La guitare de Miguel, le jeune héros de Coco, n’est pas un modèle classique : blanche avec incrustations nacrées, elle est ornée de mécaniques dorées, qui permettent de l’accorder, et de motifs noirs stylisés qui font penser aux squelettes des Jours des morts.

La guitare du film Coco fait fureur

PARACHO DE VERDUZCO, Mexique - Salvador Meza, luthier de père en fils au Mexique, fabrique des guitares depuis son plus jeune âge, mais ses mains tannées n’ont jamais autant travaillé que depuis la sortie de Coco, le film d’animation des studios Pixar.

Meza, 41 ans, est basé à Paracho, dans l’État de Michoacan (ouest), la capitale mexicaine de la guitare, où des artisans fabriquent cet instrument depuis le XVIIIe siècle, dont nombre sont exportés aux États-Unis.

Cette paisible bourgade coloniale n’a jamais connu un tel engouement. Elle le doit à Coco, l’aventure d’un petit Mexicain fou de musique qui voyage au Pays des morts.

Le film des studios Pixar (Toy Story, Ratatouille, Vice Versa), jamais morbide et plein d’inventions, est un hommage à la tradition mexicaine du Jour des morts, qui remonte à l’époque préhispanique et consiste à accueillir les esprits des membres disparus de la famille. Véritable succès, en premier lieu au Mexique, il a déjà engrangé plus de 500 millions de dollars dans le monde.

Mais la guitare de Miguel, le jeune héros de Coco, n’est pas un modèle classique : blanche avec incrustations nacrées, elle est ornée de mécaniques dorées, qui permettent de l’accorder, et de motifs noirs stylisés qui font penser aux squelettes des Jours des morts.

Les animateurs de Pixar (Disney) se sont inspirés d’un instrument créé par un luthier de Paracho émigré aux États-Unis.

Depuis quelques semaines et la sortie mondiale du film, les artisans de cette ville ont dû nettement augmenter la cadence.

Doubler la production 

«D’habitude, je travaille chez moi avec ma femme et un ami. Mais là, j’ai dû faire appel à ma belle-mère, mon neveu et mon cousin», poursuit Meza au milieu d’un nuage de sciure dans son atelier.

«C’est la folie avec Coco!» lance-t-il. Pour faire face à la demande, ce luthier, qui ne dort plus que trois heures par nuit, a dû doubler sa production, passant de 50 à 100 guitares par semaine. Près d’un million de guitares sont fabriquées par an à Paracho.

Jusqu’ici, elles étaient essentiellement de couleur bois ou marron. C’était jusqu’à ce que la «fièvre de Coco» s’empare des lieux, raconte Maria Eugenia Gomez qui tient un magasin de guitares.

À présent, tout le monde veut le modèle blanc flashy du film.

«Si j’en avais 1000, je les vendrais toutes,» assure cette femme de 76 ans.

Derrière le modèle original de la guitare de Coco se cache German Vazquez, qui a quitté Paracho et traversé la frontière il y a 25 ans.

Ces dernières années, l’État du Michoacan, où se trouve la ville, a vécu dans la terreur du cartel des Chevaliers templiers, rackettant la population et laissant de nombreux cadavres dans des fosses clandestines. C’est un des État avec le taux d’immigration parmi les plus élevés vers les États-Unis.

Après avoir traversé la frontière, Vazquez a trouvé du travail, obtenu des papiers et réussi à ouvrir son magasin de guitares à Los Angeles, où il a été repéré par Pixar.

À 64 ans, il se souvient de son périple à travers le désert.

«C’est dur. Tu arrives avec tes seuls vêtements, sans argent et avec l’envie de travailler», raconte à l’AFP German Vazquez, très critique envers les projet de mur du président Donald Trump et qui dit se retrouver dans le personnage de Miguel.

«Il veut être musicien et fait tout pour y arriver. Je crois que de ce côté, je suis un peu comme Miguel...un fou de guitares», confie-t-il.