Carl L'Espérance, propriétaire des Brasseurs Artisans, est heureux d'accueillir chaque jour Jannick Beaulieu en milieu de travail. Le stagiaire contribue au succès de l'entreprise.

Intégrés au travail et heureux!

La 26e édition de la semaine québécoise de la Déficience intellectuelle se tient du 9 au 15 mars sous le thème «Comme on se ressemble». Au cours de la dernière année, 1161 personnes présentant une déficience intellectuelle et 306 personnes ayant un trouble envahissant du développement ont bénéficié des services du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED) au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les services offerts sont nombreux. Le Progrès-Dimanche propose aujourd'hui le portrait de l'un d'entre eux, qui permet à plusieurs de se réaliser.
<p>Yvon Haché, propriétaire du IGA Extra Yvon Haché, est entouré des stagiaires qui évoluent dans son commerce, Marcel Jobin et Karine Martineau.</p>
Ils sont près de 700 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Des travailleurs vaillants, motivés, fiers. Une ou plusieurs fois par semaine, ils remplissent des tâches en milieu de travail. On les retrouve dans une quarantaine d'entreprises et ateliers spécialisés. Ils ont une déficience intellectuelle, mais surtout, beaucoup à offrir à la société.
En 2013, 694 personnes ont bénéficié du service en adaptation ou réadaptation en contexte d'intégration au travail et communautaire offert par le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED) du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
En journée, les locaux de l'organisation fourmillent. Un peu partout, des usagers s'activent à effectuer leurs tâches quotidiennes. C'est ici qu'ils travaillent, mais surtout, qu'ils acquièrent de nouvelles habiletés.
Ils apprennent à travailler en groupe, à suivre un horaire, ils développent leur sens de l'initiative.
Ils accomplissent différents contrats décrochés par le CRDITED pour lesquelles ils reçoivent une allocation de fréquentation.
Ils assemblent une partie des roues des vélos BIXI, étiquettent les produits de Morille Québec, ensachent des ustensiles pour des traiteurs, installent des glissières sur les sacs Lavoie.
L'objectif consiste à les préparer à intégrer le milieu du travail.
«Certains sont mieux ici, où c'est plus encadré. D'autres peuvent aller plus loin», explique Louis Legault, psychologue et coordonnateur clinique. «On tente de plus en plus d'amener les gens dans les entreprises. Ici, on les prépare pour qu'ils puissent se propulser.»
Lorsqu'un usager est prêt, les intervenants établissent une liste de ses goûts et aptitudes, puis ils cognent aux portes afin de dénicher un milieu de travail où il pourra évoluer.
«La collaboration avec des entreprises amène les gens vers l'autonomie et une qualité de vie», estime Julie Labrecque, chef en réadaptation.
Le CRDITED effectue de l'intégration en milieu de travail depuis 1989. Hélène Jean, éducatrice en contexte d'intégration, veille au bon déroulement des stages. Elle déniche les entreprises, assure un suivi, veille sur les stagiaires. Elle confirme que l'intégration amène les usagers plus loin.
«On apprend par ce qu'on voit. Se retrouver dans un milieu de travail, ça leur permet de se créer un réseau. C'est étonnant de voir à quel point leur comportement peut changer», témoigne-t-elle.
Celle qui met tout son coeur dans son travail affirme que tous sortent gagnants de tels stages.
«C'est une formule gagnante pour les entreprises, comme pour les stagiaires.»
Les usagers évoluent dans des cafés, épiceries, restaurants. Certains désinfectent les jouets des CPE.
Ils n'effectuent pas des tâches pour lesquelles un employé pourrait être embauché.
«Ils accomplissent des tâches que les employés devraient normalement faire en plus des leurs. De leur côté, les stagiaires sont considérés, remerciés, les gens leur parlent, ça les rend heureux», explique Hélène Jean. «Ils font partie de l'équipe.»
Ces derniers ont droit de gagner un maximum de 100$ par mois, afin d'éviter de perdre leurs prestations d'aide sociale. Les entreprises versent une petite allocation aux stagiaires, mais contribuent souvent à leur bien-être par d'autres moyens. «Ils paient les frais de transport, les repas, contribuent à défrayer le coût de certaines activités», énumère Hélène Jean. «Des gens ordinaires font des choses extraordinaires», renchérit Louis Legault.
Le succès de l'intégration en milieu de travail est le fruit d'un long cheminement. L'impact de la multiplication des services offerts dès le jeune âge se fait notamment sentir.
«Il y a beaucoup de services de développement pour les jeunes enfants. Ça amène donc une clientèle adulte plus développée. Être stimulé dès le jeune âge, ça fait une différence», conclut Julie Labrecque.