Chantale Cyr est très émotive lorsqu’elle raconte « l’enfer » vécu à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay. ­

« Liz Gagné m’a tuée »

« Liz Gagné m’a tuée personnellement et psychologiquement. Elle m’a complètement détruite. On ne fait pas ça à un individu. »

L’ex-directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr, y est allée d’une déclaration-choc lors de son témoignage devant le juge Guy Roy, du Tribunal administratif du travail du Québec, dans le cadre de sa plainte pour harcèlement psychologique.

Après avoir passé de nombreuses minutes à expliquer les gestes qu’elle qualifie de harcèlement à son endroit, Mme Cyr y est allée d’une véritable charge à l’endroit de la présidente du conseil des commissaires, Liz Gagné.

Chantale Cyr est revenue sur la correspondance concernant l’annonce de son congédiement par la présidente, sur les motifs de son congédiement, qu’elle a rejetés d’un bout à l’autre, et sur les reproches qu’elle aurait eus après son départ en congé de maladie.

« Le soir du 9 janvier 2018, j’ai reçu un courriel de Liz Gagné m’avisant que l’on venait de résilier mon contrat. J’étais sous le choc. Je suis allée à la salle de bain et j’ai avalé tout ce qu’il y avait de médicaments, jusqu’au moment où mon conjoint est entré. Il m’a enlevé les pilules et m’a fait vomir. Il m’a amenée à l’hôpital, car je ne voulais plus vivre. J’avais écrit une lettre d’adieu. J’avais même pris la laisse de mon chien et je l’avais mise dans le garage afin de me pendre avec », a-t-elle raconté sur un ton rempli de tristesse.

« Plus tard, je me suis rendue chez ma coiffeuse et mon visage se trouvait à la une du journal Le Quotidien. Tout le monde m’a regardée de travers. Je suis partie et j’ai dû me trouver une coiffeuse qui acceptait de venir chez moi », a ajouté Mme Cyr en réponse aux questions de son avocat, Me Éric Lebel.

Jamais défendue

Celle qui a été embauchée en juillet 2016 et officiellement congédiée en mars 2018 dit avoir été victime à de nombreuses reprises de gestes de harcèlement psychologique.

On lui a reproché d’avoir fait des dépenses pour des ressources externes (plus de 265 000 $), d’avoir acheté des cartes-cadeaux pour l’ancien président Antonin Simard (1500 $ pour de la représentation) ou des dépenses de plus de 360 000 $ pour la réaffectation du personnel.

« L’embauche de ressources externes avait été entérinée par le conseil des commissaires et certaines de ces ressources étaient à l’emploi bien avant mon arrivée. Sur les cartes-cadeaux, c’est la même chose, tout a été autorisé. Quant aux dépenses de réaffectation, ça a coûté seulement 4000 $, mais on a donné de l’information aux médias pour 360 000 $. »

« J’aurais apprécié que la présidente Liz Gagné, celle qui s’occupait de l’information dans les médias, fasse une sortie pour rectifier les faits, mais il ne s’est jamais rien fait. »

Concernant son congédiement, Chantale Cyr l’a appris en lisant Le Quotidien du 14 mars, une décision qui faisait suite aux intentions de janvier 2018. Elle n’avait jamais été avisée de la situation. Cette fois, la présidente Gagné n’aurait pas cru bon de lui écrire comme elle l’avait fait en janvier.

Les commissaires de la CS des Rives-du-Saguenay, dans leur résolution du 13 mars 2018, en lien avec le congédiement de Chantale Cyr, reprochent à la directrice générale son incapacité à accomplir sa fonction, son incompétence, son inconduite et sa négligence à remplir ses devoirs.

« Mais jamais avant cette résolution, on m’a parlé ou avisé de quoi que ce soit ou de problèmes en particulier. »

Réintégration

Par ailleurs, dans le cadre des plaintes déposées pour harcèlement psychologique et pour son congédiement, qu’elle considère illégal, Chantale Cyr demande à être réintégrée à son siège de directrice générale.

Le juge Roy lui a demandé d’expliquer cette demande, surtout à la suite de tout ce qu’elle a raconté et a vécu au cours des mois précédents son congédiement.

« J’aimais ce que je faisais et j’aimais la région. Je n’ai jamais eu de difficultés avec les membres du conseil des commissaires. S’ils ont perdu confiance en moi, c’est qu’ils n’ont pas eu toute l’information. Moi aussi, à leur place, j’aurais agi de la même façon en n’ayant qu’un point de vue. En retournant à mon emploi, je vais expliquer tout ce qui s’est passé. »

« Même chose avec les directeurs. Je comprends qu’ils se soient rangés derrière la présidente. Elle a la réputation d’avoir un regard de vie ou de mort contre qui que ce soit. Les gens veulent garder leur emploi et ont des familles à faire vivre. On y pense à deux fois avant d’être contre elle », a poursuivi Chantale Cyr.

Elle retient aussi que l’Association des directeurs généreux des commissions scolaires lui a dit que Liz Gagné, au Saguenay, c’était comme une « grosse, grosse montagne » et qu’elle se trouvait tout en haut.

« Et que je n’étais pas chaussée pour la monter. Je ne les ai pas pris pour me défendre. J’ai plutôt opté pour Me Lebel. Et tout ce que je veux, c’est de reprendre ma chaise de directrice générale », a conclu la plaignante en interrogatoire principal.

Chantale Cyr a déposé six plaintes en lien avec le harcèlement psychologique et son congédiement. Sa dernière plainte remonte au 24 septembre 2018, lorsque la CS des Rives-du-Saguenay lui a réclamé le paiement des sept semaines de vacances obtenues en 2016 (c’était autorisé) et sur la fin de son régime d’assurances.

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CHANTALE CYR A SONGÉ À DÉMISSIONNER

Chantale Cyr, avant d’être congédiée de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS), a songé sérieusement à remettre elle-même sa démission. Mais c’était avant l’arrivée de Liz Gagné à la présidence. Ses intentions remontaient plutôt à l’époque d’Antonin Simard et sont survenues quelques mois après son entrée en fonction.

L’histoire se serait déroulée en novembre 2017 à la suite d’une rencontre avec des responsables du ministère de l’Éducation et en présence de la sous-ministre.

« J’étais à Québec avec trois directeurs de services et le président Antonin Simard pour discuter de nos trois projets, dont celui du Millénaire. Un des responsables du Ministère l’a trouvé tellement intéressant qu’il est allé chercher la sous-ministre, pour qu’elle regarde le projet », raconte Mme Cyr, en contre-interrogatoire.

« Et elle demande qui a eu la brillante idée de ce projet. Les trois directeurs ont pointé en ma direction, mais M. Simard a mis sa main devant ma figure, en disant de m’oublier, que cette idée était la sienne » dit-elle.

Chantale Cyr n’a pas fait de cas de cette affaire, mais les trois directeurs de service ne l’ont pas vu du même œil. Ils ont fait part de leur constatation au consultant Gilles Vachon.

« M. Vachon m’a fait part des commentaires des directeurs, qui n’avaient pas apprécié l’intervention de M. Simard. Et celui-ci lui avait mentionné que la lune de miel entre nous était terminée, car je lui avais manqué de respect lors d’une réunion à Québec. »

Afin de s’expliquer, Antonin Simard aurait même demandé à Chantale Cyr d’aller souper au restaurant avec lui. 

« Je n’étais pas très chaude à l’idée, déjà que M. Simard me textait tard le soir et m’appelait tôt le matin. Face à cette situation, j’ai décidé de remettre ma démission. Mais le lundi matin, après une rencontre, c’est M. Simard qui a pris la décision de quitter, mais en invoquant une clause de confidentialité sur les raisons de son départ », se souvient Mme Cyr.

Me Jean-Claude Girard, procureur de la CSRS, a par ailleurs mis en doute la crédibilité de l’ex-directrice générale, estimant qu’elle n’avait pas respecté les clauses de son contrat de travail, notamment sur l’obtention de résolutions pour divers éléments du contrat.

« Le président Antonin Simard avait eu l’autorisation de signer et de négocier le contrat de travail et il était, à mon point de vue, autorisé à faire les changements. Si j’avais su que ça prenait une nouvelle résolution, ça aurait été fait. »

« Sur le fait que j’ai négocié sept semaines de vacances avant même de commencer à travailler, afin de planifier mon déménagement, je les ai demandées et je les ai eues. Ça a fait partie des bénéfices marginaux », a répondu Mme Cyr, lorsque questionnée si cela était normal.