.

Certains ont des antécédents judiciaires en matière de vols, de méfaits, de voies de fait, des introductions par effraction et autres crimes du même genre, dont certains reliés au milieu des stupéfiants.

Les responsables ajoutent que les personnes concernées par le programme savent qu’elles auront un effort à faire pour se sortir de cette problématique de la criminalité.

« Si le programme se termine avec succès, cela peut faire en sorte que le dossier soit retiré du rôle criminel ou que la peine imposée soit moins sévère », indique le juge coordonnateur.

À long terme, le programme pourrait permettre de désengorger le système de justice. 

En sortant du système judiciaire, cela pourrait aussi donner un coup de main pour le civil et le milieu de la santé, car lorsqu’une personne se sort d’un problème judiciaire, elle peut en régler d’autres aussi.