Mathieu Détraz était de passage à Barcelone depuis le 15 août. On le voit ici lors d'une visite du stade du FC Barcelona.

"J'aurais pu être là"

«On a vu la foule courir dans notre direction. Là, on a compris qu'il y avait quelque chose d'anormal.» Le Jeannois Mathieu Détraz venait de quitter La Rambla lorsque le drame s'est produit.
«À peine 2h20 avant, j'étais à La Rambla avec ma famille. J'étais là. Je marchais là. L'instant où ça s'est passé, j'aurais pu être là. On avait décidé d'aller tranquillement vers le port. Il s'est mis à y avoir beaucoup de bruit, des autos de police, des ambulances... On s'est dit que c'était normal dans une grande ville. On a décidé de remonter la rue, vers La Rambla. Soudainement, on a vu une foule courir en notre direction. Là, on a compris qu'il y avait quelque chose d'anormal. C'est le moment où j'ai eu le plus peur. Je n'avais plus d'émotions. J'étais comme vide.»
Mathieu Détraz a eu la présence d'esprit de diriger toute sa famille vers une boutique. «La première boutique qu'on a vue, on est rentrés dedans et on est allés au fond. Nous avons été bloqués dans la zone. La Rambla était à 100 ou 200 mètres de moi. Les policiers avaient peur qu'on sorte. On voyait des dizaines d'ambulances et des hélicoptères. On a su tout de suite que c'était comme à Nice (NDLR: lors des attentats du 14 juillet 2016). C'était comme dans un film. L'évacuation a été très rapide. Il y avait des démineurs sur place. Quelques heures après, tu te rends compte que tu passes par toute la gamme des émotions.»
Mathieu Détraz, dont les parents habitent à Saint-Prime, est à Barcelone avec sa marraine, son oncle et deux de ses cousins. Tous sont originaires de la France. Lui-même est né en France, mais a grandi au Lac-Saint-Jean. Il habite maintenant à Québec puisqu'il étudie à l'Université Laval. «Je suis allé voir ma famille deux semaines en France et ma marraine m'a demandé quelle autre destination je voudrais voir. J'ai dit Barcelone. On peut pas prévoir ces choses-là.»
Il a rapidement joint les membres de sa famille restés au Québec pour les rassurer. «Je n'ai jamais vu mon père sous le choc de même. Tout le monde a craint le pire.»