Le directeur général de Leucan en région, Jacques Tremblay, a eu des ennuis de santé cette année. Il croit que son expérience lui a permis de mieux comprendre la réalité des enfants malades et de leurs familles.

Jacques Tremblay, DG de Leucan: voir la maladie de l'intérieur

Le directeur général de Leucan au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Jacques Tremblay, s’apprête à détacher la dernière page de son calendrier 2017. Douze mois qu’il n’est pas près d’oublier au plan professionnel, parce qu’au cours de cette période, l’organisme a admis neuf nouvelles familles, assisté aux rechutes de quatre enfants et perdu un bambin. Au plan personnel aussi, puisque le DG, mis sur le carreau pendant huit semaines, a pu voir la maladie de l’intérieur.

Victime d’un infarctus en août dernier, Jacques Tremblay convient que son drame n’a pas été le même que celui auquel sont confrontées les quelque 240 familles soutenues par Leucan en région. Mais le fait de se retrouver dans l’engrenage de la maladie, d’être ralenti par ses moindres soubresauts et forcé de revoir ses priorités lui a permis de mieux comprendre ce que vivent les enfants et leurs proches, dès le diagnostic de cancer. Un peu comme une crise de coeur, le verdict arrive généralement de façon sournoise et sans crier gare. Il est aussi brutal qu’un coup de fouet et provoque beaucoup d’inquiétude.

Le directeur commençait ses vacances lorsqu’il a subi un malaise cardiaque. L’opération qu’il a dû subir et la convalescence subséquente l’ont tenu à l’écart du bureau pendant deux mois. Une période fertile en moments de solitude, de remises en question, de prises de conscience et d’introspections. 

«Je savais déjà que les axes d’intervention de Leucan étaient importants, mais le fait de tomber malade m’a permis d’en prendre réellement conscience. J’ai pu faire un lien direct avec la maladie parce que je l’ai vue de l’intérieur et parce que je suis passé par là. J’ai été capable de voir tout le processus et de réaliser que la vie ne tient vraiment qu’à un fil. Tu ne sais pas ce qui t’attend», a résumé Jacques Tremblay, à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès.

Explosion des cas

Deux-mille-dix-sept a été une «grosse année», donc, pour l’organisme caritatif devenu l’oeuvre chouchou de bien des Saguenéens et des Jeannois. Une année qui s’inscrit dans une tendance enregistrée depuis 2012, caractérisée par l’explosion du nombre de cas de cancers infantiles en région. En cinq ans, Leucan a accueilli 59 familles dites «actives». Cela signifie qu’elles requièrent des services sur une base régulière. Pendant cette même période, 12 enfants Leucan ont fait une rechute et 11 sont décédés. Ce qui donne froid dans le dos, en regardant les chiffres de près, c’est de constater qu’au cours des deux dernières années, 21 familles «très actives», soit celles toujours en traitement et recevant la totalité des services dispensés par l’organisme, ont été admises en ses rangs. Quatre enfants ont subi une rechute et quatre autres ont été emportés par la maladie entre janvier 2016 et aujourd’hui. 

«Au plan humain, on ne peut rester insensible à ça. On s’attache à ces familles-là et quand on a des rechutes et des décès, c’est très difficile. Quand tu en perds un que tu as accompagné tout au long de la maladie, ça fait mal. Dire que le départ de Tristan cet été n’a pas affecté les troupes serait mentir. On est parfois confrontés à l’impuissance. On aimerait tellement pouvoir en faire plus», confie le directeur.

Mais Leucan en fait déjà beaucoup et c’est pourquoi les régionaux donnent sans relâche, année après année, en soutien aux enfants atteints de cancer et à leur famille. À la fin de l’exercice financier 2016-2017, Leucan Saguenay-Lac-Saint-Jean a pu se targuer d’être l’un des premiers chapitres régionaux à atteindre la pleine autonomie financière, grâce à la collecte de 500 000$ en dons. Ce n’est pas rien, considérant que 92 pour cent des contributions proviennent du public.

Riche

La prochaine année s’annonce fort riche en événements pour Leucan, qui annoncera bientôt de nouveaux partenariats corporatifs. Au plan personnel, Jacques Tremblay doit toutefois revoir ses plans. Sur ordre de son médecin, il ne courra pas la totalité de l’Ultramarathon le 31 mai, comme il souhaitait le faire. En bon capitaine, il sera tout de même présent pour soutenir ses coéquipiers et enchaînera probablement quelques kilomètres, à son rythme, lui qui a repris l’entraînement. D’ici là, le directeur a bien l’intention de mettre à profit l’expérience acquise au cours des derniers mois et de la transposer auprès des jeunes.   

«La maladie conscientise parce que pendant x temps, tu embarques dans le rôle de ceux qui sont malades. Mais toi, tu as le privilège de t’en sortir», fait-il valoir. Tout au long de l’année, les paroles d’une chanson populaire se sont retrouvées sur les lèvres de nombreux enfants du Québec et de la France. Rappelle-moi le jour et l’année. Rappelle-moi le temps qu’il faisait. Et si j’ai oublié. Tu peux me secouer. C’est ce que Zaz a chanté. Ces mots font écho aux propos du directeur général de Leucan qui, chaque jour, se lève en se disant «j’espère que je vais toujours me rappeler de ça».


« Je savais déjà que les axes d’intervention de Leucan étaient importants, mais le fait de tomber malade m’a permis d’en prendre réellement conscience. J’ai pu faire un lien direct avec la maladie parce que je l’ai vue de l’intérieur et parce que je suis passé par là. »
Jacques Tremblay

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L'argent du coeur

Amasser de l’argent est un défi. Rassembler des gens autour d’une cause, les rapprocher et créer des liens indélébiles en est un second. La petite équipe régionale de Leucan, longtemps qualifiée de «boîte à idées» par la section nationale, opère des miracles année après année. 

Défi des chefs, Ultramarathon, têtes rasées, dégustation de prestige. Ces événements rapportent des sous, mais ils font aussi naître des amitiés. En contexte de décroissance économique, les acteurs du monde philanthrope doivent faire preuve d’audace pour garnir les coffres de leurs oeuvres caritatives. Comme le précise le directeur général, Jacques Tremblay, Leucan s’est donné pour mission de faire vivre des expériences inoubliables à ses donateurs. 

«Les gens veulent se commettre, mais ils veulent aussi se retrouver dans ce qu’ils vont vivre. Au-delà des impacts financiers, je veux que les gens vivent quelque chose d’inoubliable. Quand je fais des présentations, je dis toujours au monde : ‘‘Vous allez voir, je vais vous faire faire un maudit beau tour!’’», lance le directeur.

La jeunesse, la santé et l’éducation sont des créneaux qui viennent chercher les gens. 

«Les jeunes, c’est la relève, c’est la société de demain et la population est sensible à ça», note Jacques Tremblay. 

À entendre le directeur parler, on finit par croire que Leucan est une grande famille qui veille sur une constellation de plus petites, qu’elle protège et à qui elle vient en aide. C’est comme si chacune de ces cellules était un enfant, un visage. En bon parent, Leucan les aime à parts égales et se dévoue pour elles inconditionnellement, sans égard à la provenance ou au rang. En dépit du drame qui est le leur, ces familles trouvent le moyen de redonner à Leucan.

«Les familles nous donnent du gaz. On aimerait tellement en faire plus pour elles. Mais parfois, le simple fait de les appeler pour leur demander comment ça va, ç’a une valeur immense pour eux. Et malgré le tourbillon de la maladie et des traitements, il y en a plusieurs qui continuent de s’impliquer pour Leucan. On a même des familles endeuillées qui participent encore à nos événements deux ans après avoir perdu en enfant. Ces gens-là nous en redonnent tellement», termine Jacques Tremblay.