Le recteur de «l’Université des chiens truffiers», Giovanni Monchiero, cherche des truffes avec Rocky, dans un boisé de Roddi.

En Italie, les chiens truffiers ont leur propre «université»

RODDI - «Allez Rocky, cherche bien!». «Voilà, bravo!». Le labrador remue la queue, heureux d’avoir réussi à débusquer le trésor: une truffe. Pendant trois semaines, Rocky a suivi les cours de «l’Université des chiens truffiers» en Italie et fait désormais la fierté de son maître.

À la tête de cette «académie» pas comme les autres, située à Roddi (nord-ouest) figure Giovanni Monchiero, qui comme ses père, grand-père et arrière-grand-père, peut transformer de simples canidés en chiens truffiers.

«Entraîner un chien à chercher des truffes est quelque chose de très simple, il faut juste avoir beaucoup de patience et partir du fait que pour eux, c’est un jeu», explique Giovanni, 55 ans.

«On commence en faisant jouer le chien avec la truffe. Moi, j’utilise de la truffe fraîche, mais ceux qui n’en ont pas peuvent mettre un peu d’huile parfumée à la truffe sur une balle de tennis. On la lance, le chien doit la récupérer et on le récompense avec des croquettes.»

Ensuite, le maître complique le jeu en lançant la truffe dans un endroit herbeux, où le chien ne voit pas où elle tombe.

«Là, il faut commencer à donner des commandes vocales: allez, cherche bien, tu l’as trouvée, bravo! Il faut toujours le féliciter et le récompenser», souligne Giovanni.

Le recteur de «l’Université des chiens truffiers», Giovanni Monchiero, tient une truffe trouvée par Rocky, dans un boisé de Roddi, dans le nord-ouest de l’Italie, le 24 octobre dernier.

«Le meilleur du Piémont»

«Une fois que le chien a bien assimilé l’arôme de la truffe, l’étape suivante consiste à la cacher sous terre, au début pas très profondément.»

La région d’Alba, où se trouve Roddi, est célèbre pour sa truffe blanche, «caractérisée par un parfum intense, qui évoque les bois, la nature», souligne Antonio Degiacomi, président du Centre national d’étude de la truffe.

Partir à la recherche des truffes, «c’est une passion», explique Giovanni, qui y va «matin et soir» pendant la saison, du 21 septembre au 31 janvier.

L’Université des chiens truffiers a été fondée par son arrière-grand-père en 1880 et Giovanni Monchiero cultive cet héritage avec l’idée que si tous les chiens ne peuvent pas devenir truffiers, toutes les races ont leur chance.

«Il y a des chiens qui sont prédisposés à chercher la truffe, d’autres non», explique celui qui a même fait d’un petit pinscher allemand un vrai expert.

À raison d’un ou deux chiens à la fois, il a formé des dizaines de truffiers, même s’il n’a pas tenu le compte exact.

«Maître Monchiero est le meilleur de tout le Piémont. C’est déjà le troisième chien que je lui confie», assure Diego Guaraldo, propriétaire de Rocky.

«Il n’utilise pas de méthodes cruelles comme priver le chien de nourriture, mais des méthodes douces», note cet avocat de 36 ans, soulignant que le formateur transforme les chiens en «vrais champions».

Sentir à 20 mètres

«Il réussit à déclencher quelque chose chez l’animal, qui devient fou de truffes. C’est ce que nous cherchons tous, nous chercheurs de truffes. Il faut que le chien soit méticuleux, concentré, qu’il ne se laisse pas perturber par l’odeur du gibier», ajoute-t-il.

Avec le maître Monchiero, «l’animal sent la truffe à 10, 15, 20 mètres de distance», assure M. Guaraldo.

La formation de trois semaines avec Giovanni coûte 400 euros. Le maître explique qu’il entraîne ses élèves «trois fois par jour», mais «arrête quand il voit que le chien en a marre ou est fatigué», pour reprendre une heure ou deux plus tard.

«C’est un cours de base. Pour devenir un bon chien truffier, il faut en moyenne trois ans. L’important (après la formation) est d’entraîner le chien de façon permanente, pas forcément tous les jours, mais un jour sur deux», explique le quinquagénaire.

Rocky a toutes les capacités pour devenir un excellent chien truffier. Mais son petit défaut est... qu’il mange les délicates pépites!

Rien de grave, selon Giovanni: «Il sait chercher la truffe, la trouver, il faudra seulement lui apprendre à faire un échange truffes-croquettes», assure-t-il, tout en soulignant que certains chiens grignotent toujours un peu la truffe.

Mais, s’amuse Diego Guaraldo, «il vaut mieux une truffe légèrement abîmée dans ma poche qu’une belle truffe dans la poche d’un autre!»

Giovanni Monchiero est l’héritier d’une tradition de recteurs de «l’Université des chiens truffiers», à Roddi. Il montre fièrement une photo de son grand-père, lui aussi appelé Giovanni Monchiero.