L’octogénaire Claude Bergeron prendra le chemin de la détention en janvier 2020 pour des crimes à caractère sexuel commis dans les années 50, 60 et 80.

Attentats à la pudeur: un octogénaire ira en prison

Claude Bergeron, de Ferland-et-Boilleau, pourrait bien passer le reste de ses jours derrière les barreaux. L’homme de 88 ans risque de deux à six années de détention pour avoir commis des attentats à la pudeur et de la grossière indécence sur huit victimes.

Les crimes reprochés à Bergeron remontent à plusieurs années. Une première séquence s’est produite entre 1950 et 1963 auprès de sept victimes de son entourage. Ensuite, le célibataire sans enfant a repris son manège sur la huitième victime vers la fin des années 80. Depuis, plus rien.

Le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, a pris le dossier en délibéré jusqu’au 22 janvier 2020, afin de prendre le temps de bien analyser les suggestions de Me Mélanie Paré, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et Me Pierre Gagnon, en défense, mais aussi de lire la jurisprudence et certains documents en lien avec la cause.

Durant toutes les années où l’homme a sévi, il a commis des gestes sur des garçons et des filles.

Me Paré justifie sa suggestion de peine en raison du nombre de victimes, du nombre de gestes, de la durée des agressions et de la récidive.

Le ministère public réclame six années de pénitencier pour les quelque 80 gestes commis auprès des victimes, alors que le criminaliste croit qu’une peine de deux ans moins un jour serait appropriée dans les circonstances.

« Les victimes ont vécu ça difficilement. Une d’entre elles en a parlé à sa mère peu de temps avant qu’elle ne décède et c’est là qu’elle a appris qu’elle n’était pas seule dans tout ça. Une autre victime a même songé au suicide et une a eu peur de travailler comme secrétaire par crainte d’être agressée. Les conséquences ont été lourdes », indique Me Paré.

« Si l’accusé a pu mener sa vie durant de nombreuses années, il doit savoir qu’il a mis ses victimes en prison depuis plus de 50 ans », dit la procureure de la Couronne.

Me Paré a précisé que même si les coups de fouet et la détention en collectivité s’appliquaient à l’époque où les crimes ont été commis, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La Cour suprême du Canada demande la prison ferme pour les crimes à caractères sexuels sur des enfants.

Âge

En défense, Me Pierre Gagnon convient que la peine en société ne peut plus s’appliquer, mais il s’interroge sur la nécessité d’envoyer un homme de près de 89 ans (en mars 2020) au pénitencier (plus de deux ans).

« Sans excuser les gestes, il faut savoir que tout ce qui touchait au sexe était tabou dans les années 50. Mon client était un homme timide et il avait de la difficulté à entrer en relation avec des adultes. Il a trouvé une autre façon d’exprimer sa sexualité. Ce n’était pas la meilleure », indique Me Gagnon.

« Mais est-ce que l’envoyer en prison pour une longue période est la solution ? Il ne sera pas facile de le déraciner de sa maison et si vous le dirigez au pénitencier, ce sera encore plus difficile pour lui, car il n’a pas beaucoup de relations. Est-ce que c’est ce qu’on veut pour un homme de 88 ans ? Je pense plutôt qu’une peine de deux ans moins un jour devrait décourager d’autres gens de commettre des gestes similaires », de dire le criminaliste, dont le client éprouve des ennuis de santé.

Avant de mettre un terme aux représentations sur sentence, l’accusé a présenté une lettre d’excuses aux victimes et a dit regretter leur avoir fait autant de mal.

Il a indiqué que le sexe était tabou à l’époque, qu’il était adolescent et jeune adulte lorsqu’il a commis les gestes, mais que cela ne pouvait être une excuse.

« J’ai compris le mal que je vous ai fait et j’exprime mes regrets. Je vous demande de me pardonner pour que nous puissions tous faire la paix intérieure », a écrit Claude Bergeron.