Marc Larocque, commissaire du quartier numéro 8 à la CS des Rives-du-Saguenay, a indiqué que le congédiement de Chantale Cyr a été décidé en à peine 20 minutes.

Chantale Cyr congédiée en 20 minutes... et informée dans le journal!

Vingt minutes. C’est tout le temps qu’il aura fallu pour annoncer, le 13 mars 2018, le congédiement de la directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS), Chantale Cyr, aux élus du conseil des commissaires. Et la principale intéressée l’aura appris en lisant Le Quotidien du 14 mars 2018.

C’est ce que le commissaire du quartier numéro 8, Marc Larocque, a rapporté, mercredi matin, devant le juge Guy Roy, du Tribunal administratif du travail du Québec, dans le cadre des procédures pour des plaintes de harcèlement psychologique et de congédiement illégal envers Mme Cyr.

Marc Larocque a longuement été interrogé par Me Éric Lebel, qui défend les intérêts de l’ex-directrice générale, dont l’embauche s’est faite le 4 juillet 2016.

M. Larocque a été questionné sur la décision du 13 mars 2018. Le renvoi de Chantale Cyr était envisagé depuis le début de son congé de maladie, en novembre 2017. En janvier 2018, les commissaires ont appris ce qui lui était reproché.

L’élu se souvient que la présidente Liz Gagné a communiqué avec la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) pour avoir des avis juridiques en lien avec le renvoi de la directrice générale et la révision de la délégation des pouvoirs.

« Le soir du 13 mars 2018, Me Bernard Jacob (avocat de la firme Morency recommandé par la FCSQ) a indiqué que nous étions rendus au vote étant donné que Mme Cyr refusait de se présenter pour donner ses explications. Elle justifiait son absence pour des raisons de santé. Me Jacob avait ajouté que sa maladie l’empêchait de venir, mais qu’elle était correcte pour préparer sa défense. Me Jacob a banalisé la maladie et a même remis en cause cette maladie », se souvient le commissaire Larocque.

« Ça a pris 20 minutes pour la congédier et expliquer les raisons du congédiement. Lors de la séance régulière, nous n’avons pas posé de questions pour la simple raison que la résolution est lue et que le vote est pris. Les questions viennent ensuite. Mais ça ne servait à rien, car le congédiement avait déjà été voté. Il était impossible de changer quoi que ce soit. Surtout que l’on voyait que le renvoi était décidé depuis longtemps », a indiqué Marc Larocque.

En contre-interrogatoire, Me Jean-Claude Girard (du bureau Morency) a demandé s’il était tout de même possible, pour les commissaires, de poser des questions.

« Oui, on pouvait poser des questions et Me Jacob n’a jamais refusé de répondre à nos questions. Mais nous ne posions pas souvent des questions ni en plénière ni à la réunion régulière », a admis M. Larocque.

Depuis le 31 janvier 2019, la politique a changé. Les commissaires peuvent discuter des résolutions avant que le vote ne soit pris et peuvent même proposer des amendements.

Sur les motifs de congédiement, le commissaire précise qu’ils ont été mentionnés aux élus, mais jamais expliqués dans le détail. « On a eu un PowerPoint d’une page. »

Ce dernier a d’ailleurs indiqué que Jocelyn Ouellet, directeur des ressources humaines, a entrepris de monter un dossier sur Chantale Cyr dès l’instant où elle s’est retrouvée en congé de maladie.

« Il a préparé ce dossier avec Me Jacob. Liz Gagné nous a ensuite dit que ce dossier permettait de se préparer pour aller au congédiement de Chantale Cyr. Nous étions en novembre 2017. »

Dans le journal

Après le vote majoritaire en faveur du congédiement de Chantale Cyr (deux contre et une abstention), les élus ont voulu savoir comment l’annonce serait faite à la DG.

« Mme Gagné nous a dit qu’elle était pour l’appeler. Quelques jours plus tard, j’ai communiqué avec Mme Cyr pour m’enquérir de son état de santé. Elle m’a annoncé qu’elle avait appris la décision en lisant le journal. Le message ne s’était pas fait », indique le commissaire d’école.

Marc Larocque a convenu qu’il y avait régulièrement de la confrontation entre Chantale Cyr et Liz Gagné, mais que la directrice générale était toujours respectueuse.

« Mais ce n’était pas la même chose du côté de Mme Gagné. On voyait que ça tannait la présidente lorsque Mme Cyr voulait prendre la parole. »

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UNE REQUÊTE DE 4333$ POUR UNE DÉPENSE DE 1300$

La Commission scolaire des Rives-du-Saguenay a dépensé 4333,12 $ pour mener l’enquête sur la dépense de 1300 $ ayant servi à habiller convenablement l’ancien président Antonin Simard.

Cette facture a été invoquée au Tribunal administratif du travail par l’avocat de Chantale Cyr, Me Éric Lebel.

Il faut se souvenir que la directrice générale a été limogée de son poste de directrice générale de la CSRS pour plusieurs motifs. Les dirigeants invoquaient notamment son manque de leadership, sa volonté de vouloir diviser pour mieux régner, de s’être mêlée de l’élection scolaire, d’avoir mal utilisé des subventions gouvernementales ou avoir démoralisé les troupes.

Des éléments qui étaient inconnus du commissaire Marc Larocque (quartier 8).

Il a aussi été reproché à Chantale Cyr d’avoir acheté des cartes-cadeaux (achat confirmé par le directeur des finances pour des frais de représentation) afin de s’assurer que le président de l’époque, Antonin Simard, soit habillé convenablement lors de rencontres avec le premier ministre du Québec, le ministre de l’Éducation et les sous-ministres.

Me Éric Lebel a demandé au commissaire Marc Larocque s’il était au courant qu’une enquête avait été menée en lien avec cette dépense.

« Je savais qu’il y avait une enquête menée par Liz Gagné sur les cartes-cadeaux », a-t-il répondu.

« Connaissez-vous le montant de la facture de cette enquête ? », a poursuivi Me Lebel.

« Je ne suis pas au courant du montant de cette enquête. Je ne me souviens pas qu’une résolution ait été prise au conseil des commissaires pour autoriser cette enquête », a répondu M. Larocque.

Me Lebel lui a alors montré la facture contenue dans les documents et l’élu a été très surpris d’apprendre que l’enquête avait coûté environ 330 % plus cher que la dépense elle-même, soit 4333 $ pour des cartes-cadeaux de 1300 $.

« Lors des assemblées, on nous présente les dépenses globales. Ce n’est pas défini. Nous ne savions donc pas combien ça avait coûté pour cette enquête. Et on nous a donné une explication verbale de l’enquête, mais nous n’avons jamais vu le rapport écrit », a indiqué Marc Larocque.

Billet médical

D’autre part, le commissaire dit n’avoir jamais vu le billet médical de Chantale Cyr, mais il savait qu’elle se trouvait en congé de maladie. Il ajoute que Me Bernard Jacob en avait parlé aux élus en banalisant la maladie de Mme Cyr.

« Par contre, il est vrai que nous ne recevons jamais les documents médicaux du personnel au conseil des commissaires, car ces informations sont confidentielles », a répondu M. Larocque à une question de l’avocat de la CSRS, Me Jean-Claude Girard.

À titre de commissaire, Marc Larocque a été questionné sur le projet de l’école du Millénaire, à La Baie. Me Girard a voulu savoir s’il était au courant du dépassement des coûts, qui aurait été de 1,3 million $ au lieu de 300 000 $.

« Je ne peux expliquer la différence et nous n’avons pu poser les questions à la directrice générale, car elle n’était plus là », a-t-il dit.

M. Larocque et Sonia Desgagné, elle aussi commissaire, ont reçu des lettres anonymes leur précisant qu’ils défendaient une personne narcissique (Chantale Cyr) et qu’il était temps qu’ils allument.

« Je n’ai pas porté plainte, mais j’en ai parlé à une séance des commissaires. J’ai dit que la personne qui avait écrit ça ne méritait pas de travailler à la commission scolaire ou de siéger au conseil des commissaires. Il est évident que ça venait de l’interne. Nous n’avons jamais su de qui étaient les lettres malgré une enquête interne. Mais j’aurais bien aimé le savoir », a conclu Marc Larocque.