Le caporal Jacques Tremblay a plaidé coupable à un comportement préjudiciable au bon ordre et à la discipline dans les Forces armées canadiennes. Il a aussi entendu la victime s’adresser à la justice militaire, une toute nouvelle procédure mise en place le 1er septembre dernier.

Blâme et amende de 3500 $ pour un caporal

Le policier militaire Jacques Tremblay, de la 3e Escadre de Bagotville, a plaidé coupable à une accusation de comportement préjudiciable au bon ordre et à la discipline après avoir touché la cuisse d’une collègue.

Le lieutenant-colonel Louis-Vincent d’Auteuil, juge militaire, a accepté le plaidoyer de culpabilité du caporal Tremblay lors d’une audition de la Cour martiale. Il écope d’un blâme et d’une amende de 3500 $.

Les événements reprochés au policier militaire remontent au 18 décembre 2016. Après une soirée du temps des Fêtes au Mess des officiers de la Base militaire de Bagotville, le caporal s’est rendu dans un bar de La Baie en compagnie de quelques militaires.

L’homme a consommé passablement d’alcool au cours de la soirée et a fait de nombreuses blagues sexistes. Une fois arrivé au débit de boisson, le caporal Tremblay a continué à consommer, a résumé la capitaine Élisabeth Cormier, de la poursuite.

À un moment donné, sur la piste de danse, Tremblay a touché les fesses de la plaignante. Celle-ci l’a immédiatement avisé de cesser.

Il a poursuivi les gestes jusqu’à toucher la cuisse de la victime. Le message n’a pas été compris, même si d’autres militaires sont intervenus pour qu’il cesse. Les gestes inappropriés à nature sexuelle se sont arrêtés lorsque la victime a appelé une connaissance pour qu’elle vienne la chercher.

« Depuis l’agression, je n’ai pas eu la chance de te regarder dans les yeux pour te dire toute la tristesse, la rage et la peur que j’ai. Je me souviens exactement de tout ce qui s’est passé, de l’emplacement des tables et des gens qui étaient là », a commenté la jeune femme après l’enregistrement du plaidoyer de culpabilité.

« J’ai hésité avant de porter plainte, car je n’avais pas le goût de te revoir. Mais après en avoir parlé autour de moi, j’ai pris la décision d’aller de l’avant pour que ça n’arrive pas à quelqu’un d’autre », a poursuivi la plaignante, qui est toujours basée à Bagotville.

Celle-ci aurait aussi aimé obtenir un meilleur soutien de la part de la chaîne de commandement. Elle reproche à ses supérieurs de ne pas l’avoir supportée et ne pas l’avoir assez soustraite de la présence de son agresseur.

« J’en suis venu à perdre la confiance en la chaîne de commandement. Je ne comprenais pas que je devais continuer à travailler en sa présence. Je ne veux plus avoir à travailler avec lui », a indiqué la victime qui a pu s’exprimer, une procédure mise en place le 1er septembre.

Le caporal Tremblay, dont les intérêts étaient représentés par Me Jean-Marc Fradette, a demandé l’autorisation de s’adresser directement à la victime.

« Je m’excuse vraiment des événements. C’était une soirée festive et il arrive des fois qu’on l’échappe. J’en ai perdu des bouts. Mes gestes étaient plus ‘‘friendly’’ que sexuels. Je vivais une période de fatigue extrême et je venais de subir un infarctus. »

« Après la plainte, j’ai eu des pensées suicidaires et j’ai cru perdre mon emploi. J’ai été admis au D9 de l’hôpital de Chicoutimi. Je suis traité et suivi par un médecin depuis cette période. Je t’offre mes plus plates excuses et je suis ouvert, si cela t’intéresse, à te rencontrer pour que l’on en parle. Mais je ne te voulais pas de mal et je n’avais pas d’intentions malveillantes », a témoigné le caporal Jacques Tremblay.

Après une pause de quelques minutes, le juge D’Auteuil a accepté le plaidoyer de culpabilité et a entériné la suggestion commune.

Il a félicité la plaignante pour la bravoure dont elle a fait preuve et a indiqué à l’accusé que le processus de réhabilitation se poursuivait dans son cas.

Il a aussi suggéré à l’unité de la police militaire de revoir sa façon de faire afin de prévenir des gestes similaires et aussi de travailler à rebâtir son degré de confiance envers les militaires de Bagotville.

« La responsabilité de la police militaire est grande. Tous les militaires vous font confiance, car c’est votre devoir de faire respecter les lois. Ils doivent penser pouvoir vous faire confiance. La gestion est à voir. La notion du respect doit être rétablie », a conclu le lieutenant-colonel D’Auteuil.