All Boivin trois fois coupable

Le juge Pierre Lortie reconnaît All Boivin coupable de voies de fait causant des lésions, d’agression sexuelle armée sur une jeune femme de 21 ans, le 25 juillet 2018, et de trafic de cocaïne. Il est acquitté de cinq autres chefs.

Dans une décision de 34 pages, le magistrat a clairement laissé voir que la crédibilité de l’accusé et de la plaignante était au cœur de ce procès qui s’est déroulé sur huit jours au Palais de justice de Chicoutimi. 

Le juge Lortie, de la Cour du Québec, n’a pas cru la version de l’accusé et ne l’a pas trouvé crédible dans sa façon de résumer et de raconter les événements survenus à la résidence louée sur le chemin du Portage-des-Roches Nord, à Laterrière.

Le magistrat a plutôt estimé que la version de la plaignante est demeurée cohérente du début à la fin et ajoute que la victime n’a pas essayé d’en ajouter au dossier de l’accusé.

Mais le juge retient que la preuve n’a pas démontré qu’il s’agissait de voies de fait graves, mais plutôt de voies de fait causant des lésions. 

Il reconnaît que la poursuite a démontré hors de tout doute raisonnable qu’il y a eu une agression sexuelle armée lorsqu’un bâtonnet de fromage a été inséré dans les parties génitales de la jeune femme. 

Boivin a été acquitté de séquestration, de menaces, de possession d’une arme prohibée (poivre de Cayenne), de voies de fait armées avec un ventilateur et de voies de fait.

L’accusé a aussi plaidé coupable d’accusations de menaces et de voies de fait au débarcadère de Laterrière, le 21 juillet, de menaces à l’endroit d’un tenancier de bar et de bris d’engagement.

Déferlement de violence

Concernant la journée du 25 juillet, le juge Lortie a parlé d’un déferlement de violence envers la victime.

Boivin a battu sévèrement la jeune femme, lui infligeant plus de 100 ecchymoses, tout en lui occasionnant un traumatisme crânien léger, une lacération au foie et une contusion rénale. La victime a aussi été aspergée de poivre de Cayenne à deux reprises et a été étranglée avec une laisse de chien.

L’accusé a passé la femme au travers d’une porte de chambre, lui a frappé la tête dans le mur et l’a poussée en bas des escaliers. 

Boivin n’a pas été cru lorsqu’il a prétendu avoir été aspergé de poivre de Cayenne, d’autant plus que personne n’a remarqué quoi que ce soit sur l’accusé, alors que la victime en a souffert durant quelques jours.

En plus de ne pas accorder de crédibilité au témoignage de l’accusé, dont les propos n’ont pas été corroborés par qui que ce soit, le juge retient de la preuve qu’il y a « deux All Boivin 

« Il y a celui qui prend pitié de la plaignante pour l’histoire du fromage et celui qui, à l’opposé, lui dit d’aller se suicider, ou celui qui se donne une image respectueuse des femmes et qui, devant les policiers, traite allègrement des amies de bitch. »

« Il dit aussi que l’altercation n’a duré que 20 secondes. La multitude des blessures et leur gravité contredisent une telle évaluation. Je ne crois pas la dénégation de l’accusé », de résumer le juge.

Autre victime

Par ailleurs, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a déposé, comme l’avait annoncé Le Quotidien, de nouvelles accusations de voies de fait sur une autre victime. Les événements auraient eu lieu entre le 1er janvier 2014 et le 1er juin 2017.

Boivin est accusé de voies de fait, de voies de fait causant des lésions et d’avoir volontairement causé à un chien et à un chat une souffrance sans nécessité.

« Nous avons reçu la preuve et nous allons analyser le dossier avant de prendre une décision », a noté Me Pierre Gagnon.

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LES AVOCATS SATISFAITS

Le Chicoutimien All Boivin n’a peut-être pas été reconnu coupable de tous les chefs d’accusation, mais il l’a été, se réjouit la Couronne, sur les principaux chefs. En défense, le procureur retient que son client a été acquitté de cinq chefs d’accusation et que celui de voies de fait graves a été transformé en voies de fait causant des lésions.

« Le juge [Pierre Lortie] a bien analysé la preuve administrée devant lui. Dès le départ, la poursuite avait concédé qu’il n’y avait pas assez de preuves pour la séquestration et la menace, et que dans les événements du 19 juillet, il y avait des preuves contradictoires et que nous n’avions rien pour corroborer une version ou l’autre », a mentionné Me Karen Inkel, du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

« Mais l’accusé a été condamné sur les chefs principaux. Pour la notion des voies de fait graves ou de voies de fait causant des lésions, c’est une question de droit d’appréciation. Ça ne changera pas les blessures subies. Au final, nous sommes satisfaits de la décision », indique la procureure de la Couronne.

Cette dernière estime que l’accusé pourrait recevoir une peine d’emprisonnement assez sévère, surtout que l’agression sexuelle armée est passible d’une sentence maximale de 14 années.

« Ç’a été fait dans un contexte de violence conjugale, sans oublier la trame factuelle retenue par le juge. Ce sont des facteurs aggravants », ajoute Me Inkel, qui a une idée de la peine qu’elle demandera, qu’elle préfère valider avant d’en parler.

Défense

À sa sortie du tribunal, Me Pierre Gagnon a mentionné qu’il était difficile d’être déçu du verdict annoncé par le juge Lortie.

« Il y avait huit chefs à l’origine, et mon client est acquitté de cinq de ceux-ci. Sur un sixième, le juge est allé dans notre sens à l’effet qu’il s’agissait de voies de fait causant des lésions et non pas de voies de fait graves. On respecte la décision du juge. »

« Les chefs où mon client est reconnu coupable sont sérieux. Mais il faut tenir compte du contexte dans lequel cela est survenu. Il y avait des stupéfiants d’impliquer, tant du côté de la plaignante que de mon client. Nous allons les soulever lors des représentations sur sentence », précise Me Gagnon.

Les parties se reverront le 30 mai.

L’avocat de la défense ajoute que son client a aussi réglé des dossiers reliés à la trame des événements de cette longue semaine de juillet 2018. Me Gagnon a précisé que la preuve était bien établie, d’où les plaidoyers de culpabilité.

Le criminaliste analysera la possibilité d’interjeter appel du verdict, mais ne cache pas que ce sera assez difficile, étant donné que le dossier repose sur la crédibilité.

« J’ai discuté avec mon client, et il y a une certaine déception, par rapport aux chefs d’accusation retenus, mais il faut tenir compte de la réalité où il y a eu huit chefs d’accusation », a conclu Me Gagnon.