La Main du boulevard Talbot, ma source de bonheur quotidien, se trouve en bordure de la route, devant le commerce Béton Eudore Boivin. Faites comme moi et saluez-la en retour!

Au Royaume de l’insolite!

CHRONIQUE / Chaque jour, je te salue. Au moins deux fois par jour, d’ailleurs. Et je ne peux m’empêcher de sourire, et ce, même après une journée digne du séjour des damnés. En fait, tu es mon petit bonheur quotidien. Toi, la Main du boulevard Talbot.

Il était donc grand temps que j’essaie d’en savoir plus sur toi, qui trônes devant le commerce Béton Eudore Boivin, de Chicoutimi, depuis tant d’années !

« Elle a été fabriquée par mon père, Michel Boivin, au tournant des années 1980, dans le cadre d’un cours qu’il suivait pour apprendre à fabriquer des moules en fibre de verre. Il l’a coulée et a décidé de l’acheter. Elle a été placée sur le bord de la route pendant 10 ou 15 ans, avant d’être retirée quelques années parce qu’elle était brisée. J’ai décidé de la réparer, et elle est de retour depuis la fin des années 1990. Il n’y en a qu’une seule autre, à Mirabel », raconte Marc Boivin, petit-fils d’Eudore Boivin, le fondateur de cette entreprise qui survit de génération en génération.

La Main de béton du boulevard Talbot mesure environ huit pieds de hauteur sur quatre pieds et demi de largeur. Et elle pèserait environ 3000 livres.

Marc Boivin m’a rassuré ; je ne suis pas le seul à avoir une relation quasi intime avec la Main ! « L’été, il n’y a pas une semaine sans que l’on voie des gens s’arrêter pour prendre une photo avec, pour taper dans la Main. On s’en fait parler énormément ! »

L’été, précise-t-il, avec justesse, puisque la Main est entreposée durant la saison du rhume et de la grippe.

Pour moi, son retour marque le début du printemps. Elle est bien plus fiable que l’hirondelle et la marmotte réunies ! « Quand on l’installe, les gens nous envoient la main. Ils sont contents ! »

La Main est devenue l’emblème de l’entreprise, reconnaît M. Boivin, qui était très heureux – et amusé – de m’en parler. « C’est un référencement facile. Quand les gens ne connaissent pas notre commerce, on parle de la Main, et ils nous replacent ! »

Une image vaut mille mots
Béton Eudore Boivin n’est pas le seul commerce de la région qui marque l’imaginaire collectif grâce à un sympathique symbole.

On n’a qu’à penser au Bonhomme bleu de Labrecque & Villeneuve, bien visible sur le boulevard Sainte-Geneviève, à Chicoutimi-Nord. Ce dernier pourrait toutefois disparaître d’ici quelques années, m’a confié Régis Villeneuve, en raison des règlements de zonage de Saguenay, plus stricts qu’avant, et de son état.

Sur cette photo datant de 2006, prise à l’occasion de la passation du flambeau à Nicolas Labrecque (troisième génération), comme associé à Régis Villeneuve, on voit très bien le Bonhomme bleu de Labrecque et Villeneuve.

Ou encore, au plus grand sébaste du monde, le Sébaste de l’Accommodation des 21, à La Baie, considéré comme une oeuvre d’art, ce qui a permis d’avoir une dérogation municipale pour son installation. Il faudrait que Bonhomme bleu ait aussi ce statut !

Cette photo ne représente pas une histoire invraisemblable de pêche. Imaginez l’exploit: capturer un sébaste de 17 pieds avec une grue, plutôt qu’avec une canne!

Sébaste, qui mesure 17 pieds, a été accroché à l’immeuble en octobre 2012. L’oeuvre de l’artiste saguenéen Stéphane Tremblay est le résultat d’un travail de longue haleine et d’un investissement d’environ 25 000 $. Il attire bien des regards. Et des clients ! Et des touristes !

« C’est inusité, massif et coloré. Ça attire l’attention des consommateurs et des touristes. Tellement qu’il a fallu mettre un panneau explicatif en anglais. Les gens arrêtent prendre des photos avec. Il fait le tour du monde ! », note Rémi Aubin, de l’Accomodation des 21.

Monsieur Pêche blanche croit même que le sébaste est ainsi devenu aussi symbolique que le bleuet. « C’est l’emblème du poisson, de la pêche. Le sébaste, par sa couleur, notamment, nous rend uniques. Ce n’est pas un poisson que l’on pêche partout. Je pense que la population se l’approprie, comme elle s’est approprié le bleuet. »

« Pour le commerce, c’est devenu l’image de marque, ajoute-t-il. Il n’y a pas une journée qui passe sans que quelqu’un nous en parle ! L’Accommodation des 21, c’est maintenant où (se trouve) le gros poisson rouge ! »

La palme de l’insolite revient encore et toujours à la Frite mexicaine, de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, où le concept a été poussé jusque dans les cuvettes ! Le restaurant est devenu un véritable attrait touristique ! C’est d’ailleurs l’incontournable estival de mon filleul et de ma cousine.

La Frite mexicaine ne fait pas que parfumer l’air du Lac avec sa friture et ses épices d’ailleurs, elle transforme le paysage avec son concept poussé à l’extrême, jusque dans les cuvettes. Elle est ainsi devenue un attrait touristique majeur.

En un mot
Si certains commerces se démarquent par une enseigne qui sort de l’ordinaire, d’autres profitent de la force des mots. Je pense aux restaurants Goofy, d’Alma, et Yogi, de Roberval, entre autres.

Le restaurant Yogi de Roberval met en vedette le personnage de l’émission télévisée d’animation Yogi l’ours. De quoi plaire aux plus jeunes!

En empruntant leur nom à de célèbres personnages de fiction, ils ne pouvaient faire un meilleur coup de publicité ! Je ne contredis pas le propriétaire du Goofy, Carl Bolduc, qui insiste sur le fait que c’est plutôt « la qualité de la nourriture et du service » qui fait la réputation de ce haut lieu de la poutine. Mais je suis convaincu que le nom du commerce n’a pas nui !

D’ailleurs, le Goofy a une entente avec Disney « depuis sept ou huit ans » pour l’utilisation exclusive au Québec du nom du chien maladroit. Mais le resto d’Alma a dû retirer l’image de l’ami de Mickey il y a plusieurs années, étant donné le coût des droits.

Un mot: inusité
L’insolite déborde du secteur commercial. Sur la scène touristique régionale, deux incontournables de l’inusité me viennent immédiatement à l’esprit : la pyramide des Ha ! Ha ! et L’Hymen à Maria.

La première, une oeuvre de Jean-Jules Soucy, frappe l’oeil, étant composée de panneaux de signalisation « Cédez le passage », un jeu de mots un peu douteux – SVP, ne me lancez pas de roches – pour souligner qu’après le déluge de 1996, lorsqu’une digue a notamment cédé, la population régionale a bien compris qu’il était temps de s’aider. S’aider, cédez.

Composée de panneaux de signalisation «Cédez le passage», la pyramide des Ha! Ha! est un attrait touristique majeur pour l’arrondissement de La Baie. Mais il faut reconnaître que le concept a de quoi faire rire un brin les visiteurs!

Parlant de me faire tirer des pierres, j’adore raconter le récit des Tireux de roches de Chicoutimi-Nord aux gens de l’extérieur. L’histoire dit qu’à l’époque de la construction du pont de Sainte-Anne, les jeunes hommes du secteur nord voulaient repousser les charmeurs de la rive sud, qui venaient courtiser les demoiselles de leur côté du Saguenay ! Du sommet des falaises surplombant la rivière, ils lançaient des roches aux indésirables prétendants. Comme quoi, même la culture locale se révèle parfois farfelue !

Quant à L’Hymen à Maria, on doit le surnom de l’oeuvre Femme et terre, de Ronald Thibert, à l’ancien du Progrès Richard Banford.

Une activité d’interprétation est proposée par le musée Louis-Hémon pour expliquer la réelle signification de L’Hymen à Maria, surnom donné à l’oeuvre Femme et terre. Après toutes ces années, la controverse a laissé la place à l’amusement!

Inaugurée en 1986, la sculpture du musée Louis-Hémon a été au coeur d’une controverse, partout en province, en 1987, après le papier de l’ancien éditorialiste. Depuis, chaque jour, des gens arrêtent en bordure de la route 169, à Péribonka, pour prendre un égoportrait avec L’Hymen.

« Lorsque le comité de sélection a sélectionné cette oeuvre, le croquis ne laissait voir que des vagues et des ondulations. À l’installation, tout le monde a été surpris », relate Guylaine Perron, directrice générale du musée.

Femme et terre fait l’objet d’une activité de médiation culturelle, dans la programmation de l’institution. Avant tout, l’oeuvre représente l’importance de la fertilité de la terre et l’oppression de la femme.

« On privilégie l’appellation d’origine. On a pris la décision de ne pas installer de panneau d’interprétation, pour laisser planer un certain mystère. Les plus curieux viennent à l’intérieur, et on se fait un plaisir de leur expliquer la réelle signification de cette oeuvre. Les gens sont maintenant plus amusés que scandalisés, et ça ne pose pas de souci. Surtout, on n’a pas honte de cette oeuvre ! », précise Mme Perron.

Mot de la fin
Je pense que les Bleuets et les Sébastes peuvent être fiers de vivre au Royaume de l’insolite. Ça nous rend simplement encore plus attachants. Et puis hop, notre réputation de bons vivants n’en est que bonifiée ! Ensemble, bâtissons un circuit touristique de l’insolite ! J’attends vos suggestions !