Josée Néron et Marc Asselin déçus de Rio Tinto

La mise en veilleuse des projets AP60 du Complexe Jonquière et de l’usine de production de billettes à Alma déçoit grandement la mairesse de Saguenay, Josée Néron, qui se propose de rencontrer la direction de Rio Tinto afin de faire le point sur l’état de situation.

Interpellée alors qu’elle faisait son entrée à la Soirée des ambassadeurs, mercredi, Mme Néron n’avait pas été informée par la compagnie de la décision de mettre sur la glace les deux dernières phases de l’usine-pilote AP60. « Je suis très déçue d’entendre cette nouvelle. Je crois que le projet Elysis est en train de prendre tout son sens. Il faut travailler ensemble pour qu’on puisse trouver des solutions et c’est en ces moments qu’une organisation comme Promotion Saguenay devient importante », a déclaré Mme Néron. La mairesse a mentionné qu’il fallait s’assurer que la compagnie maintienne les emplois actuels.

Présent pour accompagner la mairesse, le conseiller et grand argentier du conseil municipal, Michel Potvin, soutient que l’annonce faite par Rio Tinto rend plus nécessaires que jamais les grands projets de développement économique pour la région. Selon lui, Saguenay doit focusser sur le développement de projets énergétiques durables et renouvelables. Il a ajouté qu’en novembre prochain, une délégation en provenance du Saguenay se rendra au Pérou à l’occasion d’un événement spécialisé afin de tenter de créer de la synergie avec d’éventuels partenaires.

Le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, a affirmé que le contexte économique actuel est complexe. Selon lui, le projet Elysis, qui vise la production d’aluminium sans utilisation d’anodes et de cathodes au carbone, deviendra stratégique pour l’entreprise.

Invité à réagir à chaud lui aussi, le préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, Gérald Savard, a dit trouver dommage le suspens des deux projets, mais conserve l’espoir qu’un jour ils sortiront des cartons et se concrétiseront. « Ils (Rio Tinto) ont toujours démontré de l’intérêt pour notre région. S’ils ne le font pas présentement, c’est une question de prix de l’aluminium », a-t-il conclu.

Réactions à Alma

Invité lui aussi à réagir, le maire almatois Marc Asselin s’est dit quelque peu déçu, mais pas tout à fait surpris de l’annonce du report du projet d’usine de production de billettes. « L’usine de production de billettes et Alma 2 sont sur la glace sans date prévue pour leur mise en chantier, mais il semble que le milieu de l’aluminium vit une crise avec des prix du tonnage trop bas. » Il ajoute que Rio Tinto dispose toujours d’un positionnement majeur avec l’utilisation de l’hydroélectricité, mais qu’il ne dispose pas de grands pouvoirs pour les inciter à investir.

Selon lui, les discussions sur les investissements de Rio Tinto doivent être tenues à l’échelle nationale avec la possibilité « de tordre quelque peu des bras ». « Alors que la région produit l’aluminium le plus vert au monde et que l’avenir est à l’utilisation d’anodes sans production de CO2, il n’en demeure qu’elle fait face à son lot d’inquiétudes avec la foresterie qui montre des signes de faiblesse. »

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UNE DÉCISION INCROYABLE, SELON SYLVAIN GAUDREAULT

« Une décision incroyable dont la compagnie Rio Tinto n’a même pas pris la peine d’aviser les élus et les médias régionaux. »

C’est ainsi qu’a réagi à brûle-pourpoint le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, à l’annonce du report des projets AP60 et de l’usine de billettes almatoise. « Je suis dans une colère sans nom. Je suis inextinguible à l’idée que le projet AP60 soit toujours reporté à la suite de l’entente intervenue en 2006, à la suite de la crise de 2008. Il n’y a rien qui n’a pas été sorti pour reporter les engagements qui ont été renouvelés pas plus loin que le 24 juillet 2018 », déclare M. Gaudreault.

Ce dernier reprend l’argumentation du SNEAA-Unifor voulant que la division aluminium de Rio Tinto doive investir maintenant afin de se préparer à une reprise du marché dans quelques années même s’il est conscient que l’économie mondiale est en phase de ralentissement.

L’engagement à réaliser les 16 cuves d’AP60 avait réussi à faire avaler la pilule, mais le député n’en revient pas que la compagnie recule sur son engagement.

Au cours des prochains jours, M. Gaudreault se propose d’interpeller le gouvernement Legault et la ministre Andrée Laforest afin de savoir comment le tout s’est déroulé dans les coulisses et comment ces élus ont accepté cette décision. « On doit se questionner sur leur attitude. Va-t-on courber le dos ou bien défendre l’utilisation de nos ressources naturelles ? »

M. Gaudreault se souvient qu’en 2003, à titre de ministre, il a travaillé pour le prolongement des salles de cuves précuites du Complexe Jonquière. Selon lui, tout le monde a fait sa part, sauf Rio Tinto Aluminium dont la direction provient essentiellement de la filière minière.

À quelques jours d’une élection fédérale, M. Gaudreault ne croit pas qu’il y ait un hasard dans l’annonce faite mercredi puisque le tout « a été orchestré minutieusement ».