Me Jean Petit, en défense, estime que l’enquête qui a mené à l’arrestation de son client a été bâclée. photo le quotidien, jeannot lévesque

« Une enquête bâclée », estime l'avocat de Richard Forgues

L’avocat de Richard Forgues, Me Jean Petit, tente de démontrer que l’enquête qui a mené à la mise en accusation de son client a été bâclée par l’enquêteur de la Sûreté du Québec Langis Néron. Il estime également que le ministère public ne possédait pas assez d’éléments pour porter des accusations d’agressions sexuelles et que son client a été accusé à tort dans cette histoire. Le criminaliste compte d’ailleurs déposer une requête en arrêt des procédures pour la première victime, âgée de quatre ans au moment des gestes allégués, posés en 1986.

Le procès de Richard Forgues, accusé d’avoir agressé sexuellement une petite fille de quatre ans il y près de 35 ans et d’en avoir forcé une autre à lui faire de nombreuses fellations entre 1985 et 1988, à Saint-Honoré, s’est poursuivi pour une cinquième journée, mardi, au Palais de justice de Chicoutimi. Forgues fait face à huit chefs d’accusation et nie sa responsabilité.

Mardi matin, la défense a fait entendre l’enquêteur Langis Néron, qui a piloté le dossier de Forgues, dès le dépôt de la première plainte, en 2016. Comme il l’avait fait la semaine dernière, Me Petit a voulu démontrer au juge que l’enquêteur ne s’est fié qu’au témoignage des deux plaignantes et que les souvenirs de ces enfants ne pouvaient mener à l’accusation de son client.

Selon Me Petit, des photos d’époque auraient dû être montrées aux plaignantes et une parade d’identification aurait dû être organisée, afin qu’on ne se trompe pas de « frères Forgues ». La fratrie Forgues est composée de six frères (un est toutefois décédé) et, selon le criminaliste, il est bien possible que les victimes puissent s’être trompées d’agresseur.

À ces questions, l’enquêteur Néron a répondu que les deux victimes ont toujours soutenu que leur agresseur était bel et bien Richard. Trois autres frères ont d’ailleurs été rencontrés par Langis Néron durant l’enquête, à titre de suspects, mais ils ont été écartés du présent cas. Huit témoins ont également été rencontrés. Il a également été possible d’apprendre en cour qu’une troisième femme avait porté plainte contre Forgues, mais que cette personne avait finalement refusé de témoigner, ce qui fait en sorte qu’aucune accusation n’a été déposée.

Vieilles photos

Langis Néron a expliqué à la cour qu’il était pratiquement impossible d’organiser une parade d’identification pour des dossiers qui remontent à aussi loin que les années 80, pour la simple et bonne raison qu’il faut des photos d’époque d’au moins huit personnes qui se ressemblent et que ces photos doivent être neutres (de face sur fond blanc).

Rappelons que la première victime avait été contrainte à regarder une vieille photo de la famille Forgues soumise par la défense lors de son contre-interrogatoire, avant Noël. Me Petit demandait à la plaignante, aujourd’hui âgé de 38 ans, de pointer son agresseur. Elle avait pointé Richard Forgues avant de fondre en larmes et de quitter la salle d’audience.

Objections

Me Jean Petit a également demandé à l’enquêteur Néron s’il « avait consulté un médecin pour savoir si c’était possible qu’un homme puisse mettre son pénis dans le vagin d’une enfant de quatre ans ». L’enquêteur a répondu que non, qu’il n’en avait pas eu besoin pour mener à bien son enquête. Me Petit a encore posé des questions sur la « particularité sur la verge de son client », à savoir un gros grain de beauté. Il a demandé à l’enquêteur s’il avait posé la question aux plaignantes. L’enquêteur ne l’a pas fait, puisqu’il ignorait cette information.

Le procès de Richard Forgues, accusé d’agressions sexuelles sur deux mineures dans les années 80, a été ajourné au 27 février prochain.

La procureure de la poursuite, Me Marianne Girard, s’est objectée à de nombreuses questions du criminaliste, si bien que le ton a monté à une occasion. Le juge Paul Guimond a accueilli plusieurs de ces objections, estimant que les questions n’étaient pas pertinentes ou trop subjectives.

Conversation Messenger

La conversation qu’a eue la première victime via Messenger avec une membre de la famille Forgues, la veille de sa plainte à la police, a également été soulevée par Me Petit, précisant qu’il déposerait une requête sur l’arrêt de procédures, croyant que l’enquêteur aurait dû avoir ladite conversation à son dossier. C’est durant son témoignage que la victime avait expliqué avoir contacté une membre de la famille Forgues, afin de savoir si Richard Forgues aurait pu faire d’autres victimes qu’elle. La réponse ayant été oui, la femme a décidé de porter plainte.

« Vous déposerez votre requête en temps et lieu. Là, posez vos questions. Vous nous dites vouloir en déposer chaque jour, mais je n’en ai pas encore reçu une seule », a déclaré le juge Paul Guimond.

Me Petit a également annoncé qu’il ferait entendre son client, en plus d’ajouter une autre témoin. Il a également informé vouloir faire entendre un expert. À cette question, la procureure de la Couronne s’est opposée, puisque les délais ont été dépassés. Le juge aura à trancher cette question, mais la Couronne devra avoir le temps de faire une contre-expertise, si Me Petit va de l’avant avec son expert.

Le procès a été ajourné jusqu’au 27 février prochain. Les longs délais épuisent d’ailleurs les présumées victimes, qui tentent d’assister à toutes les étapes du procès.