Jean-Philippe Blanchette est accusé de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort et de négligence causant la mort.

Blanchette aurait dû voir les arbres, selon un policier

Le policier Pierre Girard ne comprend pas que Jean-Philippe Blanchette n'ait pu apercevoir la cime des arbres devant lui, alors que lui est parvenu à les voir avec une lampe de poche. Une situation qui aurait dû susciter une interrogation.
Contre-interrogé par Me Luc Tourangeau, avocat en défense au procès devant jury, le reconstitutionniste en scène de collision de la Sécurité publique de Saguenay (SPS) veut comprendre les accidents.
« Il n'a pas vu la cime des arbres alors que les phares halogènes de son Jeep étaient allumés. Ceux-ci ont une portée, lorsqu'ils sont sur les basses, d'environ 40 mètres (133 pieds). Moi j'ai vu la tête des arbres avec ma lampe de poche. Il aurait les voir et il aurait dû y avoir un déclic », a-t-il précisé.
Me Tourangeau a fait valoir que le reconstitutionniste se tenait debout devant le ravin, alors que l'accusé était assis à l'intérieur de son véhicule, ce qui pouvait modifier la vision.
« C'est vrai, mais j'ai pris des mesures. Je suis allé voir le véhicule et j'ai mesuré du sol jusqu'au marchepied (24 pouces). J'ai mesuré jusqu'au siège et ça m'a donné 18 pouces. Et du siège à l'appui-tête, il y avait 27 pouces, ce qui donne un total de 69 pouces », a résumé l'agent.
« J'ai estimé qu'un homme de 5 pieds et 9 pouces allait avoir la même vision. M. Blanchette mesure 5'7'' ou 5'8'' et son champ de vision était le même qu'un individu de cinq pieds et neuf pouces », a-t-il précisé.
Le criminaliste a aussi fait valoir que le terrain est accidenté, que son accès n'est pas des plus faciles et que ça aurait pu expliquer les événements.
Sur cet aspect, Me Jean-Sébastien Lebel a demandé au reconstitutionniste s'il était tombé dans le ravin.
« Non, je me suis promené un peu partout et je ne suis pas tombé dans le ravin », a-t-il répondu.
Aviez-vous consommé des boissons alcooliques ? a demandé Me Lebel. « Non », a poursuivi M. Girard.
Il faut savoir que Blanchette a affiché un taux de ,142 d'alcool dans le sang.
Par ailleurs, M. Girard a confirmé à l'avocat à la défense qu'aucune affiche ou bloc de ciment n'indiquent une interdiction à se rendre sur les lieux et que rien ne laisse voir que le terrain appartient à la ville de Saguenay.
Une pente très abrupte
Le Jeep TJ de Jean-Philippe Blanchette a dévalé une pente ayant un dénivelé de 68 pour cent avant de terminer sa course au milieu d'un amas de roches, de briques et de ciment. Un dénivelé trois fois plus élevé que la côte Sainte-Anne, qui est de 23 pour cent.
Pierre Girard, reconstitutionniste en scène de collision de niveau III de la Sécurité publique de Saguenay, conclut que l'accident est dû uniquement à un facteur humain et que c'est une pièce de la cage de protection du Jeep qui a frappé la tête de la victime Kathleen Haché-Binette.
Blanchette, 36 ans, est accusé de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort, de conduite avec un taux d'alcool supérieur à 80 milligrammes causant la mort et de négligence criminelle causant la mort de sa conjointe, le soir du 15 août 2014.
Le Chicoutimien était au volant de son véhicule hors route lorsqu'il est allé faire une promenade dans un sentier, appartenant à Saguenay, situé au bout de la rue Jobin, à Chicoutimi.
M. Girard a expliqué au juge Denis Jacques, de la Cour supérieure du Québec et aux 12 membres du jury que l'accusé s'est aventuré dans un terrain accidenté à bord d'un véhicule modifié et équipé de pneus surdimensionnés.
« J'ai calculé que le véhicule a parcouru une distance d'environ 17,90 mètres (58 pieds) avant de se retrouver dans le ravin. Je n'ai constaté aucune trace de freinage avant la chute. »
« Le fossé a une profondeur de 10,37 mètres (34 pieds) et un dénivelé de 68 pour cent. En comparaison, la côte du Parasol en a un de 14 pour cent, la côte Sainte-Anne a un dénivelé de 23 pour cent, alors que celle de la côte Sainte-Geneviève est à 14 pour cent et la côte des meules est à 11 pour cent », a précisé M. Girard, afin de démontrer l'importance de la pente où a eu lieu l'accident.
Les coussins gonflables n'ont pas été déployés étant donné que les déclencheurs n'ont pas été touchés.
Il explique cette situation par la solidité du véhicule.
« Ici nous avons un véhicule super résistant, dont le cadre est plus gros et plus solide qu'un véhicule normal. Il possède de gros pare-chocs en acier et est muni d'une barre de protection. Il est donc probable que les avertisseurs n'aient pas été sollicités et n'aient pas commandé l'ouverture des ballons gonflables », ajoute le reconstitutionniste.
Me Jean-Sébastien Lebel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales, a annoncé avoir conclu sa preuve.
Le procès reprend lundi avec la preuve de la défense.