Accusé de menaces de mort sur Facebook: Simard-Gagnon en thérapie

Accusé de possession d’une arme prohibée et de menaces de mort envers les femmes enceintes, les Juifs, les Noirs et les policiers, Jeff Simard-Gagnon a obtenu sa remise en liberté, lundi, au palais de justice de Chicoutimi. Une liberté qui sera toutefois encadrée, car le Saguenéen de 27 ans sera transféré dans une thérapie fermée de six mois pour régler ses problèmes de violence et de toxicomanie.

Simard-Gagnon, rappelons-le, a été arrêté mardi dernier, après avoir écrit des menaces sur le mur d’un groupe privé Facebook, Jungle Hardcore. C’est un membre du même groupe qui a signalé ses propos aux policiers. Son arrestation est survenue au lendemain des attentats de Toronto, dont le présumé auteur a aussi proféré des menaces sur les réseaux sociaux avant de passer à l’action. 

« L’infraction est importante, particulièrement dans le contexte actuel où les crimes haineux sont de plus en plus nombreux », a souligné le juge Jean Hudon, faisant également référence au procès d’Alexandre Bissonnette. 

Le magistrat a toutefois considéré que les garanties étaient suffisantes pour libérer Simard-Gagnon. Ce dernier avait entamé des démarches pour se sortir de sa détresse psychologique, quelques semaines avant de proférer ces menaces. 

Récente rupture

Une récente rupture avait poussé Simard-Gagnon à consommer quotidiennement plusieurs drogues. Il s’est d’ailleurs rendu à l’urgence de l’hôpital de Chicoutimi pour obtenir de l’aide. 

Et le témoignage du père de l’accusé, qui a offert une caution morale, a aussi convaincu le juge d’envoyer le jeune homme en thérapie plutôt qu’en prison en attente de son procès. 

« Ce langage, je ne l’ai jamais entendu de sa bouche. Il n’a jamais fait de remarques sur des gens d’autres races », a exprimé son père, ajoutant que l’ex-conjointe de son fils a fait une fausse couche avant leur rupture. 

« Pas de chances à prendre »

Représentante du ministère public, Me Mélanie Paré s’oppose à la libération de Simard-Gagnon depuis son arrestation. 

« Je ne me prononcerai pas sur la décision du juge. Ç’a été rendu. Monsieur a un encadrement qui est quand même serré. Mais ce sont des gestes importants, très graves. Il y avait aussi une photo d’une arme à feu jointe avec ces menaces. Il est clair que pour les policiers et pour nous (ministère public) il n’y avait aucune chance à prendre. L’enquête caution se devait d’être tenue », a précisé Me Paré. 

Sécurité accrue

L’avocat de Simard-Gagnon croit pour sa part que cette décision assurera davantage la sécurité de la population qu’une détention. 

« On protège plus la société en envoyant quelqu’un en thérapie qu’en l’envoyant six mois en prison en attendant son procès. Là, il va travailler sur toutes ses problématiques. Il y a des ateliers sur la violence, il y a des intervenants spécialisés. Il sera bien moins dangereux en sortant de là que s’il passe six mois en prison avec les bras croisés. Je pense que c’est comme ça qu’on protège la société », a exprimé Me Olivier Théorêt. 

À sa sortie de thérapie et en attendant son procès, Simard-Gagnon devra demeurer chez ses parents. Il lui sera également interdit d’utiliser Internet et les réseaux sociaux. 

Par ailleurs, Simard-Gagnon détient des antécédents, notamment pour un geste de harcèlement.

Les groupes haineux se multiplient

Quelques recherches sur Facebook ont permis au Quotidien de constater l’existence de plusieurs groupes du genre de celui où Jeff Gagnon-Simard a été dénoncé. Ces pages se décrivent comme des lieux où tout peut être écrit et où les signalements sont interdits.

« Ici on dit tout sans gêne ! Même si on peut signaler sur FB, ici on préfère éviter les signalements. On fait juste “scroll down” et ignorer ce qu’on n’aime pas », peut-on lire dans la description du groupe Hardcore as phoque. 

Même règlement sur le groupe La Jungle Creepy. Si un membre signale un autre membre, il est « out ». Seule limite, « aucune attaque sur les enfants d’un autre membre », prévient l’administrateur. 

Le Quotidien a facilement eu accès à ces groupes par l’entremise d’autres membres. Sur ces pages Facebook, on retrouve des blagues racistes, des propos sexistes, des attaques contre des particuliers, des montages de photos d’enfants ou de gestes à caractère sexuel. On s’en prend même à des victimes de violence. 

En raison de la nature de certains propos, il est impossible de les retranscrire dans les pages du journal. 

Force est d’admettre que rien n’empêche les gens à créer de tels lieux de partage. Les policiers interviennent toutefois lorsqu’il y a une plainte formelle, comme dans le cas de Simard.