Linda Hallahan et Paul Pilotte revivent de douloureux souvenirs chaque fois qu’un accident de motoneige survient sur des plans d’eau.
Linda Hallahan et Paul Pilotte revivent de douloureux souvenirs chaque fois qu’un accident de motoneige survient sur des plans d’eau.

Accident de motoneige: de tristes souvenirs ravivés pour le couple Pilotte-Hallahan

L’accident de motoneige qui a fait quatre morts confirmées et deux disparus à l’entrée de la rivière Grande Décharge, au Lac-Saint-Jean, ressassent de très mauvais souvenirs pour Paul Pilotte et Linda Hallahan, de Laterrière. Il y a 49 ans, le couple s’est retrouvé prisonnier du même plan d’eau dans des circonstances semblables à celles vécues par le groupe de touristes français et leur guide montréalais.

En entrevue exclusive au Quotidien, M. Pilotte et Mme Hallahan ne cachent pas que depuis mardi dernier, ils ont peine à trouver le sommeil puisque les images de leur accident de motoneige, survenu le 26 décembre 1970, remontent à la surface.

Au lendemain de leurs fiançailles, le couple de 22 ans, sans expérience de la pratique de la motoneige, séjourne dans une résidence du père de Mme Hallahan aux abords de la Gande Décharge. Vers 19 h 15, un couple ami des beaux-parents, Benjamin Marcoux et Madeleine Guénard, vient les chercher pour aller prendre un café à Saint-Coeur-de-Marie malgré qu’un froid de moins 28 degrés Celsius sévit. Dans le secteur du Ruisseau rouge, où le sentier de motoneige forme un « Y », M. Marcoux emprunte la mauvaise voie sans le savoir.

Soudainement, les deux petites motoneiges 12 forces transportant les couples se retrouvent à l’eau claire dans la Grande Décharge, là où la profondeur atteint 65 pieds. Trois des quatre passagers ne savent pas nager.

Il y a 49 ans, le couple s’est retrouvé prisonnier de l’eau glaciale à l’entrée de la rivière Grande Décharge, dans des circonstances semblables à celles vécues par le groupe de touristes français et leur guide montréalais.

« J’ai commencé à couler avec la motoneige puisque mes pieds étaient pris dans les marchepieds du modèle de l’époque. Linda ne savait pas nager. Il a fallu que je la pousse pour la faire monter sur un morceau de glace », raconte-t-il.

En touchant l’eau, M. Pilotte était certain que la mort allait faucher le quatuor. « J’ai dit : “C’est fini. On va couler. On va mourir”. Tu ne sais pas ce que tu vas faire. Tu flottes et tu pries, même si je n’étais pas quelqu’un qui priait. Pendant ce temps-là, tu vois toute ta vie, ta famille. Tu te dis que tu ne verras plus ta famille », témoigne-t-il.

En état de semi-conscience dans l’eau très froide, M. Pilotte se dit en lui-même qu’il est capable de s’en sortir et, dans une geste de survie, il agrippe un morceau de glace qu’il se place sur le ventre, ce qui améliore sa flottabilité. Il réussit à remonter sur la glace et constate la présence d’une lumière de chalet au loin, à environ 1,5 kilomètre. Le mauvais sort s’acharne puisqu’il se retrouve du mauvais côté de la Grande Décharge, ce qui l’oblige à retourner à l’eau froide pour rejoindre la terre ferme, avec l’intention de sauver les trois autres motoneigistes, dont sa nouvelle fiancée. « Je suis parti pieds nus à marcher dans la neige pendant environ 1 h 15 en fixant la lumière blanche. Je grimpais sur les côtés et retombais. Ç’a été très difficile ».

Arrivé à la porte de la résidence, un jeune homme d’environ 17 ans, effectuant du gardiennage, s’y trouve, mais hésite à ouvrir la porte devant un homme couvert de glace qui a peine à s’exprimer. « À l’intérieur, j’ai été une quinzaine de minutes couché par terre dans le salon, semi-conscient. Un moment donné, il a ouvert une armoire et m’a mis de l’alcool dans la bouche, ce qui m’a aidé à reprendre mes esprits », ajoute M. Pilotte.

Il y a 49 ans, le couple s’est retrouvé prisonnier de l’eau glaciale à l’entrée de la rivière Grande Décharge, dans des circonstances semblables à celles vécues par le groupe de touristes français et leur guide montréalais.

Dans les minutes qui suivent, un jeune policier, qui en est à sa première patrouille à vie, arrive sur place en même temps qu’un voisin, Clément Gaudreault, un agriculteur du coin et ami des parents de Mme Hallahan. « Il est venu à la maison et m’a reconnu. Il a deviné qu’on était dans la Grande Décharge et a suivi mes pas. Mon intention était de me rhabiller et d’aller chercher mes compagnons. Les policiers étaient convaincus que les trois autres étaient morts. Lorsque j’étais à l’urgence, j’ai entendu le personnel dire de ne pas préparer rien de spécial pour les trois autres, laissant entendre qu’ils seraient morts. »

Le docteur Jean Gauthier, de Saint-Coeur-de-Marie, est prévenu. Un certain Marc Tremblay, vendeur de motoneiges et de bateaux, prête une embarcation.

Pendant que le village se mobilise, les trois autres passagers séjournent toujours à l’eau vive. « J’étais gelée, mais ce n’était pas l’enfer puisque j’étais presque inconsciente. L’autre couple séjournait dans l’eau. La seule chose dont je me souviens est qu’une lumière arrivait sur moi. Un vieux monsieur arrivant en motoneige m’a agrippée et m’a embarquée », affirme Mme Hallahan.

L’autre couple a aussi été secouru.

Plus de 49 ans après les événements, M. Pilotte et Mme Hallahan se demandent avec la gorge nouée par l’émotion comment le quatuor a pu se tirer indemne de cette situation exceptionnelle. « On se demande encore pourquoi on n’est pas morts. Je ne comprends toujours pas pourquoi on s’en est tirés, pourquoi j’ai été capable de me rendre à pied. C’est un miracle, mais je pense que la mobilisation et la solidarité du village de Saint-Coeur-de-Marie y ont été pour quelque chose. »

Aujourd’hui, lorsqu’ils se déplacent dans ce secteur du Lac-Saint-Jean, ils reconnaissent les lieux, mais ont toujours une certaine réserve à tenter de retracer les personnes impliquées dans leur sauvetage, entre autres l’enfant de 17 ans qui a accueilli M. Pilotte et qui doit maintenant être âgé d’au moins 60 ans.

Linda Hallahan et Paul Pilotte revivent de douloureux souvenirs chaque fois qu’un accident de motoneige survient sur des plans d’eau.

+

ENCORE DES SÉQUELLES PSYCHOLOGIQUES

Si les douleurs physiques sont chose du passé, le couple constate encore des séquelles psychologiques provenant du passé, surtout lorsque surviennent des accidents comme celui des touristes français et de leur guide. 

« Je peux vous dire que lorsque la nouvelle est arrivée, ça nous a empêchés de dormir », confie Paul Pilotte, qui a possédé un chalet au lac des Baies, sur la zec Onatchiway, pendant trente ans.

Depuis son accident, l’homme a toujours refusé de voyager sur un lac gelé, peu importe les circonstances. 

Le couple de Laterrière, qui réside au chemin du Portage-des-Roches Sud, près du barrage, est toujours surpris que des motoneigistes osent s’approcher des pelles du barrage. 

En ce qui a trait à l’accident de mardi dernier, M. Pilotte et Mme Hallahan sont convaincus que le guide décédé, Benoît Lespérance, a péri en voulant sauver le groupe.

Amputations évitées

Concernant les blessures physiques, leur long séjour en eau glaciale avait nécessité une hospitalisation prolongée en raison de la gravité des engelures. Le personnel médical de l’époque avait même songé à l’amputation des deux membres inférieurs, ce qui, heureusement, avait pu être évité.