Deux frères coupables d’agressions sexuelles commises il y a plus de 25 ans

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Les frères Dany et Éric Girard ont plaidé coupables à des accusations d’agressions sexuelles commises dans les années 80 et 90, sur une jeune fille de leur entourage, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le frère aîné, Éric Girard, est l’homme qui avait laissé pour morte une femme après l’avoir violé, en 1994, dans le rang Saint-Damien à Jonquière. Après avoir purgé une lourde peine de 25 ans pour cette violente agression, Éric Girard devra retourner en prison les fins de semaine, pour cette nouvelle condamnation, prononcée pour des crimes commis plusieurs années auparavant.

Les frères Dany et Éric Girard ont écopé respectivement d’une sentence de 240 heures de travaux communautaires et de 90 jours de prison à purger de façon discontinue. Ces peines avaient été suggérées d’un commun accord entre la Couronne, représentée par Me Marie-Audrey Chassé, et la défense, représentée par Me Charles Cantin (Dany Girard) et Me François Dionne (Éric Girard). La victime au dossier, qui est aujourd’hui une femme adulte, s’était dite satisfaite de ces peines, lui évitant notamment d’avoir à subir un procès, compte tenu des plaidoyers de culpabilité rapide.

Jeudi, Dany Girard a admis au tribunal avoir agressé sexuellement cette personne, en 1995. Cette victime était une jeune femme à l’époque.

Cette même personne, qui gravitait autour de la famille Girard, avait été victime du frère aîné de Dany Girard, Éric, une dizaine d’années auparavant, soit entre les années 1986 et 1988. La victime avait affirmé que l’individu la forçait à se livrer à des gestes à caractères sexuels, tels que des fellations et des attouchements, chaque fois qu’il en avait l’occasion.

La femme a d’ailleurs témoigné des conséquences des crimes, jeudi après-midi, au Palais de justice de Chicoutimi. Elle a expliqué avoir toujours eu peur des autres, craignant de rencontrer des agresseurs. Elle a aussi déclaré ne pas avoir confiance en elle et avoir peur la nuit.

La victime avait décidé de porter plainte plusieurs années plus tard.

Les deux hommes ont admis les faits reprochés au juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault.

Agression du rang Saint-Damien

Fait particulier dans cette cause, Éric Girard a déjà purgé une peine de 25 ans de pénitencier pour une sauvage agression commise en 1994, à Jonquière. Il est important de préciser que les faits reprochés dans la présente cause ont toutefois été commis plusieurs années auparavant.

Le 22 avril 1994, l’homme, qui avait 27 ans à l’époque, avait agressé sexuellement une femme qu’il avait rencontrée dans un bar, avant de la battre presque à mort, dans le rang Saint-Damien. La victime avait fait semblant de rendre son dernier souffle afin que son agresseur cesse de lui assener des coups de barre de fer derrière la tête. Croyant qu’elle était morte, l’agresseur l’avait poussée dans un fossé avant de quitter les lieux. Elle avait été grièvement blessée.

Il avait été accusé de tentative de meurtre et d’agression sexuelle grave quelques jours plus tard. Au terme de son procès, le 9 février 1995, Éric Girard, qui avait 27 ans à l’époque, avait écopé d’une lourde peine de 23 ans de pénitencier, motivée par l’extrême violence de l’agression.

Il avait été condamné auparavant à des peines de prison pour violence conjugale et fraude, notamment. Il était d’ailleurs en libération conditionnelle lorsqu’il avait commis l’agression du rang Saint-Damien.

« Vous êtes Éric Girard du rang Saint-Damien », a affirmé le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault, lorsque la procureure de la Couronne a informé la cour de la condamnation de 23 ans de détention pour une agression sexuelle grave. Girard a purgé l’entièreté de sa peine de 23 ans, en plus des deux ans de prison purgés en attente de procès.

Ces événements et cette sévère sentence avaient marqué les anales judiciaires de Chicoutimi.

« Il n’y a pas beaucoup de monde qui l’a oublié », a fait savoir le juge Boudreault.

Suggestion commune

La Couronne et la défense en étaient venues à une suggestion commune à présenter au juge. La Couronne a souligné les plaidoyers de culpabilité rapides des deux frères, évitant ainsi à la victime de témoigner.

Le milieu familial particulièrement dysfonctionnel dans lequel ont grandi les frères Girard a également été pris en compte par la procureure de la Couronne. Un troisième frère a d’ailleurs évité des accusations en semblable matière puisqu’il est décédé.

Dany Girard s’en sort donc avec une sentence de 240 heures de travaux communautaires, alors que son frère devra purger une peine de 90 jours de prison de fins de semaine. Des ententes de dédommagement monétaire pour les torts causés ont également été conclues.

Le juge Boudreault a tenu à s’adresser à Éric Girard, avant de prononcer la peine.

« Est-ce que le tribunal a raison de craindre de l’avenir ? », a demandé le magistrat.

« Non, je fais tout ce que je dois faire. Je travaille, je reste tranquille chez nous et je ne sors pas », a informé l’homme de 54 ans.

« Qu’est-ce que ça vous fait, de devoir retourner en prison les fins de semaine après avoir purgé 25 ans ? », a questionné le juge Boudreault.

« C’est sûr que ce n’est pas super, mais je vais faire ce qu’il faut », a noté l’accusé.

La procureure de la Couronne a tenu à souligner le travail de réinsertion d’Éric Girard et de ses acquis depuis sa sortie du pénitencier.

« Si on ne croit plus en la réhabilitation, on ne sera jamais objectif », a souligné la procureure de la poursuite.

« J’espère qu’on ne vous reverra jamais ici », a laissé tomber le magistrat, à l’attention de l’accusé.