Palais de justice de Chicoutimi

20 mois pour avoir secoué son bébé

Le père de famille qui a secoué sa fillette de moins de sept semaines prend le chemin de la prison pour les 20 prochains mois.
Le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, a rendu sa sentence vendredi matin au Palais de justice de Chicoutimi. Il impose une période de probation de trois années et il interdit à l'homme d'avoir des contacts avec son ex-conjointe et la fillette, maintenant âgée de près de quatre ans.
Le 17 novembre 2013, l'homme de 32 ans, que nous ne pouvons identifier afin de protéger l'identité de la victime, s'occupe du petit bébé pendant que la maman donne un cours.
L'individu est affairé à ses études lorsque l'enfant se met à pleurer. Il le prend dans ses bras dans l'espoir de le calmer. Mais les pleurs ne s'arrêtent pas pour autant.
À un moment donné, l'accusé, au physique tout de même imposant, secoue le bébé d'avant en arrière et ensuite de côté. Tout ça en quelques secondes. Et il le dépose brusquement dans son lit.
Rapidement, la fillette cesse de respirer et devient bleue. L'individu communique d'urgence avec son frère et contacte ensuite sa conjointe pour l'aviser de la situation. Il entreprend des manoeuvres de réanimation afin de ramener l'enfant à la vie.
L'enfant a été amené à l'hôpital de Jonquière et a été dirigé vers celui de Chicoutimi où les médecins détectent un épanchement de sang au cerveau. À partir de là, l'enfant est transféré à Québec où le syndrome du bébé secoué est rapidement détecté.
Dès les premiers instants, la mère de l'enfant a soupçonné son conjoint d'être à l'origine de la situation, mais il a nié à plusieurs reprises avoir fait quoi que ce soit à son bébé, qui n'a présentement aucune séquelle.
En interrogatoire, l'accusé a mentionné ne pas savoir ce qu'il lui a pris. Il vivait une période stressante, dit-il.
Le juge Boudreault estime que « ni les difficultés financières de l'homme, son impatience ou sa perte de contrôle ne peuvent expliquer de s'en prendre à un enfant, sans défense, qui ne peut se sauver ou répliquer. Ce soir-là, vous n'aviez ni consommé d'alcool ou de stupéfiants et vous auriez dû savoir que vous pouviez causer des blessures à l'enfant ».
« En plus, vous avez commis trois gestes de violence, en le secouant à deux reprises et en le déposant brusquement dans son lit. Vous avez infligé des souffrances graves à l'enfant », a repris le magistrat.
Satisfait
Pour sa part, Me Luc Tourangeau, avocat du père de famille, s'est montré satisfait de la sentence, lui qui avait suggéré 15 mois de détention contre 24 pour la Couronne.
« La sentence m'apparaît adéquate et appropriée. La situation n'est pas facile pour mon client, car il s'agit d'un drame épouvantable pour tout le monde. Ça s'est passé en une fraction de seconde. Monsieur éprouve de la honte, a des remords et a des regrets », de dire le criminaliste.
« Monsieur aimerait pouvoir réparer, dans la mesure du possible, cette situation, et avoir l'opportunité d'avoir des contacts avec son enfant et son ex-conjointe pour l'intérêt de l'enfant et pouvoir s'excuser à sa sortie de prison », de conclure Me Tourangeau.