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Deuxième chance du juge: un grand ménage payant

Normand Boivin
Normand Boivin
Le Quotidien
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Un jeune homme qui a fait un grand ménage dans sa vie a pu obtenir une deuxième chance du juge Michel Boudreault.

Exceptionnellement, il a eu droit à une deuxième absolution conditionnelle pour des vols, des menaces et des bris de conditions, mais en faisant preuve de sa clémence, le magistrat lui a servi une sévère mise en garde: « Vous bénéficiez de l’occasion unique d’avoir une deuxième chance. Mais ne revenez pas devant moi une troisième fois. Est-ce clair ? »

L’individu de 28 ans s’était retrouvé itinérant à Montréal et, n’ayant pu se laver pendant quatre jours, il avait volé une brosse à dents dans une pharmacie puis, de retour au Saguenay, il avait fait des vols à l’étalage dans un grand magasin. Arrêté, il avait tenu des propos insensés dans la voiture de police, affirmant être un guerrier qui voulait « saigner des riches ».

Une expertise psychiatrique demandée par la cour a alors révélé un état de santé fragile qui déclenche une psychose à la moindre consommation de stupéfiants, même de cannabis.

Alors qu’il s’acheminait vers une sentence d’emprisonnement, il a rompu avec son milieu, a cessé toute consommation de stupéfiants et s’est trouvé un emploi, des efforts soulignés à grands traits dans un rapport présentenciel très favorable qui a poussé la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Me Marie-Ève St-Cyr, et l’avocat de la défense, Me Olivier Théorêt, à proposer une absolution conditionnelle pour lui éviter un dossier criminel.

« J’ai compris beaucoup de choses, a expliqué le jeune homme au juge Boudreault. Avant, j’avais beaucoup de tourments, mais j’ai mis des choses de côté. L’important, c’est de s’occuper de soi et de sa famille. »

« Quelles sont, de 1 à 10, les chances que vous ne touchiez plus à la drogue ? » lui a demandé le magistrat.

« Dix. Je fais trop d’argent (à travailler) pour ça », lui a-t-il répondu.

« Je me souviens de vous et je m’étais préparé. Honnêtement, sans la recommandation des deux avocats, j’aurais pris votre sentence en délibéré. Vous me demandez une absolution alors que vous en aviez déjà eu une. J’aurais eu des arguments pour vous la refuser. Mais la question que je dois me poser, c’est si l’absolution est dans votre intérêt véritable. Vous avez tout pour vous en sortir. Vous êtes jeune, vous avez un emploi, alors c’est oui. L’autre question, c’est: est-ce que l’absolution nuit à la justice ? La société a-t-elle intérêt à ce qu’un individu de 28 ans qui s’est pris en main soit empêché de se développer ? Non. Et je vous encourage à continuer. »

Même s’il a obtenu son absolution, l’accusé sera assujetti à une ordonnance de probation de 18 mois avec un suivi pour les 12 premiers mois et devra réaliser 50 heures de travaux communautaires.

« Je ne vous en donne pas beaucoup, mais faites-les et n’attendez pas le 11e mois pour les commencer », a mis en garde le juge.

Peine perdue

En revanche, c’est un dossier beaucoup moins reluisant que présentait un autre individu aux prises avec un grave problème de consommation de stupéfiants et qui n’affiche aucun désir de s’en sortir.

« On risque de se revoir! » lui a lancé le juge Boudreault, en lui donnant sa sentence de 41 jours de prison, soit le temps qu’il avait déjà fait en détention préventive.

Pour l’instant, le dossier n’est pas lourd et ses crimes se résument à donner une fausse identité lorsque les policiers l’interpellent quand il se livre à des activités de prostitution pour payer ses stupéfiants, mais le rapport présentenciel était dévastateur.

Car non seulement il ne veut pas s’en sortir, mais il n’a offert aucune collaboration à l’agent de probation chargé de dresser son portrait.

« Je ne demande même pas qu’il soit soumis à une ordonnance de probation, car il ne s’y soumettra pas et ce sera une perte de temps pour les agents », a lancé la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Me St-Cyr, ajoutant qu’à sa prochaine visite, la peine d’emprisonnement sera plus longue.