Bébé secoué: «claque au visage» pour une mère

Une mère de famille reçoit comme une véritable claque au visage la nouvelle voulant que son ex-conjoint ne passe que quelques mois en prison pour avoir secoué leur bébé.
La maman, dont nous taisons l'identité afin de protéger celle de l'enfant, a été avisée de la possibilité que l'homme puisse recouvrer sa liberté au sixième de sa peine de 20 mois.
L'homme a été condamné le 21 juillet dernier pour avoir secoué son enfant de sept semaines. Pendant qu'il était affairé à étudier, le bébé s'est mis à pleurer. Il a tenté de le calmer, mais ça n'a pas fonctionné. L'accusé a fini par perdre patience. 
Il a brassé l'enfant de l'avant vers l'arrière et de côté, avant de le déposer brusquement dans son lit. Le choc pour un si petit être a été important, au point où le bambin a fait un arrêt cardiorespiratoire. Le père a dû le réanimer pour le ramener à la vie. 
Le bébé a été amené à l'hôpital et a rapidement été transféré dans un centre hospitalier de Québec où les médecins ont déterminé que l'enfant avait été victime du syndrome du bébé secoué.
Mercredi soir, la maman a rédigé un message d'indignation afin de dénoncer la situation.
« Enfin, après presque quatre ans tu finis par aller en prison, et même pas deux mois après, j'ai un téléphone pour dire que tu vas sortir. Faites-en des crimes tout le monde, c'est pas grave, vous ne ferez pas votre temps anyway », a-t-elle écrit.
La maman n'en revient pas. La sentence de son ex, « c'est comme si elle avait été prononcée la semaine passée », tellement la libération conditionnelle se présente si rapidement. 
« Mon ex a eu sa sentence le 21 juillet et j'apprends déjà, deux mois plus tard, qu'il pourrait obtenir une libération conditionnelle. Je n'étais pas au courant. On ne m'avait pas avisée de cette possibilité. C'est très décevant », explique la mère de la petite fille de quatre ans lors d'un entretien avec Le Quotidien.
Elle n'est pas la première victime à devoir vivre cette situation, mais la dame est l'une des rares à exprimer publiquement sa déception sur le système judiciaire.
« J'ai reçu cette information comme une claque au visage. C'était comme si on banalisait le geste qu'il a posé sur un enfant. Mon bébé a fait un arrêt cardiorespiratoire. Il était mort. Bientôt, il sera en liberté pendant que moi je serai toujours inquiète de savoir si mon enfant aura ou non des séquelles », ajoute la maman.
Celle-ci croyait bien « avoir la paix » pour un certain temps lorsque le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, a prononcé la durée de la sentence de 20 mois et a imposé une probation de trois années.
« Ce dossier a pris près de quatre années à se régler devant la justice. Lorsque j'ai témoigné, ça m'a demandé beaucoup d'énergie et ça m'a pris du chien pour le faire. »
« Durant le temps des procédures, lui a eu le temps de repenser sa vie. Il savait qu'il perdrait son emploi avec un casier judiciaire. Il a été en mesure de retourner aux études et de se préparer pour le futur. Mais je ne peux rien faire, faut croire », témoigne la mère de famille.
Celle-ci avoue qu'elle est impuissante. Elle aimerait changer les choses, mais elle se demande si elle pourra y arriver un jour.
« J'aimerais donner des conférences, parler de cette situation. Je voudrais que l'on trouve des solutions pour éviter que des libérations aussi rapides puissent être possibles », de conclure cette mère désemparée.
Demande d'audition: rien n'assure une réponse positive
Le père qui a secoué son bébé de sept semaines peut demander une audition devant la Commission des libérations conditionnelles du Québec après avoir purgé le sixième de sa peine. Mais rien ne dit qu'il va l'obtenir facilement.
Secrétaire juridique et conseillère auprès de la commission, Me Julie Gauthier précise qu'un détenu peut faire la demande.
Dans le cas actuel, l'individu a écopé d'une sentence de 20 mois de détention en juillet dernier. S'il respecte les critères de la commission, il devient éligible à une permission de sortie provisoire après avoir passé environ trois mois et une semaine en détention. Ce délai arrivera avant la fin du mois d'octobre. 
« Au sixième de la peine, la demande doit être faite par le contrevenant. Il demande à être entendu en audition devant deux membres de la commission. Ceux-ci évalueront divers facteurs, comme la protection de la société et les projets de sortie du contrevenant, avant de rendre une décision. Cette libération n'est pas automatique », soutient Me Gauthier.
Si la réponse est positive, le contrevenant obtient une permission de sortie préparatoire de 60 jours. Cette permission est ensuite renouvelable. Mais l'accusé ne doit pas commettre d'impairs, sinon, les risques d'un retour derrière les barreaux sont plus élevés.
Au Québec, il est possible de passer en audition après avoir purgé le sixième de la peine, au tiers de la peine et au deux tiers de la sentence.
Cette façon de faire relève des directives de la Loi sur le système correctionnel.
« Pour le sixième de la peine, le contrevenant doit faire une demande d'audition. Au tiers de la peine, la séance devant les commissaires est automatique à moins que le contrevenant n'y renonce. Et au deux tiers de la peine, l'audition se tient », précise Mme Gauthier.
Objection?
Si le contrevenant peut espérer une sortie rapide de prison, il faut savoir que les victimes ou les proches peuvent tenter de s'y opposer.
« Il est effectivement possible aux personnes concernées de faire des représentations écrites si elles le souhaitent. Ce document sera versé au dossier des commissaires », a ajouté la porte-parole de la Commission des libérations conditionnelles du Québec.
La maman du bébé secoué ne croit pas que son ex-conjoint va rencontrer des difficultés pour sa remise en liberté. Elle est convaincue qu'il s'est bien comporté durant son séjour à l'ombre.
Pour le moment, elle ne sait pas si elle s'adressera aux commissaires.