Karl-Emmanuel Villeneuve n’a pas parlé de la défense qu’il entend invoquée et estime donc que la demande la Couronne est prématurée.

Évaluation mentale demandée

Même si cela pourrait mener à un acquittement pour troubles mentaux, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) demande au tribunal que Karl-Emmanuel Villeneuve rencontre un psychiatre afin d’évaluer sa responsabilité criminelle relativement au meurtre au premier degré d’Alexandre Larouche.

Lundi après-midi, Me Michael Bourget, de la Couronne, a déposé officiellement sa requête au juge Paul Guimond, de la Cour du Québec. Une requête à laquelle s’est férocement opposé Me Jean-Marc Fradette, qui représente les intérêts du jeune accusé de 20 ans.

Le 29 juillet dernier, Alexandre Larouche (22 ans) a été criblé de balles dans une résidence de Chicoutimi-Nord. Son corps avait été retrouvé quelques jours plus tard. Et ce n’est que plusieurs jours après que Villeneuve a été arrêté. Il a alors été accusé de trafic de stupéfiants et possession d’une arme prohibée.

Les causes de ce meurtre ne sont pas encore connues, mais des informations laissent croire que la victime avait contracté des dettes importantes, pouvant varier entre 25 000 et 35 000 $ auprès du monde du crime organisé et que cet assassinat pouvait en être la conséquence.

Après avoir été déclaré inapte à comparaître une première fois, Villeneuve a été ensuite déclaré apte à comprendre ce qui se passait et à aider son avocat à préparer le dossier. Et il y a une quinzaine de jours, l’accusation de meurtre au premier degré a été déposée et une grande partie de la preuve (70 pour cent) a été remise à la défense.

« La requête vise à explorer la responsabilité criminelle de Karl-Emmanuel Villeuve pour les événements qui lui sont reprochés pour le meurtre au premier degré d’Alexandre Larouche », explique Me Bourget.

Celui-ci estime qu’il n’est pas rare que la Couronne dépose des requêtes de responsabilité criminelle, mais il ne cache pas que c’est la première fois qu’il voit qu’elle est contestée aussi vertement.

« Ça se fait très régulièrement. Il arrive souvent que ça se fasse d’un commun accord. Il y a plein de choses qui se font dans nos bureaux et que vous ne voyez pas. Comme nous avons la preuve avant la défense, nous présentons les arguments à la défense et qui militent pour la non-responsabilité de l’accusé. »

« Nous sommes à la recherche de la vérité tout simplement. Si M. Villeneuve a des problèmes de santé mentale, il vaut la peine d’investiguer rapidement et non pas attendre deux ou trois ans », poursuit Me Bourget.

Le juge Paul Guimond a pris l’affaire en délibéré et rendra sa décision le vendredi 12 octobre.

LA DÉFENSE S'OBJECTE FERMEMENT

Le criminaliste Jean-Marc Fradette s’oppose à ce que Karl-Emmanuel Villeneuve soit évalué sur sa responsabilité criminelle, estimant que la Couronne cherche à obtenir des informations qu’elle ne possède pas en lien avec le meurtre d’Alexandre Larouche.

« Cette requête pourrait uniquement permettre à la Couronne de gagner du temps, car la preuve est déficiente. Et on ne peut pas ignorer que la Couronne sait très bien qu’elle aura accès à des renseignements auxquels elle n’aurait pas droit en temps normal. C’est une infraction au droit au silence que d’exiger d’un juge d’ordonner à un accusé de répondre aux questions d’un médecin sur un crime qu’il n’a peut-être pas commis. »

« Je ne plaide pas au moment où l’on se parle un problème de santé mentale comme défense à faire valoir. La Couronne ne peut donc demander cette requête. Ce serait différent si je les avisais du contraire », a expliqué Me Fradette.

Ce dernier conteste donc la requête, car elle est plus que prématurée. Il précise que le dossier en est à ses premiers balbutiements.

« Je l’ai dit depuis le début que les accusations étaient tombées trop vite, que l’annonce que mon client était impliqué dans le meurtre est arrivée trop vite et que la preuve remise est couci-couça. Si on accorde la requête, ça pourrait amener mon client à s’incriminer ou à incriminer d’autres individus, car mon client devra répondre à toutes les questions du médecin, qui lui possédera toute la preuve détenue par le ministère public afin de mener son expertise », précise Me Fradette.

Advenant le cas où le ministère public obtienne des informations qu’elle ne détient pas, le juge Guimond a demandé ce que la Couronne entendait en faire. 

« Me Bourget a dit on verra. C’est déjà trop. Ça veut dire que ça dépendra de ce qu’il y aura dedans, car les réponses pourraient être préjudiciables. Nous, on attend d’avoir une preuve qui est claire qu’il a participé au crime », indique Me Fradette.

De son côté, Me Bourget précise qu’il a déjà la preuve nécessaire pour incriminer Villeneuve du meurtre au premier degré.

« Je n’ai pas de cause à gagner ni à perdre. On a la preuve suffisante pour les accusations. Nous voulons juste investiguer la question de la santé mentale », a répondu le procureur de la Couronne.