René Labbé, du GIAT, attend la concrétisation du réseau Alira depuis 20 ans.

Jumeler les travailleurs saisonniers et temporaires

Faire travailler les employés de centres de ski dans les clubs de golfs l’été, les paysagistes dans les entreprises de déneigement. Depuis plus de 20 ans, le jumelage de main-d’œuvre fait partie des solutions évoquées pour réduire le chômage saisonnier dans la région. Et le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’a jamais été aussi près d’y parvenir.

Créé par le Groupe Inter-Action Travail (GIAT), un organisme à but non lucratif, le nouveau réseau Alira favorisera l’échange de main-d’œuvre saisonnière et temporaire, mais aussi de ressources matérielles.

Le projet en est à ses balbutiements avec une première subvention de 20 000 $, confirmée il y a à peine quelques semaines par la CIDAL et Essor 02. Un logiciel a aussi été conçu par le Collège d’Alma pour ce projet qui sera d’abord déployé sur le territoire de la MRC Lac-Saint-Jean-Est avant de s’étendre à toute la région. 

Le projet est dans les cartons depuis deux décennies. Malgré une légère diminution du taux de chômage, les besoins sont toujours là. La région compte actuellement 4500 chômeurs et 4700 postes disponibles, selon les chiffres du GIAT. 

« On attend ça depuis 20 ans. À l’époque, on appelait ça “le projet saisonnier”. Tous les intervenants de la région voulaient un outil ou des mesures pour augmenter le nombre d’heures travaillées des chômeurs et réduire le nombre d’heures de travail non comblées », résume René Labbé, directeur du GIAT.

« Je vais toujours me souvenir de ce père de famille qui m’a dit à cette époque que s’il pouvait travailler un mois de plus par année, il pourrait amener ses enfants au restaurant. C’est 20 ans plus tard, mais on en a encore bien besoin », ajoute M. Labbé, précisant que c’est le manque de financement qui a retardé la concrétisation du projet.

La réforme de l’assurance-emploi par le dernier gouvernement fédéral a encouragé cette mobilité, mais il y a encore du chemin à faire.

Le réseau a cependant bien évolué au fil des deux dernières décennies. Si, au départ, le projet devait s’adresser uniquement aux travailleurs saisonniers, il servira à tous les autres emplois temporaires. 

« Le marché du travail est toujours en mouvement, peu importe la période dans l’année. Et les besoins, il y en a partout. Il y a de plus en plus d’emplois temporaires, notamment dans le domaine de la production agroalimentaire ou industrielle. Par exemple, une entreprise doit livrer une grosse commande et doit embaucher temporairement des gens pour l’emballage. Ce sont des cas que l’on voit souvent et ces emplois-là ne sont souvent pas comblés. Les entreprises n’investissent pas dans l’affichage de postes et les travailleurs ne veulent pas y aller juste pour trois semaines. Notre réseau servira donc à arrimer tous ces emplois qui permettront aux employés de travailler plusieurs heures », explique M. Labbé. 

Contrairement au site traditionnel d’affichage de postes, les emplois et les candidats seront évalués par le GIAT pour placer les bonnes personnes aux bons endroits. 

« Il y aura ainsi de meilleurs jumelages et moins de perte de temps. C’est important que la personne fasse quelque chose qui convient à ses intérêts, sinon elle sera toujours tentée de chercher ailleurs, même si c’est temporaire. Parce que le but est d’avoir une certaine stabilité dans cette mobilité. »

Le GIAT offrira aussi des échanges d’employés professionnels ou administratifs. 

Un informaticien pourrait ainsi se décrocher un travail à temps plein, mais partagé entre deux ou trois entreprises. 

« Des organisations ne sont pas capables de retenir leurs ressources, car le budget ne le permet pas. Et ils ont des besoins pour moins de 10 heures par semaine. En se réunissant, des organisations pourront se payer une ressource à temps plein », décrit le directeur du GIAT. 

Échange de ressources

Le réseau qui sera mis en place dans les prochains mois favorisera le partage de matériels entre les organisations et les entreprises. Une façon de maximiser l’utilisation de ces équipements dispendieux.

« Une entreprise qui se sert trois fois par année d’une machinerie particulière pourra l’offrir aux autres entreprises qui n’ont peut-être pas les moyens de s’en procurer une », donne en exemple M. Labbée.

Une offre d’emploi pour dénicher un conseiller en ressources humaines pour le réseau Alira a été lancée il y a quelques jours. 

Cette personne devra mettre en place les outils de recrutement et rencontrer les employeurs au cours des prochains mois.