Le juge Michel Boudreault rendra la sentence vendredi.

Bébé secoué: le père risque 24 mois de détention

Un père de famille de 30 ans passera de 15 à 24 mois derrière les barreaux pour avoir secoué son poupon de deux mois en novembre 2013. Il connaîtra son sort vendredi matin.
Le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, se donne quelques jours de réflexion avant de rendre sa décision finale à l'individu qui a plaidé coupable à une accusation de voies de fait graves causant des lésions.
Les malheureux événements se sont produits le 21 novembre 2013, quatre jours seulement avant que la petite fille ne célèbre ses deux mois.
Alors que la maman est partie donner un cours, le père se trouve seul avec son enfant à la maison. Il étudie afin de réussir une formation à distance.
L'enfant pleure. Elle a des coliques. Dans le but de la soulager, l'homme prend l'enfant sur lui. Mais le bébé pleure et pleure.
Dans un geste d'impatience, il secoue l'enfant. Il le brasse de manière assez vigoureuse. 
Le tribunal a d'ailleurs pu avoir une idée de la violence utilisée, car durant l'interrogatoire de police, l'individu a montré, à l'aide d'une poupée, ce qu'il avait fait. Il a pris la petite par le corps et l'a brassée de devant en arrière et de côté. Sans lui tenir la tête.
« Il m'a appelée pour me dire que l'enfant ne respirait plus et que je devais revenir rapidement à la maison. Il a alors dit qu'il ne savait pas ce qui s'était passé, car il lui faisait chauffer du lait », a témoigné la maman.
Le couple a conduit le bébé à l'hôpital de Chicoutimi, avant qu'il ne soit transféré à Québec. 
« J'étais fâchée et je lui (père) ai demandé si c'est lui qui avait fait ça. Il m'a répondu qu'il ne pourrait jamais faire ça à son enfant. Je me doutais que c'était lui, mais je ne voulais pas le voir », ajoute la mère, qui a eu de la difficulté à contenir ses émotions.
À Québec, à la suite de certains examens, les médecins ont confirmé le syndrome du bébé secoué. Ils ont remarqué des ecchymoses et une côte fracturée. 
« Tout le monde me disait que c'est lui qui avait fait ça (il était seul avec l'enfant le soir du drame). J'ai commencé à douter de sa parole. À la fin, j'étais convaincu que c'était lui. Mais il niait toujours », a mentionné la mère.
« J'ai été interrogée par la police. Ensuite, ils ont mentionné qu'il devait se déplacer vers le poste de police pour interroger mon conjoint. J'ai alors compris ce qui se passait. C'est là qu'il a avoué avoir secoué mon enfant. Il est revenu à l'hôpital, m'a pris les mains et m'a dit la même chose », spécifie la maman.
Après quelques jours à recevoir des soins, l'enfant a pu retourner à la maison. Il n'aurait pas de séquelles de cet événement. Du moins pour l'instant.
« Je suis encore en colère. J'ai de la rage en dedans de moi. Je ne lui fais pas confiance. J'ai peur de lui et je ne veux même pas qu'il puisse revoir mon enfant. Si je n'ai pas le choix, cela devra se faire sous supervision », a-t-elle répondu au juge Boudreault.
« Il a tué mon enfant une première fois avant de la réanimer. Je ne veux pas que ça se reproduise. »
Me Nicole Ouellet, de la Couronne, réclame 24 mois de détention (pénitencier) et une probation de 36 mois. 
La procureure a noté que l'accusé ne se souvenait pas des événements en 2017, alors qu'il avait fait des aveux en 2013. 
« Il ne veut pas se souvenir, car en raison de son trouble de personnalité narcissique, ce qui est important pour lui, c'est son image et de ce que diront les gens. »
« Comme facteurs atténuants, il a plaidé coupable et n'a pas d'antécédent judiciaire. Mais il a mis la vie de l'enfant en danger, alors qu'à deux mois, un enfant a besoin de ses parents. Il en dépend », a exprimé Me Ouellet.
Il a commis un geste « impensable »
« C'est la première fois en trois ans que j'ai des nouvelles de ma fille. Ce qui a du sens pour moi, c'est qu'elle puisse avancer dans la vie. C'est primordial. Ce qui m'importe le plus dans ma vie, c'est ma fille. »
Le père de famille coupable d'avoir secoué son enfant s'est adressé au tribunal, lundi matin. 
À la fin de son témoignage, le juge Michel Boudreault lui a demandé s'il avait autre chose à ajouter. Il a dit non à deux reprises. Il n'a pas profité de l'occasion pour s'excuser auprès de son ex-conjointe et de son enfant ou pour dire qu'il avait des remords.
« J'ai commis un geste impensable et je crois que la peine de détention est nécessaire pour les familles et pour ce que j'ai fait », a-t-il mentionné, avant d'être envoyé en détention.
« Je ne prends plus d'enfant dans mes bras et je ne reste pas seul avec un bébé. Si je devais par miracle me retrouver avec un bébé de quelques mois, mon entourage serait avisé de ce que j'ai fait », a-t-il répondu à une question du juge.
« Je ne pense pas être à risque d'une récidive. Ce qui s'est passé ne se reproduira jamais. Ma fille est la personne la plus significative dans ma vie et mon frère aîné est la deuxième », a indiqué le père de famille.
Peine de 15 mois
Me Luc Tourangeau, qui représente les intérêts de l'accusé, ne cache pas que ce qui s'est passé est un drame pour les familles de l'enfant.
« Nous sommes tous rassurés par le fait que l'enfant n'a pas de séquelles de ce malheureux événement. Je ne fais pas miens les gestes de mon client, mais je suis là pour voir à ce qu'une peine juste lui soit donnée. »
« Il n'a pas commis ce geste parce qu'il n'aime pas l'enfant. Ce bébé ne lui a pas été imposé. Le couple voulait fonder une famille », a repris Me Tourangeau.
Ce dernier a précisé que son client a admis ses torts et démontré de la honte en lien avec cette affaire.