En mars 2014, le conservatoire de musique Coburn à Los Angeles a écrit un courriel à Eric Abramovitz pour l’informer qu’il avait été accepté, une offre assortie d’une bourse d’études de deux ans. Le principal intéressé n’a toutefois jamais vu le message, car son ex-conjointe Jennifer Lee a intercepté et supprimé le courriel avant de se faire passer pour son petit ami et de décliner l’offre.

Condamnée à verser 350 000 $ à son ex pour avoir nui à sa carrière

TORONTO — Une jeune femme ayant empêché celui qui était alors son amoureux de profiter d’une occasion professionnelle exceptionnelle apparemment parce qu’elle craignait qu’il ne la quitte pour s’installer aux États-Unis a été condamnée à verser au jeune homme 350 000 $ en dommages-intérêts.

Dans une décision rendue cette semaine, un juge de la Cour supérieure de l’Ontario a réprimandé Jennifer Lee pour s’être conduite de manière «ignoble» à l’égard d’Eric Abramovitz, un musicien d’une vingtaine d’années.

Les documents déposés en cour indiquent que Mme Lee et M. Abramovitz étudiaient tous les deux à l’École de musique Schulich de l’Université McGill, à Montréal, en 2013 lorsqu’ils ont entamé une relation amoureuse. Le jeune homme s’est rapidement installé dans l’appartement de sa copine et cette dernière avait pleinement accès à son ordinateur portable, précisent les documents.

Clarinettiste de talent et lauréat de plusieurs prix, Eric Abramovitz a déposé une demande en décembre 2013 pour étudier au prestigieux conservatoire de musique Coburn à Los Angeles auprès de Yehuda Gilad, un professeur de clarinette jouissant d’une réputation internationale. M. Gilad n’accepte que deux étudiants en clarinette par année et la candidature de M. Abramovitz a été retenue après un rigoureux processus de sélection et d’audition.

En mars 2014, le conservatoire a écrit un courriel à Eric Abramovitz pour l’informer qu’il avait été accepté, une offre assortie d’une bourse d’études de deux ans. Le principal intéressé n’a toutefois jamais vu le message, selon les documents.

Jennifer Lee a en effet intercepté et supprimé le courriel avant de se faire passer pour son petit ami et de décliner l’offre. La jeune femme a poussé la chose encore plus loin en envoyant un autre courriel, supposément rédigé par Yehuda Gilad, à M. Abramovitz par le biais d’une fausse adresse électronique créée pour l’occasion afin de signifier au jeune homme qu’il n’avait pas été accepté à Coburn.

«M. Abramovitz est complètement tombé dans le panneau, a écrit le juge David Corbett. Résultat: M. Abramovitz a raté l’occasion d’étudier deux ans avec M. Gilad tout en bénéficiant d’une bourse d’études.»

Un an plus tard, alors qu’il n’était plus en relation avec Mme Lee, Eric Abramovitz a joué pour Yehuda Gilad et a commencé à se douter que quelque chose ne tournait pas rond. Lorsqu’il a finalement réalisé ce qui s’était produit, il a intenté une poursuite contre son ancienne amoureuse en août 2016, réclamant des dommages-intérêts pour fraude, atteinte à la vie privée ainsi qu’infliction intentionnelle ou par négligence de souffrances morales.

Les agissements de Jennifer Lee ont porté atteinte à sa réputation, l’ont privé d’une occasion unique et ont retardé l’avancement de sa carrière, en plus de lui faire perdre des revenus, a soutenu le jeune homme, qui vit présentement à Nashville, mais se joindra à l’Orchestre symphonique de Toronto plus tard cette année.

Mme Lee, qui habite Toronto, n’a jamais répondu à la poursuite ou présenté une défense, poussant le juge Corbett à la tenir responsable par défaut. Le magistrat a déclaré que la motivation de la jeune femme était apparemment de s’assurer que M. Abramovitz demeurerait à Montréal et poursuivrait leur relation.

En accordant 300 000 $ au plaignant en dommages-intérêts généraux de même qu’un autre 50 000 $ en dommages-intérêts punitifs et majorés, le juge Corbett a reproché à Jennifer Lee d’avoir «trahi» la confiance de son copain et d’avoir commis un acte «impensable, immoral».

Le magistrat a aussi ordonné à Mme Lee, qui n’a pas répondu aux demandes d’entrevue, de verser 25 000 $ à Eric Abramovitz pour couvrir ses frais juridiques.