Karl-Emmanuel Villeneuve a été accusé mardi de trafic de cocaïne et de possession d’un dispositif prohibé sans autorisation, mais il ne pourra pas comparaître à ce sujet avant vendredi, selon ce que conclura l’évaluation médicale

État mental à évaluer

Accusé de possession d’armes prohibées et de trafic de cocaïne, Karl-Emmanuel Villeneuve sera évalué psychologiquement avant de pouvoir comparaître au Palais de justice de Chicoutimi vendredi, puisqu’il ne semble pas comprendre la gravité d’une potentielle accusation de meurtre, selon son avocat.

Le jeune homme de 20 ans, sans antécédent criminel, est suspecté du meurtre d’Alexandre Larouche, 22 ans, retrouvé mort dans une résidence de Chicoutimi-Nord au début du mois. Villeneuve a été arrêté mercredi dernier par la Sûreté du Québec lors d’une perquisition à Chicoutimi et il a comparu une première fois le lendemain pour possession illégale d’un fusil de calibre 12 tronçonné et d’un pistolet de calibre .45. S’ajoutent maintenant aux chefs d’accusation la possession d’un silencieux, un dispositif prohibé, vers le 8 août, et le trafic de cocaïne entre le 1er juin 2018 et le 8 août.

Selon son avocat, Me Jean-Marc Fradette, il y a des antécédents de schizophrénie dans la famille de Villeneuve. « C’est une maladie assez importante et étant donné que lui-même a déjà reçu des soins dans le domaine de la santé mentale, c’est important de vérifier s’il est capable de comparaître », précise le criminaliste. Ce dernier a eu des doutes supplémentaires lors des discussions avec son client. Le fait que le jeune homme se présente souriant au tribunal pourrait être un signe de son incompréhension.

« Pour une accusation aussi grave qui pèse au-dessus de sa tête, ça peut sembler particulier et montrer que l’accusé ne réalise pas ce qui se passe », admet l’avocat de la défense.

Le médecin pourrait conclure qu’avec des médicaments, Villeneuve sera en mesure d’aider son avocat à prendre les décisions qui s’imposent. Ou encore, il pourrait en venir à un verdict d’inaptitude à comparaître et à subir son procès. Le Code criminel prévoit des procédures jusqu’à ce que l’accusé en soit capable, explique Me Fradette.

Le juge de la Chambre criminelle et pénale Richard P. Daoust, de la Cour du Québec, a donc accepté la requête et a ordonné qu’un médecin évalue l’accusé, estimant qu’il y avait des motifs raisonnables pour le faire. « Nous ne sommes pas médecins ni l’un ni l’autre », a-t-il répondu au procureur. Du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me Mélanie Paré a consenti.

« Je ne peux pas évaluer les conversations de Me Fradette avec son client, déclare-t-elle. Dans la vidéo de l’interrogatoire avec les policiers de la Sûreté du Québec, monsieur a eu des propos qui pouvaient me laisser penser que cette demande allait survenir éventuellement, c’est donc sans grande surprise que la demande a été faite ce matin [mardi]. »

Sans histoire

À 20 ans, Karl-Emmanuel Villeneuve était « jusque-là sans histoire », raconte son avocat. Le jeune homme occupait deux emplois et travaillait « 50, 60 heures par semaine ».

À son arrivée au palais de justice avec les autres détenus, l’accusé a présenté ses majeurs aux membres des médias et affichait un grand sourire. Ce ne serait pas de la fierté, selon Me Fradette. 

« J’associe ça à la situation qu’il vit et à de l’incompréhension. On a besoin de voir s’il a les deux pieds bien sur terre. »

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LES ANALYSES BALISTIQUES ATTENDUES

Le dossier de Karl-Emmanuel Villeneuve est toujours étudié par la poursuite, qui attend, entre autres, les résultats des analyses balistiques, mais qui ne peut confirmer ou infirmer si elle compte déposer de nouvelles accusations contre l’individu.

« Les accusations les plus graves dont les policiers parlent depuis le début ne sont pas tombées encore. Je comprends qu’on est en train d’étudier de prétendus aveux ou de prétendues déclarations incriminantes. On étudie la valeur qu’ils peuvent avoir », soutient Me Jean-Marc Fradette, en défense.

La preuve ne lui a toujours pas été communiquée. « En période estivale, ça peut être plus long au laboratoire d’analyses judiciaires », ajoute Me Mélanie Paré, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Selon Me Fradette, la Couronne a besoin de retenir la preuve tant qu’elle n’a pas déposé l’accusation la plus grave, pour continuer d’évaluer ce qu’elle va faire. « Je comprends que c’est plus difficile l’été d’avoir les conclusions balistiques rapidement et que la Couronne a besoin de ces informations pour se faire une tête. Pour l’instant, mon client n’a pas eu l’accusation criminelle la plus grave. Tant mieux pour lui. »

Cela entraîne aussi des délais pour la tenue de l’enquête sur la remise en liberté de Karl-Emmanuel Villeneuve. « Tant que pend sur mon client une accusation de meurtre, on ne peut pas la faire », renchérit Me Fradette. L’accusé se dit prêt à attendre.

Si une accusation d’homicide est déposée, l’affaire sera transférée en Cour supérieure, puisque la Cour du Québec n’a pas compétence en pareille matière. Pour une demande de remise en liberté, la requête pourrait être traitée seulement un mois plus tard. « Il faut être patients. Si on reste à ce tribunal, je suis confiant que mon client pourra être libéré, puisqu’il n’a aucun antécédent criminel », conclut Me Fradette.