Le juge Richard P. Daoust, de la Cour du Québec, croit que l’absolution conditionnelle est appropriée dans l’affaire du massothérapeute aux mains longues.

Absolution conditionnelle pour un massothérapeute aux mains longues

Un massothérapeute aux mains longues obtient une absolution conditionnelle à la réalisation de 240 heures de travaux communautaires pour avoir touché les seins de deux de ses clientes, d’avoir mis ses mains sur la région vaginale de l’une d’entre elles et d’avoir inséré sa langue dans l’oreille d’une autre.

Le juge Richard P. Daoust, de la Cour du Québec, a rendu sa décision, mardi matin, au Palais de justice de Chicoutimi. Il s’est rangé derrière la suggestion de Me Julien Boulianne, avocat en défense, estimant qu’un casier judiciaire nuirait véritablement aux intérêts de l’accusé, alors qu’un public bien informé pourrait comprendre la peine imposée. Le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) demandait une peine de détention de 12 mois.

Le 18 janvier dernier, l’individu de 41 ans (dont nous taisons l’identité en raison de l’absolution conditionnelle) a plaidé coupable à deux chefs d’accusation d’agressions sexuelles.

Le premier geste a été commis le 2 août 2016 et l’homme a récidivé le 10 avril 2017 sur une seconde cliente.

Le juge Daoust a précisé que la première fois, le massothérapeute a fait un massage sur les seins de la première victime et il a ensuite posé ses mains, en croix, sur la région vaginale.

« Immédiatement après avoir posé le geste, il s’est excusé auprès de sa victime. Ces gestes auraient dû l’amener à un arrêt d’agir, mais il a récidivé quelques mois plus tard. Cette fois-là, il a massé les seins de la dame et a mis sa langue dans son oreille en lui demandant si elle était déjà venue », a résumé le magistrat. La deuxième victime a porté plainte contre le massothérapeute, incitant ainsi la première victime à faire de même, ce qui n’était pas dans ses plans à l’origine.

La première dame victime des gestes déplacés de l’individu explique que cette mésaventure lui a coûté son mariage, qu’elle a de la difficulté à faire confiance aux hommes et qu’elle ne veut plus être soignée par un homme.

« L’important pour moi, c’est qu’il ne puisse plus pratiquer et qu’il ne puisse plus faire ça aux femmes », a mentionné la dame.

Dans sa décision, le juge Daoust retient des facteurs aggravants comme la récidive des gestes et le lien de confiance qu’il avait avec ses clientes.

« Il y avait un lien de confiance. Les clientes sont nues et couchées sur une table dans une salle fermée, alors que vous êtes debout à côté d’elles », a précisé le magistrat.

Parmi les facteurs atténuants, le juge Daoust note le plaidoyer de culpabilité, les efforts de réhabilitation de l’accusé, un rapport présentenciel positif et un faible risque de récidive.

Il ajoute que l’homme s’est excusé, que les gestes n’étaient pas prémédités et que l’accusé veut rester un actif pour la société.

« Une peine de détention serait indiquée, mais l’absolution conditionnelle peut aussi s’appliquer. L’accusé a commis deux graves erreurs, mais il a fait des efforts pour s’en sortir. Il est dans l’intérêt véritable de l’accusé de ne pas avoir de casier judiciaire, car il ne pourrait plus pratiquer la massothérapie avec l’Association canadienne des thérapeutes en médecine douce. Quant à l’intérêt du public, il faut savoir que les gestes sont impardonnables et on doit dénoncer ces actes, mais la peine ne peut être vengeresse. Je ne crois pas, contrairement à la victime, que l’accusé récidive, car les clients qu’il a conservés sont au courant des accusations », précise le juge.

Pas la fin
Si le dossier criminel tire à sa fin (il doit effectuer 240 heures de travaux communautaires d’ici 12 mois), l’individu n’en a pas pour autant terminé avec les procédures.

Radié temporairement par l’Ordre de son association, l’individu pourra éventuellement demander à être réintégré dans les rangs de façon officielle. Il pourra ainsi remettre des reçus (pour les compagnies d’assurance) à nouveau.

Mais l’absence d’un casier judiciaire ne garantit pas pour autant une décision favorable de l’association, comme l’a laissé voir le juge Daoust.

« Ce sera à son ordre de déterminer s’il peut être réintégré. Le fait de ne pas avoir de casier judiciaire ne garantit pas qu’il le sera. Il n’est pas au bout de ses peines », de conclure le magistrat.

Le quadragénaire ne pourra avoir de contacts avec les deux victimes, devra fournir un échantillon d’ADN, sera sous probation durant 12 mois.