«Aux confins de l’indignité humaine»

« Enfance spoliée par le comportement de ses parents, adoption et reproduction, par la force des choses, du mode de vie inculqué par ces derniers, descente inexorable dans les abysses de la drogue, état d’intoxication permanent et absence de ressources efficientes pour l’aider. Nous sommes ici, n’ayons pas peur des mots, aux confins de l’indignité humaine. »

Afin de rendre son jugement, la Cour d’appel du Québec a pris en compte l’histoire familiale et personnelle de Stacey-Sikounik Denis-Damée.

Faisant ce constat, les trois juges citent les paroles d’un collègue de l’Alberta, qui affirme que « peu d’êtres humains peuvent vivre une telle enfance et une telle jeunesse sans développer de graves problèmes ».

Les grands-parents et les parents de Stacey-Sikounik Denis-Damée ont fréquenté le pensionnat de Pointe-Bleue (qui se trouvait à Mashteuiatsh). Son père en est revenu transformé. Il a consommé des substances psychotropes et de l’alcool de façon quotidienne toute sa vie. Sa mère a eu trois enfants d’une précédente union. Le père de ceux-ci s’est suicidé. Elle consomme également drogues et alcool chaque jour.

Son père était agressif lors de surconsommation et dénigrait sa fille. Elle et son frère disparaissent afin d’éviter qu’il se défoule sur eux. Sa mère était aussi agressive lorsqu’elle était privée de drogue.

Stacey-Sikounik Denis-Damée a manqué de nourriture. Ses deux parents utilisaient l’indemnité découlant de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens pour acheter de la drogue.

Elle a commencé à fumer à neuf ans, puis à consommer de la marijuana peu de temps après. À 11 ans, elle s’est réfugiée chez sa grand-mère, puis après avoir parlé de la situation qu’elle vivait avec une intervenante, elle a été placée chez une tante, où elle continuait de consommer. Elle inhalait des vapeurs d’essence, puis, à 12 ans, elle consommait de la cocaïne. Elle n’a pas obtenu l’aide dont elle avait besoin lorsqu’elle s’est retrouvée dans un foyer pour jeunes délinquants. Elle a cessé l’école en première secondaire. À 15 ans, elle a commencé à s’injecter de la cocaïne par voie intraveineuse. La résidence familiale servait alors de repaire à plusieurs pour consommer des substances.

Elle s’est prostituée pour payer sa drogue. Elle a contracté l’hépatite C.

À 18 ans, ses bras ne pouvaient plus supporter les injections. Elle s’est tournée vers la méthamphétamine, qu’elle consommait chaque jour avec les membres de sa famille.

Elle a fait deux tentatives de suicide, puis a séjourné dans des unités psychiatriques à trois reprises, entre janvier et mars 2013.