Elle vend du cannabis à son gendre pour manger

Une dame de 53 ans de la rue Saint-Pierre à Jonquière obtient une absolution inconditionnelle pour avoir remis 2,5 grammes de cannabis à son gendre pour une somme de 30 $ afin de se payer... à manger.
La femme s'est présentée mardi matin au Palais de justice de Chicoutimi afin de répondre d'une accusation de trafic de stupéfiants.
La quinquagénaire ne semblait pas comprendre ce qui se passait et voulait fournir une explication au juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec.
Devant le désarroi de l'accusée, le magistrat lui a suggéré de faire appel à un avocat, mais elle a avoué ne pas avoir les moyens, n'étant pas accessible à l'aide juridique.
Face à cette situation, Me Julien Boulianne a proposé de rencontrer la dame et d'analyser son dossier gratuitement (pro bono).
Après une discussion avec le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Lebel, la dame a plaidé coupable. Le juge a accepté la suggestion commune d'une absolution inconditionnelle.
C'est à la suite d'une situation particulière que la dame s'est retrouvée dans la mire des policiers.
Au cours d'une soirée à la maison familiale, la fille de l'accusé porte plainte aux policiers pour violence conjugale. Au moment où les agents veulent prendre sa déposition, la plaignante se désiste, précisant que la chicane est survenue parce qu'elle a fumé un joint avec son conjoint.
« Le policier a voulu savoir d'où provenait le cannabis. Elle lui a répondu que c'est sa mère qui l'avait vendu à son copain pour 30 $. L'enquête a alors été dirigée contre la dame », précise Me Boulianne.
La rocambolesque mésaventure a commencé après que la dame se soit trouvé un emploi de cuisinière à la Baie-James. Rapidement, elle s'est procuré un camion de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Le hic, c'est qu'elle a perdu son emploi quelques mois plus tard.
Se retrouvant dans une situation financière précaire, la femme a cessé de payer les mensualités du camion. Malgré tout, le véhicule n'a pas été saisi immédiatement par les créanciers.
Comme elle avait perdu son emploi, elle a demandé l'aide sociale, mais celle-ci lui a été refusée étant donné qu'elle était toujours en possession d'un bien de valeur.
N'ayant plus d'argent, elle s'est tournée vers la Soupe populaire afin de pouvoir manger.
« La dame est parvenue à se dénicher un travail de femme de ménage dans un édifice hôtelier de Jonquière. Une journée, elle a trouvé un sac de cannabis dans une chambre. La dame l'a mis dans son chariot et l'a ramené chez elle », reprend le criminaliste.
« Un soir que sa fille et son gendre étaient à la maison, elle leur a dit qu'elle avait du cannabis. Le gendre lui a dit qu'il lui arrivait d'en consommer et il lui a offert 30 $ pour le sac de 2,5 grammes », précise Me Boulianne.
Le reste de l'histoire est connue. Comme la dame a vendu la drogue à son gendre, une accusation de trafic a été déposée.
« Lorsque son gendre lui a offert 30 $, elle a accepté, car ça lui permettait de pouvoir faire un peu d'épicerie et de pouvoir manger. Elle n'est pas trafiquante de drogue. Elle était en pleurs lorsqu'elle est venue m'expliquer la situation. J'ai eu des discussions avec Me Lebel et nous avons convenu d'un plaidoyer de culpabilité et de suggérer au juge une absolution inconditionnelle », a conclu l'avocat de la défense.
Au moment du plaidoyer de culpabilité, le juge Lortie a été touché par l'histoire et n'a pas hésité à accorder une absolution inconditionnelle à l'accusée.
Le magistrat a profité du moment pour souligner que les deux avocats étaient des personnes de coeur.