Huit coups de feu sur un véhicule

Si les suggestions communes soumises en cour criminelle du Palais de justice sont habituellement entérinées, la juge Guylaine Tremblay, de la Cour du Québec, a laissé voir qu’une sentence de 12 mois en société pour un individu qui a tiré huit coups de feu sur un véhicule automobile pouvait être considérée comme déraisonnable.

Cette histoire digne d’un film du Far West s’est déroulée le 20 juin 2018 lorsqu’une automobiliste a dépassé la voiture conduite par Nancy Tremblay, de Jonquière, et dans laquelle son conjoint de l’époque, Jean-Philippe Girard, était passager.

Ceux-ci n’ont pas apprécié et se sont mis à suivre le véhicule de la victime de très près. À un certain moment, Jean-Philippe Girard a sorti le haut de son corps par le toit ouvrant de la voiture. Il a pris une carabine et s’est mis à tirer en direction du véhicule de la dame, qui ne comprenait vraiment pas ce qui se passait.

« Girard a tiré huit coups de feu en direction de l’autre véhicule. La victime a accéléré, mais le duo l’a suivie. Ils ont fait très peur à la dame et ont causé pour 4000 $ de dommages à la voiture », a expliqué Katie Morin, stagiaire au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Girard, un homme de 26 ans, demeurant maintenant à Charlesbourg, a aussi plaidé coupable à des voies de fait causant des lésions. En octobre 2017, en état d’ébriété, il s’en était pris gratuitement à un client dans un bar, lui cassant le nez, une dent et en brisant ses lunettes. Des dommages pour 5000 $. Il a aussi enregistré des plaidoyers de culpabilité pour avoir fourni une fausse identification à un policier et pour un bris de promesse.

Au départ, le ministère public et Me Jean-François Têtu, en défense, ont soumis une suggestion commune de 12 mois de détention en société, de trois années de probation et de diverses conditions à respecter pour tous les crimes commis par Girard.

Me Têtu a laissé voir que l’individu avait réussi une thérapie fermée, qu’il avait repris ses études, changé son cercle d’amis et suivait régulièrement les rencontres des alcooliques et narcotiques anonymes. « Il s’est véritablement repris en main », a mentionné Me Têtu.

Malgré ces bonnes paroles, la juge Tremblay, du district judiciaire de Trois-Rivières, a émis des réserves sur la raisonnabilité de cette suggestion commune.

Habituellement, les magistrats entérinent les recommandations des procureurs, car les tribunaux supérieurs, comme la Cour d’appel du Québec, suggèrent de les accepter, à moins que les suggestions ne soient pas raisonnables.

La juge a suspendu les procédures au tribunal, voulant prendre le temps nécessaire d’analyser le dossier et les documents soumis par le criminaliste.

Au final, les deux parties ont laissé tomber la suggestion commune pour le moment. Ils ont plutôt suggéré la confection d’un rapport présentenciel afin de bien évaluer les efforts effectués par l’accusé et pour s’assurer qu’il demeure sur le droit chemin.

En ce qui concerne la complice Nancy Tremblay, une femme de 29 ans, la juge Tremblay a entériné, tout juste, la suggestion commune d’une sentence suspendue, agrémentée de 150 heures de travaux communautaires et d’une probation de 12 mois. L’accusée a plaidé coupable d’usage négligent d’une arme à feu et de voies de fait.

« Je trouve votre suggestion assez légère. Les événements sont tout de même d’une gravité certaine et je suis convaincue que la victime doit avoir eu très peur. Mais je vais l’entériner, car elle ne va pas à l’encontre de la fourchette des peines pour un crime similaire », de noter la magistrate.