Intervention inappropriée dans l'embauche au SPS: deux policiers sous enquête

Un processus d’embauche au Service de police de Saguenay (SPS) a tellement mal tourné qu’une enquête interne a été déclenchée afin de voir si un gradé et un syndiqué ne seraient pas intervenus à la faveur d’un candidat, qui a finalement été rejeté. Et ce n’est pas tout, ce même candidat poursuit celui qui aurait déconseillé son embauche.

La direction du SPS confirme l’enquête interne et défend le processus de recrutement, affirmant qu’il est fait de manière intègre.

Selon les informations obtenues par Le Quotidien, l’événement se serait produit lors de la période d’embauche de patrouilleurs de 2018 au Service de police de Saguenay.

Bon an mal an, environ 200 diplômés de l’école de police ou d’agents possédant une expérience déposent leur curriculum vitae au SPS en espérant être sélectionnés pour les tests d’aptitudes et psychométriques.

Un comité de sélection, composé notamment de membres de l’état-major et d’officiers, est formé afin d’évaluer et de retenir les meilleurs candidats.

Un de ceux-ci, qui possède une certaine expérience comme policier, a véritablement cru en ses chances de faire sa place au sein du corps policier de Saguenay, surtout qu’un officier aurait laissé voir clairement qu’il ferait tout en son possible pour qu’il soit retenu.

Tout semblait aller comme sur des roulettes jusqu’au jour où l’aspirant a reçu une lettre mentionnant que sa candidature n’avait pas été retenue.

Le père de ce candidat n’a pas apprécié que le gradé de la police de Saguenay ne respecte pas sa parole et a communiqué avec les autorités policières pour leur faire part de son mécontentement.

Durant la discussion, l’homme aurait affirmé que la raison du rejet de son fils était due à un membre de l’état-major qui ne l’appréciait pas.

Toujours selon une source du journal Le Quotidien, durant la même conversation téléphonique, le père du candidat rejeté aurait clairement identifié un autre membre du corps policier qui lui avait dit qu’il était pour faire le nécessaire afin que son fils soit retenu. Surtout, dit-il, que la direction tenait à l’avoir dans ses rangs.

Malgré les promesses qui auraient été faites, le candidat en question n’a pas été retenu. L’influence du gradé du Service de police de Saguenay n’aurait pas joué de rôle.

Le candidat n’aurait pas été choisi, toujours selon nos informations, après qu’un membre du comité de sélection ait contacté un policier, membre du SPS, afin de savoir ce qu’il pensait du candidat en question. L’agent connaissait très bien le prospect.

Ce policier n’aurait pas émis des propos positifs et a suggéré à la direction de ne pas le prendre au sein du corps policier (lire autre texte).

Enquête

Pierre Girard, inspecteur à l’administration policière du SPS, confirme qu’une enquête interne a été menée à la suite des informations remises à la direction.

« Une enquête a été menée et elle concerne un gradé et un syndiqué. L’enquête n’est pas encore terminée », indique M. Girard.

Quant au président de la Commission de la sécurité publique, le conseiller Kevin Armstrong, il n’est pas au courant de l’enquête interne, car le milieu politique n’est pas avisé de ces situations.

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«UN PROCESSUS RIGOUREUX»

L’embauche des nouveaux policiers à Saguenay ne se fait pas sur un coin de table ou en pigeant dans un sac. Le processus est mené de façon rigoureuse afin de sélectionner les meilleurs candidats disponibles possible.

Inspecteur de l’administration policière au Service de police de Saguenay (SPS), Pierre Girard défend ardemment le processus de recrutement de l’un des dix plus importants corps policiers du Québec, en précisant que la direction tente de choisir les candidats qui répondront au profil établi avant le processus d’embauche.

« Je peux vous assurer, à 400 pour cent, que notre processus de recrutement est intègre. Nous recherchons les candidats qui répondront au profil que nous avons établi », note M. Girard.

« Et cela ne signifie pas qu’un candidat, qui est écarté du processus, n’est pas apprécié. C’est qu’il ne correspond pas au profil déterminé », ajoute Pierre Girard, qui est responsable du comité de sélection des candidats policiers.

On précise aussi que les prospects doivent passer une panoplie de tests, dont un polygraphe, afin de recueillir les meilleures informations.

Ils analysent le savoir-faire des candidats, mais aussi le savoir-être des futurs policiers.

Pierre Girard ajoute que depuis les dernières années, les membres du comité de sélection analysent sérieusement les résultats obtenus à l’école nationale de police, en raison de l’importance de cette formation et non pas uniquement sur l’entrevue avec le comité de sélection.

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LE CANDIDAT REJETÉ VEUT POURSUIVRE

Le candidat floué du processus de sélection au Service de police de Saguenay (SPS) veut intenter une poursuite civile de 216 000 $ contre le policier qui a recommandé à la direction de ne pas l’embaucher et parce qu’il aurait tenu des propos négatifs, mensongers et diffamatoires à son endroit.

Le Quotidien a mis la main sur la demande introductive d’instance déposée le 4 mars 2019 à la Cour supérieure du Québec (chambre civile). 

Le demandeur (dont nous taisons pour l’instant l’identité, de même que celle du policier concerné) estime que la personne visée par la requête a tout fait pour nuire à sa candidature et fait en sorte qu’il ne puisse exercer le métier de policier dans la ville où il est né.

Policier possédant une expérience, formée à l’École nationale de police de Nicolet, le demandeur précise avoir vu sa candidature être rejetée en raison de la mauvaise foi et par la faute intentionnelle du patrouilleur contacté.

Dans le document d’une dizaine de pages envoyé à la Cour supérieure du Québec, le poursuivant précise qu’une personne du SPS a rencontré son père afin de lui donner quelques conseils pour permettre au futur policier d’être admis à la deuxième entrevue du processus d’embauche. 

Il prétend, dans la poursuite, que l’état-major du SPS tenait à obtenir ses services. 

Lorsque le candidat a reçu la réponse négative du comité de sélection, son père a confronté le policier poursuivi afin d’en savoir davantage sur les propos peu élogieux qu’il aurait tenus à l’endroit de son fils.

Dans la requête introductive, le plaignant précise que le policier aurait mentionné que « ses collègues du poste de police ne voulaient rien savoir de lui et qu’ils verraient à lui faire savoir si jamais il était embauché ».

Il faut savoir que le poursuivant avait essuyé un premier refus pour un poste de policier à Saguenay lors du processus de 2017, avant de tenter sa chance à nouveau en 2018.

Le candidat rejeté réclame donc 146 463, 94 $ en pertes de revenus, 45 000 $ pour atteinte à la réputation et 25 000 $ en dommages exemplaires pour un total de 216 463,94 $.

Le plaignant exige aussi des excuses publiques de la personne poursuivie, au SPS et à ses collègues de la police.