Steeve Duchesne a vu les victimes quitter la salle d’audience en bloc lorsqu’il a exprimé ses regrets. Les victimes ne croient pas en sa sincérité.

Au pénitencier pour fraude

L’ex-conseiller financier Steeve Duchesne prend le chemin du pénitencier pour les trois prochaines années. Il a fraudé 14 anciens collègues de l’usine Cascades Fjord-Cell de Jonquière pour un montant global de 567 800 $.

Me Michaël Bourget, de la Couronne, et Me Gitane Smith, en défense, en ont fait la suggestion commune au juge Pierre Simard, de la Cour du Québec. Le magistrat estime que la suggestion est raisonnable et se situe dans la fourchette des peines attribuées habituellement.

Steeve Duchesne, âgé de 49 ans, admet ses erreurs et dit éprouver des regrets. Selon son avocate, il a cru longtemps qu’il était pour rembourser ses victimes, mais a rapidement perdu le contrôle.

La fraude s’est déroulée sur une période de trois ans entre 2013 et 2016. Le 20 septembre, il a plaidé coupable à des accusations de fraude et fabrication de faux documents.

Steeve Duchesne avait profité de la fermeture de l’usine de Jonquière pour solliciter ses anciens collègues de travail et leur faire miroiter des gains appréciables sur des placements financiers.

C’est plutôt l’accusé qui a fait la belle vie aux frais de ses victimes en se payant de bons repas dans de grands restaurants, en allant au casino et dans des bars de danseuses nues. Il a même fait rénover sa maison à leurs dépens.

Me Bourget demande à ce que le tribunal puisse prévoir le remboursement des sommes fraudées, même s’il ne croit pas vraiment que ce sera possible en raison de la situation financière de l’accusé. « Mais on ne sait jamais », dit-il.

Au cours des procédures judiciaires, l’accusé a été radié à vie de la Chambre de la sécurité financière à titre de conseiller financier et en assurances collectives.

Même s’il savait que ses victimes ne voulaient pas entendre ses remords, Steeve Duchesne s’est adressé au tribunal avant de prendre le chemin de la détention.

« Le mal que j’ai causé, je le porte sur mes épaules. Je ne l’atténue pas. Je demande pardon aux gens pour le mal que je leur ai causé », a-t-il lancé, voyant les victimes quitter la salle en bloc.

Celles-ci avaient déjà avisé le tribunal qu’elles ne voulaient pas entendre les regrets de l’accusé, car les victimes ne le croient pas.

Me Bourget avait fait part au juge Simard qu’il devait s’attendre à ce mouvement de masse étant donné que « les victimes avaient déjà assez entendu de mensonges de sa part » au fil des dernières années.

Le magistrat a écouté les plaidoiries des deux parties, notamment sur les facteurs atténuants et aggravants au dossier, et il a estimé que les facteurs atténuants, comme le plaidoyer rapide, les remords et les regrets ne pèsent pas lourd dans la balance.

« Il y a eu un abus de confiance et de la préméditation dans ce qu’il a fait. Il a utilisé des sommes d’argent et a causé des dommages aux victimes », a noté le juge.

« Le pénitencier l’attendait et la suggestion se trouve dans la fourchette des sentences et m’apparaît raisonnable », a ajouté le magistrat.

Pour sa part, Me Smith est satisfaire de la conclusion du dossier.

« La suggestion commune était logique dans les circonstances. Nous avons évalué les pour et les contre et j’en avais discuté avec M. Duchesne. Nous en sommes venus à la conclusion qu’il s’agissait d’une suggestion très raisonnable. »

« Oui le juge a estimé que les facteurs atténuants ont peu pesé dans la balance. Il faut dire que M. Duchesne avait des circonstances très aggravantes dans son dossier, comme le nombre de victimes, le montant de la fraude et l’abus de confiance », a précisé Me Smith. 

Les travailleurs floués vivront avec cette cicatrice toute leur vie.

Quant aux victimes, elles ont vu l’Autorité des marchés financiers (AMF) refuser de rembourser les pertes encourues par la fraude.

Christian Vallières s’est exprimé au nom de ses collègues floués par Steeve Duchesne.

Une période difficile pour les 14 victimes

Si Steeve Duchesne a fait la belle vie avec l’argent durement amassé de ses anciens collègues de l’usine Cascades-Fjord Cell de Jonquière, ses 14 victimes en ont plutôt bavé depuis qu’elles ont appris que leurs économies s’étaient envolées en fumée.

Christian Vallières s’est adressé au tribunal, mardi matin. Il a lu une lettre en son nom et celui de ses collègues qui n’avaient pas la force de s’exprimer en public.

M. Vallière, un homme de 61 ans, a raconté au juge Pierre Simard ce que les victimes ont enduré et ont dû vivre depuis que la fraude a été mise à jour et que les sommes dérobées sont devenues irrécupérables.

« Je veux exprimer les états d’âme et la situation vécue par les victimes. Nous voulons qu’il y ait une prise de conscience. Et le fait de s’exprimer va nous apporter une libération intérieure », a d’abord précisé l’homme qui a oeuvré durant de nombreuses années avec l’accusé.

« Ce fut difficile. Nous avons vécu la gêne, la honte et nous ne voulions pas que notre entourage l’apprenne. Les gens croient que ce ne sont que des idiots qui se font prendre. Ce n’est pas le cas », mentionne M. Vallières.

Ce dernier a indiqué qu’il a dû vendre son chalet, son rêve, pour avoir un peu d’argent, que plusieurs de ses collègues et lui-même ont dû retirer des REER avant le temps, payant ainsi une somme importante d’impôt. D’autres ont vendu leur résidence et leur voiture.

« L’année 2016 a été catastrophique. Il était un ami depuis 18 ans et on travaillait ensemble depuis huit ans. Ce gars-là nous a menti et il a volé notre argent. Il a pris les économies de toute une vie. Les pertes sont de 150 000 $, mais en incluant tous les impacts (impôt sur REER), ça grimpe à plus de 400 000 $. Des vies ont basculé. Ce fut un choc post-traumatique pour des gens honorables », a poursuivi Christian Vallières.

« Certains collègues ont eu des idées suicidaires au point où des armes à feu ont dû être retirées d’une résidence », a rappelé M. Vallières.

Ce dernier a indiqué qu’il ne voulait pas entendre les regrets de Steeve Duchesne, car il ne croyait pas en sa sincérité.

« Après la publication de la fraude, il est venu chez moi pour me dire qu’il avait fait la belle vie avec notre argent, mais qu’il n’avait plus rien. Je n’ai pas cru ses regrets, ses excuses, ni son intention de nous rembourser. »

« La sentence la plus sévère, c’est celle qui est infligée aux victimes de l’accusé », note Christian Vallières.

Floués

Steeve Duchesne aura donc floué 14 de ses ex-collègues. Les montants dérobés varient de 5000 $ à 143 500 $.

Devant le tribunal, Me Michaeël Bourget, de la Couronne, a nommé les 14 victimes en précisant les sommes qu’elles avaient perdues. Deux ont perdu moins de 10 000 $, neuf autres ont subi des pertes variant de 15 000 $ à 57 500 $. Deux travailleurs ont été floués de 120 000 $ et de 143 500 $.