Malgré l’annonce faite par Québec et Ottawa récemment, il est difficile de savoir quels secteurs de la région pourraient bénéficier rapidement d’un meilleur accès à Internet haute vitesse.

Internet haute vitesse: de longs délais à prévoir

Ottawa et Québec ont annoncé, il y a deux semaines, le branchement à Internet haute vitesse de quelque 3700 foyers dans la région, suscitant l’espoir dans plusieurs milieux. Mais après vérifications, les citoyens pourraient attendre encore longtemps avant d’avoir accès à des services Internet dignes du XXIe siècle.

Sept projets, rappelons-le, ont été retenus, totalisant des investissements de 6,1 millions $ de la part des gouvernements, de Bell Canada et de la municipalité de Ferland-et-Boilleau. 

Un seul consiste à brancher directement des citoyens, soit celui de Ferland-et-Boilleau. C’est d’ailleurs l’unique projet mené conjointement par une municipalité et une entreprise de télécommunications.

Les six autres, obtenus par Bell, visent à augmenter la capacité de réseaux. Cette nouvelle capacité, qui sera mise en place d’ici 2021, ne signifie pas que l’entreprise donnera de nouveaux services à la porte. Bell pourrait l’offrir, mais elle pourrait aussi attendre l’arrivée d’une seconde vague du programme pour financer ces branchements. 

Par ailleurs, impossible de connaître les lieux exacts des projets retenus. Les gouvernements ont confirmé les secteurs touchés, soit Ferland-et-Boilleau, L’Abattis à Sainte-Rose-du-Nord, le secteur Le Boom de Saint-Félicien, Saint-Charles-de Bourget, Saint-David-de-Falardeau, L’Anse-Saint-Jean, le Poste-des-Villeneuve à La Baie et Saint-Honoré. Les élus de ces secteurs ne connaissent pas les quartiers ou endroits dans leur municipalité où ces services seront améliorés.

Le plus gros investissement est d’ailleurs dans le secteur de Saint-Honoré. Plus de 1,4 million $ seront investis par Bell et les gouvernements.

« On ne sait pas qui sera touché et à quel endroit », confirme le maire, Bruno Tremblay, et plusieurs concitoyens attendent avec impatience de meilleurs services.

La mairesse voisine, Catherine Morissette, abonde dans le même sens, alors que les besoins sont aussi criants à Saint-David-de-Falardeau. « L’entreprise nous demande d’adopter des résolutions pour ces projets et c’est sûr qu’on accepte, car les entreprises qui veulent faire des projets sont rares. Mais on ne sait pas non plus c’est à quel endroit », commente Mme Morissette.

Du côté du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, qui gère le programme Québec branché, on a accepté de confirmer la nature des projets (service à la porte ou augmentation de capacité), mais la représentante n’avait pas les autorisations nécessaires pour identifier les lieux exacts.

« Les informations touchant la localisation des installations contenues dans les projets présentés appartiennent aux demandeurs. Pour connaître les endroits précis qui seront desservis, veuillez vous adresser directement aux promoteurs du projet », invite Fannie Charette-Pépin, du ministère.

Jointe la semaine dernière, la porte-parole de Bell a indiqué qu’il était trop prématuré pour dévoiler les secteurs précis qui bénéficieront, dans un avenir de quelques années, de meilleurs services. 

À Industrie Canada, qui a lancé le programme auquel s’est joint Québec, il a été impossible de parler de vive voix à un représentant. 

Certains critères n’ont pas favorisé le Saguenay-Lac-Saint-Jean

Le cabinet du premier ministre a confirmé au Quotidien que ce n’est pas par manque d’argent que le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’a reçu que 1 % des subventions de son gouvernement, mais bien par manque de projets conformes. 

Sur les quelque 105 millions $ injectés par Québec, 1,6 million $ servira aux sept projets dans la région. Pourtant, des milliers de Jeannois et Saguenéens attendent avec impatience de meilleurs services.

La principale raison demeure les critères du programme fédéral auquel s’est joint Québec. Les entreprises de télécommunications devaient déposer des projets dans les secteurs considérés « mal desservis », qui n’ont pas accès à des vitesses de 5/1 Mbps. Ces dernières devaient se fier à une carte qui indiquait que 99 % de la région était déjà très bien desservie. Selon l’Agence interrégionale de développement des technologies de l’information et des communications (AIDE-TIC), un organisme à but non lucratif, cette carte n’était pas entièrement juste.

« On considère que la carte ne reflétait pas la réalité des municipalités. Selon les fonctionnaires, notre région était bien desservie. On a communiqué avec Industrie Canada pour faire part de notre réalité, mais ils étaient fermés. Il fallait prouver l’absence de service par un rapport d’ingénierie ou par une enquête et des tests poussés. Notre organisation ne pouvait assumer les coûts de telles preuves pour faire valoir notre point », précise le coordonnateur de AIDE-TIC, André Nepton.

Le programme fédéral excluait également tout projet de téléphonie cellulaire et Internet mobile. Seuls les dossiers concernant Internet fixe étaient acceptés. C’est pour cette raison que le projet de tours cellulaires, dans les cartons de l’Agence et des municipalités depuis quelques années, n’a pas pu être déposé. Un projet de moins de 6 millions $ qui permettrait d’offrir les services à Internet mobile à toute la population de la région, de Notre-Dame-de-Lorette à Petit-Saguenay. « Dans son programme, le gouvernement fédéral a complètement exclu la téléphonie cellulaire et Internet mobile. Internet fixe demeure une bonne chose et on en a besoin. Mais il faut que les deux technologies se développent en parallèle. L’OCDE considère d’ailleurs que les pays qui ont eu les meilleures performances en matière de couverture pour Internet ont fait prioriser ce développement complémentaire », précise André Nepton, rappelant que Bell avait accepté de participer au projet régional. 

Évalué à 6 millions $ en 2016, le projet coûterait moins cher aujourd’hui, car deux sites prévus, soit celui de Petit-Saguenay et Sagard, seront réalisés dans les prochaines semaines. Bell a en effet publié des avis pour l’implantation de deux tours de télécommunication à ces endroits. Le gouvernement fédéral a ensuite confirmé que ces tours seront construites pour améliorer le service de communication en prévision du G7 à Charlevoix, en juin prochain.

« En enlevant ces deux sites, notre projet devrait impliquer 12 tours et un budget préliminaire de 4,5 à 5,5 M $. On a eu une belle ouverture du gouvernement provincial à l’époque et de notre partenaire Bell. Il aurait manqué le fédéral pour concrétiser le projet. Maintenant qu’Ottawa a réalisé deux sites seuls, est-ce que Québec pourrait compléter le reste de la région ? », laisse tomber M. Nepton.

Une dizaine de citoyens ont des problèmes liés à l’électricité et aux communications dans le secteur du chemin du Cap, dont Alexandre Jean.

Quartier mal desservi à Saint-Honoré: électricité et Internet réclamés

Internet est devenu aussi essentiel que l’électricité. Mais pour certains citoyens de Saint-Honoré, obtenir les deux services demeure difficile.

Quelques dizaines d’habitants du secteur du chemin du Cap vivent plusieurs pannes d’électricité dans l’année, doivent payer plus cher pour des services Internet à faible débit et ne peuvent même pas compter sur le téléphone de base.

Dans le quartier de villégiature, une cinquantaine de maisons cossues se sont construites, au cours des dernières années. Fatigués de ne pas avoir accès aux mêmes services que leurs concitoyens, plusieurs résidants ont décidé de se tourner vers la municipalité. 

« On a épuisé toutes nos stratégies. Les gens ont appelé chez les différents fournisseurs pour avoir de l’aide, mais ça tarde ou bien ils demandent qu’on paye pour les infrastructures », dénonce Alexandre Jean, un des habitants du quartier de villégiature. Une dizaine de citoyens ont raconté au Quotidien leurs problèmes liés au manque de services, dont l’électricité.

« Aucun des principaux fournisseurs de services ne peut se rendre dans notre secteur, car il y a une zone d’environ deux kilomètres sans poteaux, sur le chemin du Cap. Ça oblige Hydro-Québec à nous alimenter en électricité à partir d’un rang de la municipalité de Saint-Fulgence, de l’autre côté de la rivière Valin. Les pannes électriques sont donc plus fréquentes et durent généralement plus longtemps que pour la plupart des autres résidants de Saint-Honoré. Ça nous oblige à investir dans un système de génératrice avec tous les désagréments que cela apporte », témoigne un résidant.

« On a Internet, mais la bande passante n’est pas assez forte pour tous les habitants du secteur. J’ai un adolescent à la maison et on se sent mal, car s’il télécharge des vidéos, ça enlève du service aux autres. Et en plus, nos factures dépassent les 400 $ à 600 $ par mois », commente Alexandre Jean. 

Quatre citoyens, qui se sont faits porte-parole pour le secteur, ont effectué des représentations à la Ville, dans une rencontre à laquelle Le Quotidien a pu assister. 

Le maire Bruno Tremblay a d’emblée affirmé ne pas être au fait des problèmes vécus par les habitants du secteur. Il a également rappelé que la Ville ne pouvait intervenir, car ce sont des services offerts par le secteur privé. 

« Personne ne vous a forcés à vous établir à cet endroit », a rappelé le maire, ajoutant que ce secteur est considéré en villégiature.

Ce quartier a d’ailleurs mal démarré. Le promoteur était au départ un « squatteur ». Quelques chalets avaient été construits sans permis et à l’abri des regards. Mais le propriétaire n’a pas eu le choix de se légaliser lorsque son chemin n’était plus accessible. « Il a demandé à la municipalité de lui faire un chemin parce que le secteur était maintenant enclavé. On a appris l’existence du secteur de cette manière », explique le maire, qui n’était pas élu à cette époque. C’est d’ailleurs pour cette raison que le développement de poteaux électriques n’a été pas été réalisé en continu avec ceux de la municipalité. 

Quelques années plus tard, les lieux ne sont plus un secteur de chalets, mais de maisons dont la valeur frôle parfois les 500 000 $. « On a de belles grosses maisons, mais on a de la misère à avoir Internet et l’électricité. Ça ne devrait pas exister en 2017 », lance un citoyen furieux, rencontré à sa résidence du chemin du Cap.

Ce dernier, comme plusieurs autres, n’a pas de téléphone. La plupart comptent sur un système téléphonique via Internet. Puisque le lien est souvent utilisé à sa pleine capacité, il est impossible pour des citoyens de téléphoner. Et comme il n’y a pas de service de téléphonie cellulaire, lorsqu’il y a une panne, les gens ne peuvent pas appeler pour une urgence ou même signaler la panne.

« On a eu une panne majeure, récemment. Les gens ont manqué d’électricité pendant près de quatre jours. Pour plusieurs, c’était la goutte de trop », a constaté un autre résidant de l’endroit.

Le maire a accepté de créer un comité pour tenter de trouver des solutions. Le groupe devrait se rencontrer à nouveau dans quelques semaines.