Me Jean-Marc Fradette croit que la réhabilitation de son client permet de lui donner une peine à purger en société.

En amour avec la victime

Le Chicoutimien Serge Roy a abusé sexuellement une personne de son entourage entre 90 et 110 fois sur de nombreuses années, au point où il est tombé en amour avec le jeune homme. Mais ce n’était pas une raison pour l’agresser sexuellement. Le sexagénaire s’expose maintenant à une peine de 48 mois de détention.

La juge Sonia Rouleau, de la Cour du Québec, a entendu les représentations sur sentence de Me Michael Bourget, de la Couronne, et de Me Jean-Marc Fradette, en défense, en lien avec ce dossier qui s’est déroulé entre 1988 et 1995.

Le représentant du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) réclame 48 mois de détention, alors que le criminaliste suggère plutôt deux ans moins un jour à purger en société.

L’individu de 66 ans, dont l’épouse est toujours à ses côtés, avait l’occasion de côtoyer sa victime à de nombreuses occasions durant ces années.

La première fois que Roy a touché la victime, celle-ci avait seulement neuf ans. C’est en prenant sa douche avec l’enfant que l’accusé lui a touché les parties génitales.

Les gestes à caractère sexuel se sont poursuivis jusqu’à la fin de l’adolescence. Au milieu de la période de puberté, les agressions sont passées à un autre niveau, alors que de part et d’autre, les deux hommes se faisaient des fellations.

« Il est difficile de dire le nombre de fois où cela a pu se produire. Tant la victime que l’accusé n’arrivent pas à s’en souvenir, mais il est possible de croire que cela s’est produit de 90 à 110 fois », a précisé Me Bourget, avec l’accord de Me Fradette.

Me Michael Bourget réclame 48 mois de détention pour Serge Roy.

Lettre d’amour
La victime a attendu de nombreuses années avant de porter plainte contre son agresseur, car les gestes répréhensibles ont cessé vers la fin des années 90.

C’est à ce moment que Serge Roy a écrit une lettre à sa victime dans laquelle il indique être littéralement en amour avec elle.

La mère de l’enfant, rendu adulte, a découvert le document plusieurs années plus tard. Et c’est à partir de ce moment que des plaintes ont été déposées aux enquêteurs de la Sécurité publique de Saguenay.

Au moment des représentations sur sentence, le plaignant a pris le temps de rédiger un court document pour parler de ce qu’il ressentait après toutes ces années.

La victime dit avoir vécu une dépression, a une faible estime d’elle-même, ne démontre pas beaucoup d’émotion et a éprouvé des difficultés érectiles.

Le procureur de la Couronne laisse voir que les risques de récidive sont très faibles, pour ne pas dire inexistants. « La prison en société était effectivement disponible au moment où les actes ont été commis, mais la société ne tolère plus aujourd’hui les abus envers les enfants, et l’individu doit être puni en conséquence, d’où la suggestion de quatre années de pénitencier », de dire Me Bourget.

En défense, Me Fradette plaide que son client n’a commis aucun geste répréhensible depuis plus de 20 ans. Il ajoute que la lettre d’amour qu’il a écrite en 1997 permettait de couper les liens par rapport aux événements.

« La prison en société est possible pour mon client. Si le législateur avait voulu éliminer la société pour tous les cas d’avant 2005, il l’aurait fait. Mais ce n’est pas le cas. »

« Mon client a démontré une réhabilitation, a plaidé coupable, n’a pas usé de violence (outre les actes) et a présenté un rapport présentenciel positif. Je demande donc une peine de deux ans moins un jour en société », a clamé Me Fradette.

La juge Rouleau rendra sa décision le 7 septembre.