Philippe Lajoie et son avocat, Me Dominic Bouchard, ont plaidé que l'agent avait agi selon les règles pour maîtriser un individu menaçant.

Enquête non objective selon l'avocat du policier Philippe Lajoie

Selon le criminaliste Dominic Bouchard, le policier Philippe Lajoie doit être acquitté. Selon lui, il a subi une enquête interne non objective de la part de Marc Sénéchal et la preuve hors de tout doute raisonnable voulant qu'il se soit livré à des voies de fait sur un individu n'a pas été faite.
Me Dominic Bouchard, qui défend les intérêts de l'agent de la Sécurité publique de Saguenay (SPS), plaide que Lajoie n'a jamais frappé la victime (qui n'a pas porté plainte) et qu'il l'a maîtrisée pour assurer sa sécurité.
Le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, a pris le dossier en délibéré et rendra son verdict le 11 août.
La défense invite le magistrat à se mettre dans les bottes du policier et d'être son sosie pour bien comprendre la situation.
Au petit matin, le 6 novembre 2015, le policier semblait en avoir plein les bras avec un individu en état d'ébriété très avancé et sous l'effet du cannabis sur le stationnent du l'Université du Québec à Chicoutimi.
Ce matin-là, à la conclusion d'un party universitaire, la victime dort profondément dans son véhicule avec un ami. 
À leur arrivée, les agents Lajoie et Valérie Desgagné tentent de les réveiller, mais en vain. Lajoie parvient à le faire sortir du véhicule. La victime, contre qui aucune accusation n'a été retenue, sort, baisse son pantalon et urine contre son véhicule.
Mis en état d'arrestation, l'homme s'obstine et se démène, obligeant les policiers à le maîtriser et à lui passer les menottes. 
Quelques instants plus tard, Philippe Lajoie se sent menacé et craint pour sa sécurité. Il projette l'individu au sol et feint de lui asséner un coup d'avant-bras.
La victime n'a pas porté plainte. C'est un responsable de la sécurité de l'UQAC qui a contacté le capitaine à l'éthique, Marc Sénéchal, pour lui faire part de ce qu'il avait vu sur une bande vidéo.
« Cette enquête est irrégulière depuis le début, reprend Me Bouchard. La victime ne porte pas plainte et le plaignant, le responsable de Garda à l'UQAC, a fourni une déclaration à la veille du procès et n'a même pas témoigné. »
« Il y a une odeur malsaine dans ce dossier. Ça ajoute au manque d'objectivité de Marc Sénéchal, car l'accusation ne tient pas la route, même si c'était le souhait de Marc Sénéchal. Sauf que rien ne vient corroborer ses prétentions », a soutenu Dominic Bouchard.
Ce dernier estime que son client a utilisé la force nécessaire, tel que prévu à l'article 25 du Code criminel canadien, qui dit qu'un policier peut le faire pour mettre fin à une situation inquiétante ou dangereuse.
Me Bouchard a aussi parlé de la victime de cette arrestation. « Il (l'individu) a été d'une grande transparence. Il a mentionné qu'il avait un black-out depuis un certain temps et savait qu'il n'était pas du monde lorsqu'il consommait de la boisson forte. Ça le change. Il ne se souvient pas de ce qui s'est passé. Ça ne devait pas être un grand coup qui a été porté, car il avait ses lunettes et celles-ci n'étaient pas brisées et n'avaient pas une égratignure », a ajouté Me Bouchard.
L'avocat en défense ajoute que son client n'a jamais fait l'objet d'une plainte en déontologie, qu'il est décrit comme un policier calme, poli et professionnel. On dit de lui qu'il ne s'est jamais battu et que c'est l'aspect qu'il aime le moins de son travail.
M<sup>e</sup> Mathieu Rochette, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales.
Un témoignage à rejeter
(SB) - Le tribunal ne doit pas croire le témoignage du policier Philippe Lajoie, car il a omis plusieurs détails dans ses rapports policiers et ne peut profiter de la protection de l'article 25 du Code criminel canadien.
Il s'agit des grandes lignes de la plaidoirie de Me Mathieu Rochette, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) livrées au juge Pierre Lortie, mardi après-midi, au Palais de justice de Chicoutimi.
« Dans son rapport des événements, le policier Lajoie a omis de parler des coups de pied que la victime tentait d'asséner, des coups de tête qu'il aurait voulu donner aux agents et de la feinte que le policier a faite. Tout ça est apparu uniquement lors de son témoignage en avril dernier », indique Me Rochette.
« On aurait dit que la version de l'accusé (le policier) a été préparée, cogitée et ajustée en fonction du procès, car rien ne démontre ce qu'il avance dans la vidéo des événements », a ajouté le procureur de la Couronne.
Pour tous ces éléments, Me Rochette croit que le policier ne peut pas invoquer l'article 25 du Code criminel, qui dit qu'un policier peut agir en s'appuyant sur des motifs raisonnables et qu'il peut faire usage de la force.
« Autre élément important, dans son rapport, l'agent Lajoie ne fait aucune allusion qu'il vient de vivre un événement exceptionnel. Il ne parle pas de la deuxième fois où il a amené la victime au sol et qu'il a posé le geste de la frapper. »
« Je pense que c'est parce qu'il est coupable ou qu'il a la conscience qu'il est coupable et que c'est pour cette raison qu'il a omis des passages dans son rapport », a soutenu le procureur du ministère public.
Ce dernier a invité le juge Lortie à regarder la vidéo des événements pour évaluer notamment les principes de proportionnalité et de l'aspect raisonnable dans les gestes du policier. Surtout, pense le procureur, que la vidéo demeure un genre de témoin objectif.
« Ça pourra vous permettre d'évaluer si ce que dit Philippe Lajoie est crédible. »
Par ailleurs, Me Rochette a répondu aux allégations de son confrère sur le fait que la victime n'avait pas porté plainte.
« La victime a été témoin. Il faut savoir que l'accusation dit que c'est la Reine contre Philippe Lajoie. Ce n'est pas la première fois que ça arrive. Ce n'est donc pas un argument à retenir », croit-il.
Sur le fait que les lunettes de la victime n'ont pas été brisées, Me Rochette précise que c'est Philippe Lajoie qui a dit qu'elle ne les portait pas, pas la Couronne.
Un « professionnel », selon sa collègue
« J'ai travaillé une dizaine de fois avec le policier Philippe Lajoie. C'est un collègue très professionnel. Il a une bonne image. C'est un gars calme, poli et professionnel. »
Valérie Desgagné est policière à la Sécurité publique de Saguenay (SPS). Elle a livré un témoignage par visioconférence, mardi matin, au procès de son confrère, accusé de voies de fait simple sur un individu.
Interrogée sur les événements du 6 novembre 2015, Mme Desgagné se souvient que les deux individus dans la voiture sur le stationnement de l'UQAC étaient endormis profondément et qu'une odeur d'alcool et de cannabis était perceptible dans le véhicule.
« Lorsque l'homme derrière le volant est sorti, il nous a dit de le laisser partir chez lui, qu'il n'avait rien fait de mal. Il avait un ton agressif et était arrogant. Il nous a menacés de mort, de nous faire de la marde dans les médias », de relater la patrouilleuse.
« Nous l'avons amené au sol. Philippe s'est occupé des bras et moi des jambes, car je craignais de recevoir des coups. J'ai vu l'agent Lajoie lever le poing, mais au même moment j'ai entendu un bruit métallique derrière moi et j'ai cru que quelqu'un arrivait. J'ai pensé au passager. Mais ce n'était pas le cas », a-t-elle indiqué.
Valérie Desgagné estime que son collègue et elle ont agi ainsi en raison du danger qui semblait pointer.
Elle croyait tellement que cette arrestation n'avait rien de particulier qu'elle a été très surprise d'être convoquée dans le bureau des capitaines Marc Sénéchal et Denis Turcotte, 12 jours plus tard.
L'agente dit avoir été interrogée durant 11 heures lors de cette journée.
Le procureur de la Couronne, Me Mathieu Rochette, a plutôt parlé de 78 minutes d'interrogatoire, précisant que la policière avait eu du temps pour rédiger un rapport, parler à son représentant syndical et à un avocat.
« C'est possible, mais ça m'a paru plus long que ça. À la fin de la journée, j'étais épuisée et je suis devenue émotive. Je pleurais, je voulais retourner chez moi, mais je ne pouvais pas. On m'avait convoquée comme témoin, mais j'ai eu l'impression que j'étais l'accusée », a-t-elle ajouté.
Me Rochette s'est questionnée sur le fait que la policière parlait d'un possible danger pour la première fois depuis les événements, qu'elle ne l'avait pas fait au moment de rédiger le rapport.
Sur ce point, Me Dominic Bouchard a fait valoir que la policière avait écrit qu'elle craignait pour sa sécurité, ce qui laissait voir la possibilité d'un danger.