Bernard Gaudreault a depuis déménagé à Montréal. Sur cette photo, prise lors de procédures préalables, le visage de l’accusé était plus visible.

Gaudreault « voleur d’enfance »

« Ce que tu nous as fait, à moi et à ma famille, jamais je ne vais te le pardonner. Jamais. Je pourrais ressasser toutes les insultes du monde, mais tu n’en vaux pas la peine. Tu n’es même pas un homme, car un homme prend soin des gens qu’il aime. Toi, tu as décidé d’être un voleur d’enfance. »

Dans la douleur, une des six victimes du pédophile de Saint-Honoré, Bernard Gaudreault, a exprimé clairement ce qu’elle ressent, plusieurs années après avoir été abusée sexuellement par l’individu aujourd’hui âgé de 56 ans.

Même si Gaudreault ne sait pas encore la peine que lui réserve le tribunal, il a déjà reçu la sentence des six victimes dont il a abusé entre 1998 et 2008. Le pardon n’est pas envisageable actuellement.

Le juge Richard P. Daoust, de la Cour du Québec, devait entendre les représentations sur sentence dans le dossier Gaudreault, mais comme le criminaliste Jean-Marc Fradette se trouve sur le carreau pour des ennuis de santé, le dossier a été reporté au 13 janvier 2020.

Marquée à vie

Mais entre-temps, Me Sébastien Vallée, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a été en mesure de déposer des déclarations des victimes et a même fait entendre quelques-unes d’entre elles.

« Je me suis sentie trahie. Comment as-tu pu faire tout ça sans que personne ne s’en rende compte ? Encore aujourd’hui, je n’arrive plus à dormir une nuit complète. Je suis marquée pour la vie. Au moins, si tu l’avais fait juste à moi et que tu avais laissé les autres tranquilles. La sentence que tu auras ne sera jamais assez pour nous », a ajouté une victime de l’agresseur.

Une autre l’a remercié d’avoir brisé toute la confiance qu’elle avait en elle et croit qu’il devrait avoir honte de rentrer dans la salle d’audience la tête haute.

Une cinquième victime a mentionné que la confiance qu’elle avait placée envers les hommes est ébranlée.

« J’ai l’impression d’être dans une cage, de m’enfoncer chaque jour. C’est vivre avec un fardeau, avec un lourd secret chaque jour. Malgré l’aide, malgré mes parents, malgré tout ce que l’on a fait pour moi, je sens ses mains, ses doigts. »

« Je vois chacun de ces moments. Le goût d’éclater me prend chaque fois, le goût de m’arracher chaque infime partie de mon corps qu’il aurait pu toucher », a-t-elle lancé avec émotion.

Cette jeune fille a pleuré, mais s’autorise maintenant à aller de l’avant, même si elle ne peut effacer ce qui s’est passé. Cette victime veut aller de l’avant et écrire son futur maintenant.

Les parties se retrouveront le 13 janvier pour la suite des représentations sur sentence.

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LA GROGNE SE FAIT SENTIR CHEZ LES SIX VICTIMES

(SB) — La tension était à couper au couteau, lundi matin, à la sortie de la salle 2.10 du Palais de justice de Chicoutimi, lorsque les victimes et leurs familles ont appris que l’agresseur sexuel de Saint-Honoré Bernard Gaudreault pouvait repartir chez lui sans être inquiété. Pour le moment. 

Même si la détention ferme attend probablement l’agresseur de six victimes, ce report ne passait pas pour les victimes. Elles auraient voulu le voir prendre le chemin des cellules immédiatement. 

D’autant plus qu’un ami de Gaudreault a émis quelques commentaires qui n’ont pas plu aux familles, amenant les parties à s’échanger quelques politesses et obligeant les constables spéciaux à intervenir pour éviter que la situation ne dégénère.

« Il aurait été possible de l’envoyer en détention, mais la décision est à la discrétion du juge. Le juge a priorisé que l’accusé termine sa thérapie », a mentionné Me Vallée.

Celui-ci comprend la grogne et l’état d’émotivité des victimes et des familles. 

« Le fait de reporter peut être frustrant, surtout lorsque les gens expriment leurs émotions. Les gens ont espoir de fermer les livres, de tourner la page. Chaque fois qu’il y a un délai, c’est vivre avec cette pression, le stress et avec l’inconnu de ce qui va se passer. »

Déclarations

Concernant le dépôt des déclarations des victimes, Me Vallée a indiqué que cette situation fait partie du processus judiciaire.

« Les victimes ont l’opportunité de s’exprimer à la cour, d’expliquer les conséquences et les émotions vécues depuis les événements. C’est un exercice important et primordial dans la détermination de la peine. »

« C’est difficile et pénible. Ce sont de jeunes personnes et cela a eu des impacts majeurs et dévastateurs dans leur vie. Ça fait partie de leur cheminement de vider quelque chose, d’exprimer leur sentiment profond sur les événements à la personne qui rend la décision », indique Me Vallée.

Le procureur de la Couronne convient qu’il n’est pas facile pour les victimes de s’exprimer alors que leur agresseur se trouve à environ deux mètres d’elles.

« L’accusé est en droit d’assister à toutes les étapes des procédures. C’est un droit fondamental. Et certaines de ces correspondances s’adressaient directement à lui. Les gens voulaient faire passer un message et il était important qu’il soit là pour recevoir le message que les victimes lui ont clairement envoyé aujourd’hui », a conclu Me Vallée.