Cathie Gauthier perd en appel

La Cour d'appel du Québec estime que le juge Jean-Claude Beaulieu n'a pas erré en droit dans le procès de Cathie Gauthier, rejette la possibilité de tenir un nouveau procès et maintient les verdicts de culpabilité pour meurtre au premier degré de ses trois enfants.
Dans un jugement de 28 pages, les juges Jean Bouchard, Benoit Morin et Louis Rochette ne retiennent aucun motif de la défense, représentée par Me Dominic Bouchard. Les juges ont utilisé les six mois de délai pour rendre leur décision, alors que l'appel avait été instruit le 26 janvier dernier.
Il faut se souvenir que Cathie Gauthier a été reconnue coupable des meurtres au premier degré de ses trois enfants, Joëlle (12 ans), Marc-Ange (7 ans) et Louis-Philippe (4 ans), dans la nuit du 31 décembre 2008 au 1er janvier 2009 dans la résidence de la rue du Portage, à Chicoutimi. La femme de 37 ans a été condamnée, le 24 octobre 2009, à trois sentences de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.
Gauthier et son conjoint, Marc Laliberté, ont administré des doses mortelles d'Oxazepam et de Gravol, provoquant une longue agonie et un arrêt respiratoire. Cathie Gauthier avait même rédigé un pacte de suicide impliquant son conjoint. Le couple a aussi pris les mêmes médicaments et Marc Laliberté s'était tranché le poignet et avait fait de même avec celui de sa conjointe.
Le lendemain matin, seule Cathie Gauthier s'est réveillée. Et avant d'appeler les services d'urgence au 911, elle a pris le temps d'aller dans le bain.
Rejet en bloc
Dans l'analyse de la cause, les trois juges ont repris chacun des points soulevés par Me Bouchard. Et ils les ont tous rejetés.
La Cour d'appel estime que le juge Beaulieu a eu raison de ne pas attirer l'attention du jury sur la notion d'acte illégal. «Pour l'appelante, il n'y a pas eu de pacte de suicide et aucune planification. Elle était dans un état de dissociation lorsque son conjoint lui a fait part de son projet de partir tout le monde ensemble. Le juge n'a donc pas à soumettre au jury ce moyen alternatif de défense incompatible.»
Ils font de même avec la notion d'acte illégal que le juge aurait fait défaut d'expliquer aux jurés. «Les membres du jury croyaient qu'il leur manquait un document, ce qui n'était pas le cas. Le juge se montrant disponible pour répondre à des questions sur le sujet, on peut donc déduire que si le jury n'est pas revenu sur cette question, c'est qu'il n'entretenait aucune confusion ou interrogation.»
Quant au fait que le verdict d'homicide involontaire coupable n'ait pas été suggéré, les membres de la Cour d'appel estiment que ça ne pouvait être le cas. «Si Cathie Gauthier a acheté les médicaments dans le but de leur faire prendre, elle se rend complice des faits et gestes de son conjoint et ce fut le scénario retenu par le jury, lequel a conduit au verdict connu.
«Si l'appelante achète les médicaments dans le but de les faire prendre aux enfants en temps opportun, elle se retire du pacte et en avise formellement son conjoint, le jury aurait alors dû l'acquitter. Et si elle achète les médicaments sans arrière-pensée et mise au courant des intentions criminelles de son conjoint, elle lui oppose un refus catégorique, le jury aurait aussi dû l'acquitter. Dans aucun de ces scénarios, le jury ne pouvait trouver l'appelante coupable d'homicides involontaires», précise le jugement.
La défense s'interrogeait aussi sur la permission donnée aux médias de diffuser une information concernant une tentative ratée de suicide après la séquestration du jury. Autre élément rejeté.
 
// Les réactions de Me Dominic Bouchard sont disponibles dans la version papier de votre Quotidien.