Jérémie Perron a été arrêté le 14 décembre 2018. Il est détenu depuis.
Jérémie Perron a été arrêté le 14 décembre 2018. Il est détenu depuis.

Accusé d’agression sexuelle, Jérémie Perron affirme qu’elle était consentante

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Jérémie Perron, accusé de s’être introduit par effraction pour agresser sexuellement une jeune fille de 17 ans, dans la nuit du 14 au 15 juillet 2018, à Jonquière, a donné sa version des faits à la juge de la Cour du Québec Sonia Rouleau, jeudi, au Palais de justice de Chicoutimi. Selon son témoignage, l’adolescente était consentante et ce serait elle qui aurait initié les rapports sexuels cette nuit-là. Mais les souvenirs de Jérémie Perron lui sont revenus il y a environ six mois, alors qu’il était incarcéré.

Jérémie Perron est accusé de s’être introduit chez une adolescente, en pleine nuit, alors qu’elle était seule à la maison, ses parents étant partis en camping. Selon le témoignage de la jeune femme et la preuve de la poursuite, un homme masqué de lunettes de ski et d’un cache-cou et s’exprimant en anglais l’aurait ligoté, lui aurait mis un sac de tissus sur la tête, avant de se livrer à des gestes à caractère sexuel, notamment une fellation forcée. Du sperme avait été retrouvé sur le corps de la jeune femme et sur le divan où aurait été perpétrée l’agression. Une fois que les enquêteurs ont pu avoir un échantillon de l’ADN de Perron, soit cinq mois après l’agression, il a été arrêté, puisqu’il s’agissait bien de son sperme qui avait été prélevé sur la jeune femme.

Une ordonnance a été rendue par le tribunal afin de protéger l’identité de la jeune femme. Certains détails ne peuvent donc être rendus publics. On peut dire que l’accusé n’était pas un pur inconnu pour la jeune femme.

Deux témoignages opposés

Jérémie Perron subit son procès depuis la semaine dernière et la Couronne a conclu sa preuve, lundi. La défense, représentée par Me Nicolas Gagnon, a fait témoigner l’accusé, qui a livré un témoignage complètement différent de celui de la victime. Il a affirmé que cette nuit-là, il avait énormément consommé, seul et stationné dans les bois à Saint-Jean-Vianney. Il serait allé à cet endroit, car sa conjointe ignorait qu’il consommait autant. Il a expliqué à la juge avoir consommé cinq «speeds», quatre bières et 14 grammes de cannabis en quelques heures. En rentrant chez lui, il aurait circulé en voiture devant la maison de l’adolescente. Vers 2h50 du matin, il l’aurait vu debout, devant la porte. Il a donc décidé d’arrêter voir ce qui se passait. La jeune fille l’aurait fait entrer et se serait dirigée vers la salle de bain pour revenir en petites culottes. Selon Perron, elle l’aurait embrassé et ils se seraient retrouvés sur le divan pour avoir un rapport sexuel. «Je me suis laissé séduire», a-t-il déclaré à la juge Rouleau.

L’événement aurait duré 30 minutes selon Jérémie Perron et il serait ensuite retourné chez lui, rejoindre sa conjointe, vers les 3h30 du matin. Il a affirmé que la jeune fille lui avait dit qu’elle l’aimait.

Une nuit oubliée

Jérémie Perron n’avait pas donné cette version des faits lorsqu’il a été arrêté, le 14 décembre 2018. Il dit que ces souvenirs, qui sont maintenant très précis, sont remontés à la surface alors qu’il était en détention, au cours des derniers mois.

«On a juste ça à faire, penser et se souvenir», a témoigné le jeune homme. Il dit n’avoir aucun souvenir de son interrogatoire qu’il a subi lors de son arrestation et à ce moment, il dit qu’il n’en avait aucun de la nuit du 14 au 15 juillet 2018, jusqu’à ce que les souvenirs lui reviennent, il y a environ six mois.

En contre-interrogatoire, la procureure de la Couronne, Me Nicole Ouellet, a mis l’accusé en contradiction à plusieurs reprises, concernant ces souvenirs oubliés. Elle lui a notamment fait réentendre des passages de son interrogatoire. Il n’a pu expliquer, entre autres, pourquoi il avait demandé à un ami de le couvrir pour un événement dont il n’avait aucun souvenir. Rappelons que la Couronne a présenté des textos envoyés par l’accusé à un ami, quatre jours après l’agression, lui demandant de lui écrire qu’il était bien en sa compagnie cette nuit-là, ce qui a été prouvé comme étant faux.

«Je devais savoir que j’avais trompé ma blonde», a-t-il dit.

Selon Jérémie Perron, la consommation et ses problèmes de santé mentale expliqueraient ces trous de mémoire. Étant sobre en détention, il affirme que c’est sûrement pour cette raison que la mémoire lui est revenue.

Choc post-traumatique

Le dernier témoin de la poursuite, le psychologue traitant de la victime, est venu expliquer au tribunal pourquoi il était venu à la conclusion que sa patiente souffrait d’un choc post-traumatique depuis les événements. Elle est encore incapable de dormir seule à la maison et se dit également incapable de même imaginer avoir des rapports sexuels avec quelqu’un.

C’est d’ailleurs en raison de ce diagnostic de choc post-traumatique que la poursuite a déposé une accusation d’agression sexuelle causant des lésions. Ces lésions ne sont pas physiques, mais bien psychologiques, mais le chef d’accusation est le même dans les deux cas et la Couronne doit en faire la preuve au juge.

Le procès reprendra lundi, avec les plaidoiries des deux parties.