Dominic Simard a eu comme une prémonition, car il espérait que Georges Martel ne s’engage pas sur la route 169, convaincu qu’il n’avait pas le temps. Il aura malheureusement eu raison.

« J’ai espéré qu’il ne s’envoie pas dans la rue »

Dominic Simard, témoin au procès du policier Maxime Gobeil, a souhaité que Georges Martel ne s’engage pas sur la route 169, car il était convaincu qu’il serait heurté par la voiture de police qui arrivait à vive allure et qu’il venait de croiser.

L’homme de 69 ans de Sainte-Jeanne-d’Arc se rendait à Normandin, l’après-midi du 18 juillet 2015, lorsque la voiture de police semi-banalisée de la Sûreté du Québec est entrée en collision avec la Kia Rondo de M. Martel. Ce dernier, Louiselle Laroche et Cécile Lalancette ont perdu la vie.

Témoin pour le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), M. Simard se souvient de cette journée où des agents de police se rendaient sur un cas de violence conjugale à Sainte-Jeanne-d’Arc.

« Lorsque je suis arrivé en bas de la côte (direction nord) de la 169, j’ai vu passer deux voitures de patrouille (blanches). J’ai vu les lumières sur le toit (gyrophares) et j’ai entendu la sirène. Un peu plus loin, j’ai aperçu une voiture noire de police et j’ai vu les lumières dans le pare-brise », raconte l’homme.

« En arrivant à la hauteur du motel Saint-Michel (résidences pour personnes âgées), j’ai vu une voiture s’arrêter dans le stationnement pour me laisser passer. J’ai espéré que le conducteur ne s’envoie pas dans la rue. Je savais qu’il n’aurait pas le temps. J’ai ensuite regardé dans mon rétroviseur et j’ai vu l’accident. Le véhicule de police est monté dans les airs et tout a revolé », a poursuivi Dominic Girard.

Gilles Simard estime que Maxime Gobeil l’a dépassé selon les règles, qui a même dû ralentir car un autre véhicule refusait de lui céder le passage.

Ce dernier a aussi précisé avoir vu le policier tourner vers la gauche dans le but d’éviter la collision, qui s’est produite à une centaine de pieds de son véhicule.

Un autre témoin, Gilles Simard, de Dolbeau-Mistassini, était aussi très près des lieux du drame.

Il venait de partir de chez lui et s’apprêtait à emprunter la route 169 en direction sud lorsque deux véhicules de police sont passés devant lui à toute vitesse.

« J’étais au coin de la rue Parizeau. J’ai fait mon arrêt et j’ai vu deux véhicules de patrouille, gyrophares et sirène allumés, passer. Je les ai laissés passer et je me suis engagé sur la route. Quelques secondes plus tard, j’ai entendu une autre sirène de police. J’ai regardé dans mon rétroviseur et j’ai aperçu le véhicule noir. Je me suis tassé pour le laisser passer. J’ai estimé qu’il roulait à 100-120 km/h, mais c’est difficile à dire », note Gilles Simard.

« La voiture de patrouille a ensuite dû ralentir, car un autre conducteur (auto grise) ne s’est pas tassé. Je me suis demandé pourquoi il ne se tassait pas. Après le passage d’une camionnette (en sens inverse), le policier s’est tassé sur la voie de gauche et a dépassé. Il est revenu dans la voie de droite. Après, ce fut comme bizarre, comme des oiseaux qui s’envolent. Des choses ont revolé dans les airs. Ensuite, le chauffeur de la voiture grise est passé derrière le véhicule de patrouille, qui venait d’avoir un accident, et a poursuivi sa route sans s’arrêter. Moi je suis intervenu pour porter les premiers secours », a poursuivi l’homme de 56 ans.

Gilles Simard a précisé à Me Nadine Touma (défense) que le dépassement s’était fait de façon sécuritaire et normalement. Il a noté que la visibilité était bonne et qu’il n’y avait pas beaucoup de circulation à cette heure-là.

Avant que le véhicule de Maxime Gobeil ne le dépasse, il apercevait les deux autres voitures de patrouille loin devant lui, a-t-il ajouté.

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LE POLICIER A LUI-MÊME APPELÉ LE 911

L’agent Maxime Gobeil a lui-même communiqué avec les services d’urgence pour signaler qu’un accident venait de se produire au coin du boulevard Dequen, mais il n’a pas indiqué sur les ondes policières qu’il était impliqué.

La pièce P-3 au procès du policier de la Sûreté du Québec contient les échanges entre la répartitrice du Centre de gestion des appels (CGA) et les patrouilleurs appelés à intervenir sur un cas de priorité 1 pour de la violence conjugale à Sainte-Jeanne-d’Arc. Alors que les échanges portent sur les commentaires de la dame, victime de la colère de son conjoint, l’agent Gobeil interrompt la conversation sur les ondes.

« Excusez, je vous coupe, là, (inaudible) un accident en face de Rousseau », dit-il.

« On a un accident, tu dis ? », réplique la répartitrice.

« Ouais. Envoie l’ambulance en face de chez Rousseau, à Mistassini », reprend le patrouilleur.

« C’est sur quelle rue ça ? », demande le CGA.

Et un autre policier de dire que ça se situe sur la rue Dequen, pas loin de la rue Rousseau.

La conversation se poursuit entre divers intervenants où l’on précise que deux véhicules sont impliqués et que des gens sont arrivés en direct sur l’accident.

Admission

D’autre part, les avocats ont procédé à quelques admissions avant que Me François Godin, de la Couronne, ne déclare sa preuve close. 

Il est admis que Georges Martel, le conducteur impliqué dans l’accident, n’avait ni alcool ni stupéfiant dans l’organisme, qu’il n’avait consommé que de l’acétaminophène (Tylenol), qu’il n’avait aucun problème d’audition et que la vision n’était pas en cause.

Les deux procureurs ont aussi admis que c’est le véhicule 21-10 qui a été identifié pour se rendre sur les lieux de la violence conjugale, mais sur les ondes radio, il est précisé par un supérieur, à deux reprises, que Maxime Gobeil pouvait s’assigner pour l’appel de Sainte-Jeanne-d’Arc.

Le procès reprend le lundi 1er octobre avec les témoins de la défense. Quatre journées sont prévues, alors que la cinquième de la semaine devrait permettre à Me Godin et à Me Touma de livrer leurs plaidoiries