L’ancien directeur général de Promotion Saguenay, Ghislain Harvey, est finalement sorti de son mutisme, lundi, lui qui a été au coeur de l’actualité pour une grande partie de 2017 sans jamais réagir publiquement.

«Je me tourne les pouces»

Ghislain Harvey, l’homme fort du régime de l’ex-maire de Saguenay Jean Tremblay, croyait que ça n’arrivait qu’aux autres de se faire virer lors d’un changement de garde au sein du pouvoir politique et il considère encore aujourd’hui avoir été victime d’un congédiement déguisé.

Celui qui a dirigé le régime Tremblay pendant 20 ans a effectué, au cours de la journée de lundi, une série d’entrevues pour briser le silence qui a caractérisé son retrait de la vie publique depuis l’élection de la nouvelle mairesse Josée Néron. Le principal intéressé, qui connaît très bien les lois non écrites de la politique pour avoir lui-même été député et œuvré en coulisses pendant toute sa carrière, ne croyait pas finir de la sorte.

« On pense toujours que ces choses-là n’arrivent qu’aux autres. Que ça ne nous concerne pas », a-t-il répondu. Il se serait attendu à ce que la mairesse Josée Néron lui téléphone pour lui faire part de son incapacité de travailler avec lui afin d’assurer une transition plus paisible à la tête de Promotion Saguenay. Il considère qu’il n’a reçu aucune prime de séparation de son ancien employeur de qui il a, selon ses propos, été congédié sans aucune élégance malgré le travail réalisé à la tête de Promotion Saguenay.

Ghislain Harvey va surtout s’ennuyer des tractations de coulisses avec les chefs de cabinet des ministres, des contacts dans les bureaux du premier ministre et de faire jouer son influence dans les différentes sphères des paliers de gouvernement pour faire débloquer les projets. Il adorait naviguer dans ces cercles du pouvoir et ne ferme pas la porte à un autre emploi de cette nature. « J’aurais voulu garder mon emploi. Dans mon esprit, je voulais travailler jusqu’à 80 ans. Je me tourne les pouces à la maison depuis que je suis à la retraite », reprend-il.

À la limite, il admet qu’il aurait dû quitter la direction de Promotion Saguenay il y a trois ans, après s’être absenté pour une intervention chirurgicale majeure. Il aurait pu selon lui assumer un rôle-conseil tout en permettant à Priscilla Nemey de se mettre en selle solidement.

L’ancien directeur de cabinet de Jean Tremblay énumère tous les dossiers auxquels il a été associé (Nordia, village portuaire de La Baie, desserte ferroviaire, pour ne nommer que ceux-là), et que son influence a permis de faire débloquer pour finalement se faire mettre dehors à coups de pied dans le derrière. Il n’a pas l’intention de poursuivre Promotion Saguenay puisqu’il respecte les administrateurs qui ont fait un travail de qualité, selon ses propos.

Ghislain Harvey va encore plus loin quand il fait allusion à la résolution du conseil municipal qui recommandait la suspension de Priscilla Nemey. Il s’agit selon lui de la pire « vacherie politique qu’il lui a été donné de voir pendant sa carrière ». Il ne se gêne pas pour demander publiquement au conseiller municipal Michel Potvin de reprendre de A à Z le dossier de Promotion Saguenay afin que la Ville présente des excuses publiques à Mme Nemey.

Il affirme qu’il fera tout en son pouvoir pour corriger cette grande injustice et vise spécifiquement les conseillers municipaux Jonathan Tremblay et Carl Dufour, en plus de Josée Néron, qui ont piloté cette résolution.

Ghislain Harvey assure ne pas être en campagne pour Priscilla Nemey à l’investiture libérale fédérale dans Chicoutimi-Le Fjord : « Je pense que Priscilla est pas mal futée de la politique», a-t-il conclu.


« J’aurais voulu garder mon emploi. Dans mon esprit, je voulais travailler jusqu’à 80 ans. Je me tourne les pouces à la maison depuis que je suis à la retraite. »
Ghislain Harvey

À l’aise avec ses primes

Ghislain Harvey maintient que les 2 225 000 $ de fonds publics qui lui ont été versés depuis 2012 pour la terminaison de son contrat à l’Office municipal d’habitation de Saguenay (200 000 $), son régime de retraite à Promotion Saguenay (1,6 M$) et sa compensation salariale pour avoir quitté la direction de l’organisme de développement économique qu’il a créé (425 000 $) découlent d’ententes convenues librement avec les administrateurs de ces OSBL et qu’il n’a pas à rougir de cette situation.

En remettant au Quotidien le contrat d’embauche signé le 26 juin 2002 avec l’OMH, Ghislain Harvey a confirmé avoir reçu une indemnité de départ de 200 000 $ en 2012 ou 2013 alors que le gestionnaire Fernand Houle l’avait contacté pour statuer sur son congé sans solde. De façon officielle, Ghislain Harvey n’a travaillé que cinq mois sous ce contrat puisqu’il a été embauché à Promotion Saguenay le 12 décembre 2002.

« Je ne suis pas un gars qui va prendre de l’argent qui ne lui appartient pas. Par contre, un contrat est sacré pour moi. J’ai fait plus que remplir mes obligations et il est normal que l’autre partie respecte ses engagements », insiste le principal intéressé qui ne cache pas que tout ce qui entoure son départ de Promotion Saguenay n’est pas agréable à vivre pour ses proches.

Quant au régime de retraite dans lequel Promotion Saguenay, selon les états financiers, devra verser 1,6 M$, Ghislain Harvey maintient qu’il s’agit d’une entente qui ressemble à ce que les fonctionnaires municipaux obtiennent. Promotion Saguenay a versé jusqu’à maintenant 1,4 M$ dans ce fonds de retraite et devra verser, selon Ghislain Harvey, une somme additionnelle pour compléter le régime (300 000 $ approximativement).

Il dit avoir appris l’existence du régime surcomplémentaire de retraite dans le contrat du mois de juin puisqu’il gagnait plus de 140 000 $ par année. Ghislain Harvey a donc droit, selon ce contrat, à deux régimes de retraite et Promotion Saguenay aura la responsabilité actuarielle du régime principal. « On me mentionne que ce seront des sommes mineures dans le futur », a assuré le retraité qui souhaite toucher 60 000 $ par année. Sa conjointe, quant à elle, touchera 60 % de ce montant lors du décès du bénéficiaire du régime.

Ghislain Harvey a transféré son régime de retraite de l’OMH dans la caisse de retraite constituée par Promotion Saguenay. Lundi, il ne pouvait préciser le montant (entre 300 000 $ et 500 000 $).