Cathie Gauthier
Cathie Gauthier

Cathie Gauthier a tenté d'en finir

Cathie Gauthier a fait une tentative de suicide le 28 mai dernier, alors qu'elle était en liberté en attente de procès sous les accusations de meurtre prémédité de ses trois enfants Joëlle, 12 ans, Marc-Ange, 7 ans et Louis-Philippe, 4 ans.
La femme de 35 ans a été retrouvée dans son lit par le personnel de la Maison Marie-Fitzbach, les yeux hagards et la bouche ouverte. Le personnel avait conclu qu'elle avait accumulé sa médication quotidienne pendant quelques jours pour la prendre en une seule dose.
Une lettre destinée à son avocat, Me Dominic Bouchard, a aussi été découverte par le personnel. Son contenu a été mis sous scellé parce que Cathie Gauthier n'a pas formellement renoncé au bénéfice du secret professionnel.
Après sa découverte, l'accusée avait été transférée à l'hôpital et la police informée de l'événement.
Aussitôt informée, la représentante de la Direction des poursuites criminelles et pénales, Me Sonia Rouleau, s'était adressée au tribunal pour révoquer toutes ses conditions de mise en liberté sur engagement et ordonner sa détention préventive jusqu'à la fin des procédures judiciaires. La demande de la Couronne s'était opposée à la volonté de l'avocat de la défense, Me Dominic Bouchard, qui a demandé de transférer l'accusée dans une autre maison d'hébergement située à Montréal.
La question a été débattue le 1er juin au cours d'une requête en révision de caution devant le juge Jean-Claude Beaulieu de la Cour supérieure, qui a aussi été mandaté pour instruire le procès. L'enquête s'est déroulée en une seule journée sous une ordonnance de non-publication afin de préserver le droit de l'accusée au recrutement d'un jury impartial et à la tenue d'un procès équitable fixé le 5 octobre. Le procès étant terminé et le jury séquestré depuis le 20 octobre, les médias peuvent maintenant rapporter les événements qui se sont déroulés cet été.
Révision
Lors de l'audition devant le tribunal le 1er juin, Me Sonia Rouleau a questionné la directrice de la Maison Marie-Fitzbach, Isabelle Dassylva, pour relater les circonstances du séjour de Cathie Gauthier dans son établissement.
Dès les premières semaines, le personnel avait constaté la lourdeur du cas, tant sur le plan financier que sur celui de l'organisation du travail qui était très sollicitée par les demandes de l'accusée. La présence de Cathie Gauthier, selon la directrice, mettait en danger la sécurité des autres pensionnaires ainsi que celle de l'accusée elle-même. Au lieu d'en informer le tribunal, la directrice a prévenu l'avocat de la défense pour qu'il déplace l'accusée.
Me Dominic Bouchard a demandé de retenir la lettre afin de tenter de convaincre le conseil d'administration de l'organisme sans but lucratif de revenir sur la décision de la directrice. Après plusieurs échanges, le CA a résolu de mettre fin à l'hébergement. L'avocat de la défense a demandé de suspendre l'application de la décision, afin de faire des démarches auprès d'une autre maison d'hébergement.
La tentative de suicide du 28 mai allait mettre fin au silence entourant la situation de l'accusée et amener les enquêteurs de la Sûreté du Québec à procéder à l'arrestation de l'accusée.
Le juge Jean-Claude Beaulieu a exigé de la responsable qu'elle informe le tribunal la prochaine fois qu'on lui confiera une accusée. «Je n'ai jamais pensé avertir la Cour. La justice, on ne connaît pas trop», avait reconnu la directrice.
Détention
Au terme de cette enquête sur révision de caution, le juge a ordonné la détention de l'accusée pour sa propre sécurité. «Vous avez tenté de vous enlever la vie, lui a dit le juge Beaulieu. Une lettre que vous avez écrite démontre clairement votre intention de vouloir rejoindre vos trois enfants et votre conjoint. Quoique vous présentiez un cas exceptionnel, je ne peux vous traiter d'une façon exceptionnelle. Sans être médecin, psychiatre ou psychologue, on peut décoder votre désir profond d'en finir avec la vie. Conséquemment, je ne peux m'associer à votre projet. Votre requête est rejetée.»