« Un criminel à bout d’âge », dit le juge

Pincé à vendre du cannabis médical, un septuagénaire évite une longue peine de prison.

Michel Kelley, un homme de 70 ans pincé à vendre du cannabis médicinal, évite la longue peine de détention plaidée par la Couronne. S’il n’avait pas offert cinq pilules de méthamphétamine à un agent double, le septuagénaire aurait pu s’en sortir avec une peine complète en société. Mais il devra tout de même faire le trajet entre Rivière-Éternité et Roberval chaque vendredi pour quelques semaines, puisqu’il écope d’une peine de détention de 90 jours à purger de façon discontinue, après quoi il devra rester chez lui pour une période de 15 mois.

L’histoire de Michel Kelley a été qualifiée de cas très particulier par le juge Michel Boudreault. C’est que l’individu, au moment de son arrestation, avait des permis de Santé Canada lui permettant d’acheter et de consommer du cannabis pour des raisons de santé. Notons que le cannabis n’était pas légal à l’époque. Michel Kelley a admis avoir vendu des quantités de cannabis pour « dépanner des amis ». Il n’en avait pas le droit.

Mais où le bât blesse, c’est qu’il a offert cinq comprimés de métamphétamine à l’agent double qui s’était présenté chez lui, puisque des rumeurs voulant que le septuagénaire vendait également des cigarettes de contrebande couraient. L’agent double lui avait acheté deux cartouches de cigarettes pour 50 $. Il lui avait offert 60 $. N’ayant pas le 10 $ de change, Michel Kelley lui avait plutôt donné cinq méthamphétamines. Cette transaction lui a valu une accusation de possession en vue de trafic, ce qui ne peut se terminer par une peine de prison en société.

Perquisition

Une perquisition avait été réalisée au domicile de l’homme, où les policiers avaient découvert des plants de cannabis en germe, notamment. M. Kelley n’avait pas les autorisations nécessaires pour produire du pot, ce qu’il a obtenu depuis de la part de Santé Canada.

Aujourd’hui, Michel Kelley a le droit de posséder, consommer et produire du cannabis.

« C’est un cas très particulier. Je dois traiter ce dossier de façon particulière », a déclaré le juge de la Cour du Québec Michel Boudreault.

La Couronne, représentée par Me Marianne Girard, demandait une peine de deux ans moins un jour pour l’individu de 70 ans, affecté par l’arthrose et qui a de la difficulté à se déplacer. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’homme consomme des quantités importantes de cannabis chaque jour.

La demande de la Couronne s’expliquait notamment par la longue feuille de route de l’accusé en matière de délits de toutes sortes, notamment de vols, perpétrés jadis dans la métropole. À sa sortie de prison, en 2008, l’homme avait déménagé à Rivière-Éternité pour y vivre paisiblement, a-t-il dit.

« Nous avons ici un homme criminalisé, c’est vrai. Mais un homme criminalisé à bout d’âge et malade », a noté le juge Boudreault.

Du côté de la défense, Me Nicolas Gagnon proposait plutôt une peine de 90 jours de prison, mais à purger les fins de semaine.

Le juge Boudreault a décidé de condamner l’homme à une peine mixte. Michel Kelley n’échappe donc pas à la prison, mais il pourra purger ses 90 jours de façon discontinue. Mais une fois sa peine complétée, une seconde sentence s’appliquera, soit 15 mois à purger en collectivité.

« Nous avons affaire à des quantités de drogue négligeables et nous n’avons surtout pas affaire à un trafiquant relié au crime organisé. Je tiens compte de votre état de santé, de votre âge, de votre passé. Vous avez grandi dans un milieu défavorisé, placé jeune dans des familles d’accueil. Oui, je dois tenir compte de votre feuille de route. Mais vous êtes tout de même tranquille depuis un certain temps. J’ose croire que vous êtes un criminel à la retraite », a expliqué le juge Boudreault.

« Je prononce une peine individualisée. Monsieur, vous avez les autorisations pour produire et consommer et il n’y a aucune preuve que vous soyez acoquiné avec des gens criminalisés », a ajouté le magistrat.

Michel Kelley a semblé soulagé de pouvoir purger sa peine de façon discontinue et à la maison. Il a d’ailleurs promis au juge qu’il ne « dépannera plus ses amis » et l’a remercié, avant de quitter la salle de cours dans son fauteuil roulant, poussé par un ami.