Nathalie Savard était émue à sa sortie de la salle d’audience, bien heureuse d’avoir été acquittée d’une conduite en état d’ébriété, car elle voulait sauver la vie d’une personne.

En état d'ébriété pour sauver une vie: une infirmière acquittée

La Chicoutimienne Nathalie Savard est acquittée d’avoir conduit son véhicule alors que ses facultés étaient affaiblies par l’alcool. Sa défense de nécessité a été démontrée.

Le juge Richard P. Daoust, de la Cour du Québec, a rendu son jugement, vendredi, au Palais de justice de Chicoutimi, pour un événement survenu le 13 novembre 2016. Le taux d’alcool de l’accusée s’élevait à .169 et .175.

Le soir des événements, l’infirmière de 49 ans a pris le volant en sachant qu’elle était en état d’ébriété, mais en raison de l’urgence de la situation, elle n’avait pas d’autres choix, selon elle. L’accusée et son conjoint ont consommé de l’alcool au souper. En début de soirée, le beau-père de l’accusée l’a appelée en panique, lui disant que ça n’allait pas bien, qu’il avait des douleurs importantes et qu’il avait besoin d’aide.

Au procès, Nathalie Savard a témoigné que son beau-père l’appelle souvent pour son état de santé, lui qui souffre d’une cirrhose du foie et d’une hernie ombilicale. Mais ce soir-là, la douleur était plus intense et l’homme ressentait une chaleur.

Le juge Daoust a mentionné que la dame a craint qu’il ne s’agisse de la rupture de l’aorte ombilicale et que sans une intervention d’urgence, l’homme pourrait en mourir.

Après un instant de réflexion, Nathalie Savard a pris son véhicule pour se rendre chez son beau-père. Les policiers de Saguenay ont croisé son auto et ont noté une conduite erratique avant de l’intercepter. Immédiatement, Mme Savard leur a expliqué la situation d’urgence et les policiers ont envoyé une deuxième patrouille et l’ambulance à la maison de l’homme malade.

Après avoir trouvé l’appartement, les agents ont dû défoncer la porte et ont trouvé l’homme dans un mauvais état. 

« Les informations qu’avait Nathalie Savard étaient que la situation était dramatique et urgente. Cette preuve n’a d’ailleurs pas été contredite. La situation a été expliquée aux policiers par les deux conjoints démontrant qu’il ne s’agit pas d’une fabrication planifiée.

« De plus, selon Nathalie Savard, c’est la première fois que son beau-père lui disait qu’il avait de la chaleur partout. Pour elle, cela nécessitait une intervention immédiate. Le Tribunal conclut que le danger était imminent », mentionne le juge Daoust.

Sur l’absence d’une autre solution, le magistrat retient que dans le stress le plus complet, pour l’accusée, l’utilisation du véhicule était la solution. Il ajoute qu’il aurait été trop long de faire venir un taxi à sa résidence (chemin privé du rang Saint-Paul) en raison de l’urgence de la situation.

« Les policiers confirment que les deux témoins ne connaissaient pas l’adresse exacte (numéro civique) de l’appartement de la rue des Hospitalières et ne pouvaient envoyer une ambulance. Pour le Tribunal, il n’y avait pas d’autres solutions légales raisonnables applicables dans les circonstances », précise le juge en acquittant Mme Savard. 


Les informations qu’avait Nathalie Savard étaient que la situation était dramatique et urgente. Cette preuve n’a d’ailleurs pas été contredite. La situation a été expliquée aux policiers par les deux conjoints démontrant qu’il ne s’agit pas d’une fabrication planifiée.
Le juge Richard P. Daoust

«Est-ce qu’on laisse quelqu’un mourir?»

Nathalie Savard ne peut affirmer qu’elle reprendrait le volant en boisson pour venir en aide à quelqu’un, mais ne cache pas qu’elle aurait de la difficulté à ne pas le faire.

« J’y repenserai la prochaine fois. Mais est-ce qu’on laisse quelqu’un mourir? Si mon père n’était pas décédé sans assistance en mars 2014, peut-être que ça n’aurait pas fait ça (intervenir pour sauver une vie) », mentionne Mme Savard, à sa sortie du tribunal.

« Si le même cas devait se reproduire, je ne le referais pas. Là j’ai l’adresse exacte de mon beau-père. J’ai pris des informations. Mais dans le feu de l’action, les choses peuvent changer. Surtout dans une situation d’urgence. Si mon voisin arrive avec un bras arraché, qu’est-ce que je vais faire? Je ne peux le laisser mourir », note Mme Savard.

Infirmière à l’urgence depuis de nombreuses années, la cliente de Me Jean-Marc Fradette sait très bien qu’il arrive que le temps soit compté pour sauver une vie.

Honte

Nathalie Savard ne cache pas que toute cette affaire est quelque peu honteuse pour elle, surtout qu’il lui arrive de parler des dangers de la consommation d’alcool et de la conduite automobile avec ceux qui passent par l’urgence. 

« Je me suis demandé de quoi j’aurais l’air. Je n’aurai plus l’air crédible auprès des jeunes à qui il m’arrive de faire la morale lorsqu’ils se retrouvent à l’hôpital. Je me suis dit qu’ils pourraient me regarder et me dire ‘‘tu peux bien parler toi’’. Mais en même temps, je peux peut-être sensibiliser les jeunes en vous parlant », indique-t-elle.

« Mon garçon a joué au football et souvent les jeunes se retrouvaient à la maison pour une fête. Je les gardais à coucher, car je ne voulais pas que personne ne reparte avec sa voiture », raconte Mme Savard.

Une défense rare

Me Jean-Marc Fradette affirme que la défense de nécessité ne peut se faire facilement.

« Ça m’est arrivé trois fois en 25 ans d’invoquer la défense de nécessité. La spontanéité, la corroboration des faits par les policiers, la crédibilité de l’accusée et l’imminence du danger comptent lorsque vient le temps de faire une défense comme celle-là », précise Me Fradette.

« Si un accusé arrive au procès, 18 ou 24 mois plus tard, avec une telle défense, ça ne marchera pas. Ma cliente a immédiatement parlé du danger imminent pour son beau-père. Ça compte. Son taux d’alcool était plus élevé, mais Mme Savard n’est pas moralement coupable », a conclu le criminaliste.