Jean-Philippe Blanchette

Blanchette a pris le mauvais sentier

Jean-Philippe Blanchette s'est tout simplement trompé de sentier lorsqu'il a voulu retourner à la maison. Il a tourné trop rapidement et s'est retrouvé au fond d'un ravin, entraînant la mort de sa conjointe, Kathleen Haché-Binette. Il dit que l'alcool n'a rien à voir dans l'accident, car il était « ben correct ».
Du moins, c'est la défense amenée par Blanchette, accusé de conduite avec les facultés affaiblies, de conduite avec un taux de plus de 80 milligrammes d'alcool et de négligence criminelle causant la mort. 
Me Luc Tourangeau, en défense, a présenté sa preuve au juge Denis Jacques, de la Cour supérieure et aux 12 membres du jury, lundi matin. Sa preuve s'est résumée à faire témoigner son client. 
Calme, Blanchette a raconté, pour la première fois, le drame du soir du 15 août 2014 lorsque son Jeep TJ s'est écrasé au fond d'un ravin au bout de la rue Jobin, à Chicoutimi.
« Il était environ 21 h 17 lorsque l'on a décidé de retourner à la maison après s'être promené sur le site durant une trentaine de minutes. Plutôt que de ressortir par l'endroit où on était entré (rue Jobin), j'ai décidé de sortir par la rue JR Théberge, car c'était plus court. Mais en arrivant à la sortie, les portes de la clôture étaient verrouillées », mentionne Blanchette, qui a passé une bonne partie de sa vie à s'amuser sur ce terrain de la ville de Saguenay.
« On a fait demi-tour. Il devait être 21 h 25 et il faisait noir. J'ai aperçu une butte de terre et j'ai pensé que j'étais sur le bon chemin. Je suis arrivé face à un tas de roche, comme je l'avais vu auparavant. J'ai reculé et je suis reparti tranquillement. Les arbres devant moi, je les ai vus, mais j'ai cru que c'était ceux que j'avais aperçus en arrivant », de poursuivre l'accusé.
Blanchette n'a pas vu le trou devant lui. Il prétend que le long capot du Jeep lui a créé un angle mort et qu'il ne pouvait voir devant lui. Il s'est avancé et est descendu rapidement dans le ravin, frappant un bloc de béton avant de faire un ou deux tonneaux.
« Si j'avais vu le trou, avec l'expérience que j'ai, jamais je ne serais descendu là. Il n'y a aucune machine qui peut le faire. Lorsque le Jeep s'est arrêté, j'ai crié à Kathleen ''es-tu correcte ?'' à deux reprises. Je n'ai pas eu de réponse. »
« J'ai réussi à défoncer le toit de toile et à tâton j'ai pu trouver Kathleen. J'ai cherché un pouls, j'ai touché à son coeur, mais je n'ai rien senti. Je lui ai soufflé dans la bouche et le sang a remonté dans la mienne. J'ai compris que ça allait vraiment mal », de mentionner Jean-Philippe Blanchette qui a couru pour trouver du secours. 
L'accusé ne se souvient plus exactement des termes utilisés lorsqu'il a rencontré Pierre Champagne à sa sortie du sentier. 
« Lorsque j'ai dit que je passerais le test de la balloune, je voulais dire que je n'aurais aucun problème, car je n'avais pris que trois petites bières », a-t-il mentionné.
« Tout ce dont je me souviens, c'est que je regrettais de ne pas être mort moi aussi. »
Convaincu
Après l'interrogatoire principal, l'accusé a répondu aux questions et interrogations de Me Jean-Sébastien Lebel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Celui-ci s'est interrogé sur le fait qu'il se soit trompé de sentier, alors qu'il a prétendu connaître le secteur pour y avoir passé beaucoup de temps.
« Oui je suis allé là souvent, mais une seule fois en 2014 et pas très souvent depuis 2007. Il est possible que le secteur ait changé depuis. En plus, de nuit, les deux couloirs se ressemblent et je ne me suis pas aperçu que celui que j'ai utilisé était plus étroit que l'autre », a répondu Blanchette.
Me Lebel s'est aussi interrogé sur le fait que l'accusé n'a pas vu le ravin, alors que les phares de son Jeep avaient une portée de 40 mètres et ne comprend donc pas qu'il ne s'était pas arrêté pour voir où le chemin le menait.
« Non, car je croyais être dans le bon sentier. Je ne me suis jamais rendu compte que je m'étais trompé de chemin et je n'ai pas vu la différence sur le chemin », ajoute-t-il.
Blanchette a répété qu'il n'a pas vu que le sentier se terminait devant lui, sinon, il aurait débarqué du véhicule pour voir ce qu'il y avait devant lui.
«J'étais ben correct»
« J'étais ben correct. Jamais l'alcool n'a été en cause. Lorsque j'ai soufflé .142, j'ai été surpris. Je n'avais aucun signal à l'effet que j'étais chaud. Et oui aujourd'hui je peux dire que l'alcool n'a rien à voir là-dedans. C'est ça ma défense. »
En réponse aux questions du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Jean-Philippe Blanchette demeure très clair dans ses propos. Il n'était pas saoul, n'avait aucune inquiétude à passer le test d'ivressomètre et n'avait aucune difficulté à conduire son véhicule.
À au moins cinq reprises, Me Lebel a demandé à l'accusé s'il changerait des choses, s'il pouvait retourner en arrière. Blanchette n'a pas remis en cause sa consommation d'alcool.
Par contre, s'il avait su, il ne serait pas allé sur les lieux, aurait fait bien d'autres choses ce soir où le couple célébrait six mois de fréquentation.
« Si j'avais su, je ne serais pas allé. Je serais allé voir mon ami. Mais avec des si et des rais, je ne serais pas ici. En plus, même si je connais bien le secteur, rien ne dit qu'il n'a pas changé », a répondu l'accusé.
« Raison de plus pour sortir du véhicule et regarder ce qu'il y a devant », a rétorqué Me Lebel.
Mes Lebel et Tourangeau livreront leur plaidoirie mardi matin. Le criminaliste s'exécutera en premier.