All Boivin recevra sa peine le 31 juillet prochain.

All Boivin recevra sa sentence le 31 juillet

La Couronne demande entre cinq à six ans de pénitencier pour All Boivin, reconnu coupable de voies de fait causant des lésions, d’agression sexuelle armée sur une jeune femme de 21 ans et de trafic de cocaïne. La défense, de son côté, suggère une peine de 30 mois de détention. All Boivin, détenu depuis 10 mois maintenant, connaitra son sort le 31 juillet, alors que le juge Pierre Lortie, qui a pris la cause en délibéré, rendra sa décision.

C’était l’étape des représentations sur sentence, jeudi, au Palais de justice de Chicoutimi, dans le dossier d’All Boivin, reconnu coupable le 25 avril dernier après un procès de plusieurs jours.

Le soir du 25 juillet 2018, Boivin a battu sévèrement une jeune femme, qui était sa copine, lui infligeant plus de 100 ecchymoses, tout en lui causant un traumatisme crânien léger, une lacération au foie et une contusion rénale. La victime a aussi été aspergée de poivre de Cayenne à deux reprises et a été étranglée avec une laisse de chien. L’homme à la forte stature a passé la femme au travers d’une porte de chambre, lui a frappé la tête dans le mur et l’a poussée en bas des escaliers. Il a également mis la tête de la victime sous l’eau.

S’il a été reconnu coupable d’agression sexuelle armée, c’est qu’il a inséré un bâtonnet de fromage dans le vagin de la victime, que les médecins ont dû retirer lorsqu’elle a été admise à l’hôpital. D’ailleurs, durant ses plaidoiries, la procureure de la Couronne, Me Karen Inkel, a tenu à rappeler la violence des gestes, ainsi que les 10 jours d’hospitalisation que la jeune femme a dû subir. Me Inkel a également parlé des conséquences psychologiques dont souffre la jeune femme, encore aujourd’hui.

«Madame a encore des difficultés à dormir et elle doit prendre une médication, sinon, elle fait des cauchemars ou n’arrive pas à fermer l’oeil. Ce n’est pas seulement à son physique que M. Boivin s’est attaqué, mais aussi à son intégrité intime, en lui insérant cet objet, un acte que la victime a qualifié de honteux. Madame a perdu confiance en elle et en les autres. Elle est méfiante et, pour reprendre ses propres mots, elle a longtemps eu l’impression qu’elle était une merde», a expliqué Me Inkel, pour expliquer la peine de cinq à six ans de pénitencier demandée. «M. Boivin a fait preuve d’un grand mépris et il lui a dit «tu veux que je te traite en chienne, je vais te traiter en criss de chienne».», a ajouté Me Inkel.

Durant les plaidoiries de la représentante du Directeur des poursuites criminelles et pénales, All Boivin a montré quelques signes d’impatience, roulant des yeux à quelques reprises et hochant la tête négativement.

«Madame a également peur de l’«après», a ajouté la procureure de la Couronne, faisant référence au moment où All Boivin sera libéré.

Me Karen Inkel

Parmi les facteurs aggravants, Me Karen Inkel a affirmé que Boivin n’était pas un actif pour la société, puisqu’il a lui-même admis que son travail consistait à prêter de l’argent à des taux d’intérêt de 50%. Un emploi qui n’est pas déclaré.

Elle a également rappelé que l’individu avait purgé une peine de huit mois de prison pour des actes de violence il y a quelques années, après avoir séquestré, attaché et battu un homme.

La procureure de la Couronne a déposé au juge Lortie quelques dossiers de jurisprudence pour expliquer la peine qu’elle demande. «La plus importante peine que j’ai trouvée pour un cas de violence conjugale avec agression sexuelle armé, c’est neuf ans de pénitencier. Mais dans ce cas, c’était des actes commis sur une période de trois ans», a expliqué la procureure.

30 mois pour la défense

De son côté, l’avocat de All Boivin, Me Pierre Gagnon, a suggéré au juge Lortie une peine de 30 mois de pénitencier. Il a expliqué que le crime s’était limité à quelques heures et qu’il avait été commis sous l’effet de stupéfiants. Me Gagnon a également affirmé que l’hospitalisation de 10 jours de la victime avait été nécessaire aux fins d’observation, pour s’assurer que ses blessures internes ne s’aggravent pas. Pour revenir aux conséquences psychologiques de la victime, Me Gagnon a rappelé qu’elle avait fait une tentative de suicide avant les événements et que ça n’avait rien à voir avec All Boivin. «Je ne veux pas minimiser les impacts et les conséquences pour madame, mais ce n’est peut-être pas uniquement de la faute de mon client», a dit Me Gagnon.

Selon la défense, une peine de 30 mois serait donc raisonnable.

Le juge Lortie a demandé à l’avocat de la défense quels étaient les facteurs atténuants pour l’accusé. Me Gagnon a rappelé le jeune âge de l’homme (29 ans au moment des faits), son honnêteté à admettre qu’il prêtait de l’argent au noir et le fait que les antécédents judiciaires de l’accusé n’étaient pas nombreux.

Si le juge devait pencher du côté de la défense, au moment de recevoir sa peine, All Boivin n’aurait qu’une douzaine de mois à purger, puisqu’il faut tenir compte des 12 mois (au 31 juillet 2019) purgés en détention préventive. All Boivin serait alors éligible à une libération conditionnelle au tiers de sa peine, soit après quatre mois.

Me Pierre Gagnon

De retour en cour vendredi

Le juge Pierre Lortie a choisi de prendre la cause en délibéré et reviendra rendre sa décision le 31 juillet prochain.

En attendant, All Boivin sera de retour au Palais de justice vendredi, puisqu’il fait face à une autre accusation de voies de fait concernant une autre plaignante. L’homme a déjà plaidé non-coupable et le dossier est de retour pour orientation, c’est-à-dire pour décider si l’accusé opte pour un procès devant juge seul ou devant juge et jury. Une date de procès devrait être fixée à ce moment.

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LES VERDICTS DE CULPABILITÉ PORTÉS EN APPEL

All Boivin a décidé de porter ses verdicts de culpabilité en appel. L’inscription a été faite le 24 mai dernier, à la Cour d’appel du Québec, par l’avocat criminaliste Dominic Bouchard. La demande d’appel s’appuie sur une question de droit qui est contestée par l’accusé. 

L’avis d’une demande d’appel a été évoqué par le juge Pierre Lortie, vendredi, avant les représentations sur sentence dans le dossier d’All Boivin. La demande d’appel conteste le moment du procès où le juge Lortie a accueilli l’objection de la procureure de la Couronne, Me Karen Inkel, lorsque la défense a parlé du comportement sexuel de la victime. 

Plusieurs mois

Lorsqu’un avis d’appel est déposé sur une question de droit, des mémoires doivent être rédigés et la cause devrait être débattue en Cour d’appel du Québec dans plusieurs mois. 

All Boivin, qui veut ainsi faire annuler ses verdicts de culpabilité, aura reçu sa sentence et aura commencé à purger sa peine. 

Il n’a pas été possible de discuter avec Me Dominic Bouchard, jeudi. On ignore aussi pour quelle raison All Boivin a décidé d’engager un nouvel avocat, puisque Me Pierre Gagnon a préféré ne pas commenter la situation.