André Forgues a été reconnu coupable d’avoir forcé une enfant à lui faire une fellation, il y a 35 ans.

« Tu m’as privée de la femme que j’aurais pu être»

« Tu as fermé la porte de mon enfance. Tu m’as privée de la femme que j’aurais pu être, car en raison de ce que tu m’as fait, cette femme n’a jamais existé. » La victime d’André Forgues, reconnu coupable d’agression sexuelle à son endroit alors qu’elle n’avait que 9 ans, a tenu à s’exprimer devant le tribunal, jeudi, alors que l’homme de 55 ans subissait ses observations sur la peine au Palais de justice de Chicoutimi.

André Forgues a été reconnu coupable en juin dernier d’avoir forcé une fillette de son entourage à lui faire une fellation, dans les années 80. L’homme avait 20 ans à l’époque et vivait à Saint-Honoré. Celui qui a nié les faits durant le procès n’avait pas été cru par la juge Sonia Rouleau, qui a plutôt accordé une grande crédibilité à la victime, une femme aujourd’hui âgée de 44 ans.

Bien que la dame avait témoigné de plusieurs gestes à caractère sexuel dont elle a été victime, l’homme a été reconnu coupable d’un seul événement, soit la fellation forcée suivie d’une éjaculation, commise il y a 35 ans.

« Tu m’as allongée par terre entre les deux petits lits de ma chambre et tu as baissé ma petite culotte, puis tes pantalons. Tu t’es allongé sur mon minuscule corps et je t’ai dit d’arrêter, a raconté la victime de Forgues. Je vis encore au quotidien avec ces images dans ma tête. »

Encore aujourd’hui, André Forgues nie les faits.

« Qu’est-ce que ça vous fait d’entendre la victime, ce matin ? », a demandé la procureure de la poursuite, Me Marianne Girard.

« Je ne peux pas vous répondre », a dit André Forgues, en haussant les épaules à plusieurs reprises.

La dame a également parlé des difficultés de porter plainte et de suivre les étapes judiciaires, qui s’avèrent extrêmement longues pour les victimes, a-t-elle précisé. Mais elle a aussi tenu à remercier la juge Rouleau de l’avoir crue.

La magistrate avait ordonné la confection d’un rapport présententiel, en vue des observations sur la peine. Selon le rapport, André Forgues a mené une vie en solitaire et a bénéficié de l’aide sociale durant plusieurs années. Il a d’ailleurs affirmé que faire de la prison le priverait du peu de ses acquis, soit son HLM, ses meubles et ses prestations d’aide sociale.

La procureure de la Couronne, Me Marianne Girard, demande une peine d’un an de détention pour l’accusé, accompagnée d’une probation.

« Je vis encore au quotidien avec ces images dans ma tête. »
La victime

Toujours selon le rapport, l’individu aurait des limitations cognitives et ne sait pas très bien lire ni écrire. Le risque de récidive est également jugé faible. Il a deux antécédents judiciaires, mais en matière de vol et de méfait.

Famille Forgues

Le fait que l’accusé ait grandi dans une famille dysfonctionnelle a également été amené en cour par la défense. En effet, plus d’une personne a porté plainte contre des membres de la famille Forgues pour agression sexuelle, au cours des dernières années.

Claude Desbiens, qui était le conjoint de la grand-mère Forgues, a reconnu avoir abusé d’une enfant il y a 30 ans. Il l’avait forcée à lui faire une fellation à deux reprises. Il a écopé d’une peine de six mois de prison l’an dernier.

Le frère d’André Forgues, Richard Forgues, subit un procès pour agressions sexuelles sur deux enfants, également perpétrées dans les années 80, à Saint-Honoré. Il est notamment accusé d’avoir forcé une enfant à lui faire de nombreuses fellations, sur une période de trois ans (elle avait entre 10 et 13 ans) et d’en avoir agressé une autre de quatre ans. Il a plaidé non coupable et que son procès en toujours en cours.

Un autre membre de la famille Forgues a écopé d’une peine pour jeune contrevenant, alors qu’il avait reconnu des gestes à caractère sexuel commis sur une fillette alors qu’il était encore mineur.

« Je ne veux pas minimiser ce que mon client a fait et je comprends les conséquences qu’a eues ce geste sur la victime. Mais M. Forgues a été élevé dans une famille où c’était « normal » de commettre ce genre de gestes. Et s’il a des limitations aujourd’hui, imaginez-vous à l’âge de 20 ans », a affirmé l’avocate d’André Forgues, Me Marie-Ève St-Cyr.

Entre 90 jours et un an

Les deux parties ne s’entendent pas sur la peine dont pourrait écoper l’individu. La défense a plaidé à la juge Rouleau une peine de 90 jours de prison en discontinue (de fins de semaine) et 240 heures de travaux communautaires.

Du côté de la Couronne, une peine de 12 mois d’incarcération est demandée, accompagnée d’une probation. « On parle d’un geste commis à l’endroit d’un enfant de 9 ans. Les conséquences sont graves pour la victime. La justice doit envoyer un message clair de dissuasion », a affirmé Me Marianne Girard.

L’avocate de la défense, Me Marie-Ève St-Cyr, a plaidé une peine de 90 jours de prison en discontinu et 240 heures de travaux communautaires.

La juge Sonia Rouleau s’est accordé un temps de réflexion pour évaluer les suggestions des procureures. Elle rendra sa décision le 6 mars, au Palais de justice de Chicoutimi.